Des Clouseau à la CIA et au MI6

Le spectacle que donnent depuis quelques jours les principaux acteurs du feuilleton dont les armes de destruction massive sont le sujet est aussi affligeant que désolant. Du premier ministre Tony Blair au président George Bush en passant par le patron de la CIA George Tenet, le secrétaire d'État Colin Powell et l'inénarrable Donald Rumsfeld, secrétaire au Pentagone, tout un chacun s'emploie à exécuter la partition du sauve-qui-peut. Après l'épisode consacré aux certitudes livrées sur le ton de l'arrogance pour imposer une culture binaire de la politique, voilà que les centurions du bien réalisent les pas du bal des sophistes.

Méditer le florilège des commentaires formulés depuis le désormais célèbre «nous nous sommes trompés» du chef inspecteur américain David Kay permet un constat: une chatte n'y retrouverait pas ses petits. À moins qu'ils ne mentent! De l'autre côté de l'Atlantique, voilà que nous parvient l'écho de l'ignorance. Oui, oui... Blair ne savait pas! La semaine dernière, celui qui avait tenu à décliner en octobre 2002 les preuves que Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive, a confié à ses collègues de la Chambre des communes qu'il avait pris connaissance du dossier le 18 mars 2003, soit deux jours avant le début de la guerre. Comprenne qui pourra!

Au sud de la frontière, on a eu droit à une énième conjugaison de «l'absence de preuves n'est pas une preuve d'absences», du cher Rumsfeld. Le sénateur John Warner, qui préside la Commission ayant interrogé Kay et Rumsfeld, fait preuve, lui, d'un optimisme admirable par son calcul implacable: peut-être que les armes sont concentrées dans ces 15 % qui restent à inspecter. La veille, Powell a estimé que, s'il savait su, il n'aurait pas milité pour l'intervention. Ah bon! Mais si on ne savait pas, il n'y avait qu'à laisser les inspecteurs de l'ONU poursuivre leurs inspections, même si ces derniers sont des inspecteurs Clouseau, pour reprendre la fine et délicate observation de Rumsfeld.

Il y a enfin les propos du président Bush qui révèlent combien sa science de la politique est... comment dire? Évolutive! Le 17 mars 2003, le président des États-Unis avait justifié sa déclaration de guerre en ces termes: «Les renseignements rassemblés par ce gouvernement et d'autres ne laissent aucun doute: le régime irakien continue à posséder et à cacher certaines des armes les plus mortelles jamais imaginées.» Cette certitude s'est transformée ces jours-ci comme suit: «Nous savons que Saddam Hussein avait l'intention d'armer son régime avec des armes de destruction massive.» C'est dit: le spleen de l'intention habite désormais la Maison-Blanche.

Les adversaires des adversaires à l'intervention tant que l'inspecteur de l'ONU Hans Blix n'aurait pas apporté les preuves qu'Hussein possédait des armes s'avèrent de farouches militants du terrible «la fin justifie les moyens» et notamment celui du mensonge. Et dire qu'aujourd'hui ils trouvent des qualités au colonel Kadhafi, qui, lui, avait un programme d'armes de destruction massive, qui, lui aussi, est un tyran. En ficelant leur mensonge dans les droits de l'homme, les Bush, Blair et tous les idéologues qui les soutiennent ont transformé l'éthique en une sottise. Dangereux!

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