La fin abrupte du moment Péladeau

« Le Parti québécois veut vivre son moment Pierre Karl Péladeau jusqu’au bout », avait dit Jean-François Lisée lors de son retrait de la course à la chefferie de la formation. Personne n’aurait imaginé que le moment serait de si courte durée…

La carrière politique de Pierre Karl Péladeau se résumera à deux coups de tonnerre, marquant son entrée et sa sortie de la sphère publique. Il y eut d’abord ce poing brandi en l’air, un geste d’appui inconditionnel à la souveraineté du Québec par lequel il a scellé, bien involontairement, la fin de l’ère Marois au Parti québécois (PQ) et le début de son ascension fulgurante. Et pour conclure, ces larmes d’abdication de la sincérité desquelles Le Devoir ne doute pas.

Dans toute sa carrière, Pierre Karl Péladeau n’est jamais apparu aussi vulnérable qu’au moment d’annoncer son retrait immédiat et définitif de la vie publique.

Les circonstances sont nébuleuses : il a évoqué « une absence d’alternatives », et la nécessité de sauver sa famille, alors qu’il traverse une rupture difficile avec son épouse, Julie Snyder.

L’animatrice a d’ailleurs livré un témoignage émouvant, dimanche à Tout le monde en parle, en rappelant à quel point la politique était dure, surtout pour l’entourage immédiat d’un chef.

Les cyniques y verront un prétexte, un autre caprice d’un homme d’affaires multimillionnaire qui n’en a toujours fait qu’à sa tête, mais, pour avoir grandi à l’ombre d’un père absent, M. Péladeau sait mieux que quiconque le fardeau que son investissement corps et âme en politique active fait peser sur ses enfants. Un homme qui privilégie le bien-être de ses enfants au détriment de ses ambitions personnelles mérite à tout le moins de la considération.

 

Dès son lancement en politique, en mars 2014, Pierre Karl Péladeau avait révélé l’existence de turbulences dans sa vie familiale. Son couple battait déjà de l’aile. En l’espace de deux ans, M. Péladeau et Mme Snyder se sont séparés, réconciliés, mariés, et séparés de nouveau. Ils ont opté depuis peu pour la médiation.

Cette hypothèque personnelle, qui grevait la stature de M. Péladeau comme chef d’État, était donc présente, en trame de fond, lorsqu’il a brigué les suffrages dans la circonscription de Saint-Jérôme. Les militants du PQ sont en droit de se demander maintenant si M. Péladeau a mûri ses décisions : celle de se lancer dans la course à la chefferie du PQ et celle de la quitter, moins d’un an après son élection.

L’impression qu’il a agi de coup de tête en coup de tête est difficile à chasser, d’autant plus qu’il venait de remanier son cabinet la semaine dernière. Le candidat parfait n’existe pas, mais un candidat aussi imparfait et imprévisible aurait sans doute nui aux chances du PQ de chasser les libéraux du pouvoir.

Même s’il avait retrouvé récemment un certain aplomb dans ses interventions à l’Assemblée nationale, M. Péladeau ne parvenait pas à s’imposer comme une solution de rechange au premier ministre, Philippe Couillard. Selon le dernier coup de sonde de la firme Léger réalisé pour Le Devoir et Le Journal de Montréal, en février dernier, « l’effet Péladeau » était plus négatif qu’autre chose pour le PQ. À peine 17 % des répondants jugeaient qu’il ferait le meilleur premier ministre, comparativement à 30 % lors de son élection comme chef du PQ en mai 2015.

Dans la famille souverainiste, ils étaient nombreux à croire que l’arrivée d’un homme d’affaires prospère à la tête du PQ allait enfin libérer les Québécois de leurs dernières hésitations sur la viabilité économique du projet de pays. Il allait faire rêver, il allait mener la marche du mouvement indépendantiste à son terme.

Dans les faits, son double statut d’actionnaire de contrôle de Québecor et d’aspirant au poste de premier ministre menaçait de perturber la campagne 2017 au moindre détour. Cette concentration du pouvoir médiatique et politique entre les mains d’un seul homme était préoccupante. Même après avoir placé ses actions dans une fiducie avec droit de regard, le chef de l’opposition officielle prêtait flanc aux attaques. La critique aurait redoublé en campagne électorale, pour la simple et bonne raison qu’il n’existe aucun précédent, ni aucune solution pratique, pour gommer les apparences de conflits d’intérêts.

Il faut reconnaître à M. Péladeau le mérite de s’être rendu compte qu’il risquait plus de nuire au PQ que de l’aider. Il revient maintenant au parti de lui trouver un successeur, sans passer par les psychodrames dont cette formation a le secret.

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22 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 3 mai 2016 01 h 26

    «Chez les zigotos»(!)

