Coup de chaleur

Aggravé par le réchauffement climatique, le phénomène météorologique El Niño risque d’être l’un des plus puissants des soixante dernières années. À la clé : inondations et sécheresses d’envergure catastrophique. Et, donc, des centaines de millions de vies humaines menacées, pour parler par euphémisme, d’« insécurité alimentaire » — en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique centrale.

L'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a lancé un cri d’alarme la semaine dernière. Un autre. Mais qui l’entendra, vu le vide — le désert — de volonté politique ? Si le problème dont les impacts se font déjà sentir est pour ainsi dire planétaire, la FAO relevait que l’Afrique australe et l’Éthiopie étaient, dans l’immédiat, particulièrement à risque de perdre des récoltes à grande échelle.

Le cas de l’Éthiopie donne toute la mesure du défi que pose l’impact conjugué d’El Niño et des changements climatiques auxquels la communauté des nations tarde à s’attaquer de manière décisive et cohérente en dépit de l’urgence. Voici que se produit dans ce pays de la Corne de l’Afrique une sécheresse aussi sévère que celle survenue en 1984-1985 et qui avait fait 400 000 victimes. Plus de dix millions de personnes y souffrent actuellement de famine. Situation d’autant plus préoccupante, souligne l’organisation onusienne, que le gouvernement éthiopien « s’est fortement mobilisé ces dernières années et a réalisé d’importants efforts pour développer l’accès à l’eau potable, investir dans les infrastructures et accroître l’assistance aux ménages vulnérables ».

Comment, en conséquence, ne pas désespérer de la situation non moins grave qui se déroule en Inde, où l’indifférence des gouvernements aux enjeux de « gestion de l’eau » est abyssale ? Les deux dernières moussons y ont été fort mauvaises. Avec le résultat, rapportent les dépêches, qu’à la veille d’une nouvelle saison des pluies, dont le pays demeure extrêmement dépendant pour son agriculture, 330 millions d’Indiens (le quart des habitants) sont à l’heure actuelle affectés par la sécheresse, surtout dans le monde — oublié — de la petite agriculture, dont une majorité de la population dépend pour sa survie quotidienne. Les impacts socio-économiques sont pluriels : incapable de s’approvisionner suffisamment en eau, une centrale qui produit le quart de l’électricité consommée en Inde a dû cesser ses opérations pendant dix jours.

La crise n’est pas qu’agricole. L’urbanisation accélérée des pays en développement n’arrange rien. São Paulo, la plus grande ville du Brésil, traverse sa pire pénurie d’eau depuis les années 1930. Une crise urbaine qu’elle n’est pas seule à vivre, par ailleurs. Le quart des plus grandes villes du monde ont des problèmes sérieux d’approvisionnement en eau potable. Une grande partie de la solution passe, mais pas seulement, par la construction d’usines de traitement des eaux usées et de rénovation des réseaux de distribution. Mais trop de gouvernements de pays « pauvres » — et de pays riches, comme on vient de le voir à Flint, au Michigan — ne prennent pas leurs responsabilités au sérieux à cet égard. Et leur inaction fait que la ressource se trouve, lentement mais sûrement, privatisée de facto par les embouteilleurs. Cela dit, il sera tout aussi important, martèlent les environnementalistes, que des mesures de conservation soient prises en amont, à l’échelle locale comme internationale : protection des forêts existantes, reforestation, meilleures pratiques de gestion agricole…

En attendant, la planète est en salle d’urgence pour coup de chaleur et les ONG s’affolent : « Cela fait un an et demi qu’on annonce qu’El Niño aura des effets catastrophiques, mais les bailleurs commencent à peine à se mobiliser ! Combien de crises faudra-t-il encore… ? » Plusieurs autres, apparemment.

4 commentaires
  • Louise Vallée - Inscrite 2 mai 2016 07 h 03

    le pire scénario

    nous sommes plus de 7 milliards....vivant sur notre petite planète.......voir la théorie de Darwin....adaption des espèces......
    D'après les études scientifiques récentes le Gulf Stream ralentit car les glaciers du Groendland fondent très rapidement.....ce qui va entraîner l'arrêt du fameux courant marin qui climatise le nord de l'hémisphère.
    Retour à l'ère de glace!!!!!!
    https://www.pik-potsdam.de/pik-frontpage
    https://youtu.be/HnTz9pmuFfI
    http://polarportal.dk/en/weather/

  • Gilbert Turp - Abonné 2 mai 2016 07 h 34

    Pendant ce temps…

    Certains envisagent de risquer la contamination des eaux potables du fleuve Saint-Laurent, un des plus grands réservoir d'eau douce sur terre.

  • Bernard Terreault - Abonné 2 mai 2016 08 h 21

    Ne concluons pas hâtivement

    Oui, notre hiver exceptionnellement doux a coïncidé avec un El Nino, mais notre avril frigide laisse croire que le Nino est terminé. Les diverses catastrophes climatiques constatées ailleurs vont-elles alors se résorber? Juste une mauvaise année à passer?Avant que tout cela soit de la science avérée, prévisible, il faudra attendre plusieurs cycles. Il a fallu cent ans de mesures de température précises, partout sur Terre, pour prouver le réchauffement climatique global.

    • André Chevalier - Abonné 2 mai 2016 10 h 22

      Ici, en effet, une mauvaise saison, c'est juste une période déplaisante à passer. Dans certains pays, une saison sans récoltes, des dizaines de milliers de personnes meurent.
      Les perspecives sont différentes selon les coin de terre où on habite.