    Sans commentaire.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 3 mai 2016 04 h 58

    Faillite

    Tout homme devant la faillite fait face à un choix. Plusieurs l'ont vécu et d'autres le vivent encore. Et la pire faillite est celle de ton mariage et de ta famille. Certains ne s'en relèvent même pas et tombent dans la dèche. Ici il faut se souvenir d'une seule phrase : «À quoi te sert de gagner le monde si tu pers ton âme» Et l'âme d'un père est ses enfants.

    Combien de maris ont entendu «T'es jamais là» ? Julie, étant expressive comme elle l'est, ne s'en ai probablement pas retenu. PKP l'a entendu une fois de trop; il est parti. Mais «tu ne verras plus tes enfants parce que t'es jamais là»; il n'a pas pu. C’est un drame très ordinaire qui arrive aussi à des gens dans une situation extraordinaire. Personne n’est à l’abri. Enfin un qui laisse la vie publique pour une «bonne raison». Ces exemples sont rares.

    Plusieurs vont critiquer, vont chercher les pouls; moi je le crois, parce que j’y suis passé, je n’ai pas fait ce choix et j’ai perdu des années de contact avec mes enfants. Je le regrette encore.

    Sauver la nation était une bonne idée, mais sauver ta famille en est une meilleure, mon ami. Débarque de cette galère et retourne chez-toi.

    Ton premier Pays est ta famille, le reste est secondaire !

    PL

  • Eric Lessard - Abonné 3 mai 2016 06 h 33

    Le problème des souverainistes

    L'heure est à rendre hommage à M. Péladeau pour sa contribution à la vie politique.

    Il n'en demeure pas moins que le premier problème des souverainistes, c'est de convaincre assez de gens que le projet est une bonne idée.

    La mauvaise nouvelle, c'est que dans une région comme Chaudières-Appalaches, qui a déjà élu le PQ facilement dans Lévis, est aujourd'hui très fortement fédéraliste. La souveraineté est presque aussi marginale à St-Georges de Beauce que dans l'Ouest de Montréal.

    Les régions souverainistes se limitent maintenant à une partie de l'Est de Montréal, une bonne partie de la Montérégie, une petite partie des Laurentides, Lanaudière, le Saguenay et la Côte Nord (peut-être l'Abitibi?).

    La défaite du Bloc Québécois qui résiste seulement dans quelques régions bien précises montre bien cette tendance. L'électorat de centre gauche s'est en allé vers le NPD, et Justin Trudeau est aussi populaire au Québec que dans le reste du Canada.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 3 mai 2016 07 h 55

      Le projet souverainiste est toujours aussi populaire et c'est la seule solution pour le Québec. Le fédéralisme n'est pas rentable pour le Québec et on le voit tous les jours. On n'a pas signé la Constitution sous la gouverne de PET et le fils est fidèle de son père. Sous Couillard, le Québec est en train de se détruire et on perd chaque jour des acquis et on ne reconnaît plus notre Québec qu'on a bâti depuis des années. Merci à M. Péladeau pour le travail accompli en si peu de temps. Il a pris une bonne décision et beaucoup de bonheur avec sa famille.

    • André Nadon - Abonné 3 mai 2016 08 h 16

      La population ne s'est pas encore relevée du vol du référendum de 1995. La grande majorité des médias sont aux mains des fédéralistes et filtrent l'information et la suppriment quand s'est possible.
      La plus grosse erreur du PQ fut de croire en Lucien Bouchard qui ne fut qu'un " beau parleur " mais dont la carrière en est une de démission partout où il passé, tant fédéraliste que souverainiste.
      Tel un George Étienne Cartier, il a préféré sa carrière personnelle à la famille et se mit au service du plus offrant, quelles que soient ses convictions politiques.
      Plutôt que de rénover le système de santé tel que le voulait la réforme Rochon qui privilégiait les CLSC et la première ligne, il a forcé à la retraite les intervenants les plus expérimentés pour atteindre le déficit zéro dont les libéraux ont bénéficié dès 2003.
      PKP avait le défaut de ne pas avoir de visage à deux faces, ce qui déplaisait souverainement à ses adversaires et d'avoir réussi en Affaires contrairement à nos professionnels qui se nourrissent aux mamelles de l'État à qui mieux mieux tels nos politiciens professionnels, avocats, médecins, ingénieurs, banquiers, etc.
      Malgré cette guerre contre l'Indépendance du Québec avec notre argent et la rapine, 40% de la population y sont favorable.
      Ce départ forcera les forces souverainistes à s'unir pour reprendre le pouvoir à Québec dès les prochaines élections pour le plus grand bien de la Nation.

    • Claude Bariteau - Abonné 3 mai 2016 08 h 17

      Pierre Karl Péladeau a expliqué avec émotion qu'un choix s'impose devant l'absence d'alternative.

      Ce choix n'avait rien à voir avec la nécessité de convaincre. Le chef du PQ était partagé entre deux convictions présentes au plus profond de son être. L'une, sa famille ; l'autre, la direction du Parti québécois.

      Il a choisi sa famille sans abandonner sa conviction que l'indépendance est le seul moyen à la disposition du peuple québécois pour qu'il s'affirme au Québec et dans le monde.

      Par ce choix, il ne donne pas l'exemple uniquement à ses enfants. Il le donn aux Québécois et Québécoises en les invitant à faire un choix qui révèle ce qui les animent le plus et les engage dans des activités concordantes.

      Aussi, je ne pense pas que Pierre Karl Péladeau, en devenant un exemple pour ses enfants, va abandonner le projet de pays qui l'anime. Au contraire. Il donnera aussi l'exemple à ses enfants pour réaliser ce pays.

      Je m'explique. Ce qui fonde un pays, ce sont les liens entre ceux et celles qui veulent le créer, qui impliquent un engagement en conséquence.

      Pierre Karl Péladeau a marché dans cette direction en mettant de l'avant une nécessaire convergence en faveur de l'indépendance, qu'il a voulu ancrer socialement dans le coeur des indépendantistes quelles que soient leurs tendances politiques.

      Le faire comme chef d'un parti moulé par une pensée axée plus sur la souveraineté que l'indépendance l'obligeait à forcer le jeu, ce qui activa en lui des déchirements qui lui brisaient le coeur.

      Dorénavant, ce ne sera plus le cas. Il vivra comme vivent un peu partout les Québécois et les Québécoises et sera en mesure, par les moyens qu'il estimera appropriés, de faire valoir l'indépendance là où la flamme s'est affaiblie le temps de revoir l'alignement.

      Merci monsieur Péladeau de cette leçon magistrale sur l'essentiel.

    • Jacques Lamarche - Inscrit 3 mai 2016 10 h 42

      Les symptômes d'une mort annoncée! Les faits sont en effet troublants et accablants! Vous en parlez comme les signes d'une instincte lente, tranquille, inexorable! Qui peut vraiment s'en féliciter?

      Comment expliqueriez-vous que tous les peuples, sauf un ou deux, ont cru et croient toujours que la souveraineté était une bonne idée, et non les Québécois?

    • J-Paul Thivierge - Abonné 3 mai 2016 10 h 59

      Puis chaque année depuis une décennie il y a 50,000 personnes venant d'ailleurs qui ont fait serment de fidélité à la reine d'Ang;eterre .
      50,000 c'est le nombre d'électeurs moyens d'une circonscription électorale

    • Jean Duchesneau - Abonné 4 mai 2016 13 h 09

      "Il n'en demeure pas moins que le premier problème des souverainistes, c'est de convaincre assez de gens que le projet est une bonne idée."

      Le projet c'est l'indépendance... l'indépendance d'un peuple! Il n'y a pas un peuple sur la planète, pas même un adulte qui trouve que son indépendance est "une bonne idée". Les québécois comme peuple francophone en terre d'Amérique doivent se faire confiance et faire preuve de courrage! Personne ne va me convaincre que le gouvernement Couillard agit dans l'intérêt publique autre que celui d'un Canada uni dans lequel le Québec prend sa place comme une province parmi les autres.

  • Hélène Gervais - Abonnée 3 mai 2016 06 h 46

    Je verrais Gilles Duceppe ...

    comme chef du PQ. Il a failli se présenter quand Mme Marois, en ayant eu vent, a décidé de le faire. M. Duceppe devait l'annoncer le lendemain. Il s'est désisté plutôt. J'espère qu'il y réfléchira, je suis certaine qu'ils serait extrêmement populaire pour devenir chef du parti.

    • Colette Pagé - Inscrite 3 mai 2016 19 h 48

      Gilles Duceppe a donné. N'est-il pas raisonnable de penser qu'à la suite de la déconfiture du BQ il n'est plus en réserve de la République.
      Qu'il profite de sa retraite.

      Désormais, pour l'avenir, c'est place à le relève : Cloutier, Hivon, Lisée défenseurs de la Convergence et de Faire de la Politique Autrement. Des candidats de grande qualité.

      Un nouveau départ. Un PQ 2.0.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 3 mai 2016 06 h 59

    … sauf que !

    « Il faut reconnaître à M. Péladeau le mérite de s’être rendu compte qu’il risquait plus de nuire au PQ que de l’aider. Il revient maintenant » (Brian Myles, Le Devoir)

    Possible, mais, on-dirait qu’en politique la franchise fait « peur », notamment lorsqu’elle fait appel à des questions d’intimité (famille, mariage, séparation … .) et de pouvoir économique (magnat de presse, richesse … .) ; des questions susceptibles d’embarras public !

    Cependant, et pour les « forts », il leur demeure possible de les rencontrer-affronter sans problèmes …

    … sauf que ! - 3 mai 2016 -