Train électrisant

La construction du réseau de trains électriques montréalais annoncée hier par la Caisse de dépôt a, de prime abord, quelque chose d’indéniablement réjouissant : enfin un grand projet de transports à Montréal ! Enfin un geste d’électrification solide, durable ! L’enthousiasme ne doit toutefois pas taire plusieurs questions importantes.

On croit rêver : en 2020, on se rendra peut-être, enfin, à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau en train ! On en parle depuis combien de décennies ? Le Québec, par le truchement de Bombardier, construit des trains partout dans le monde ; mais sa métropole n’a pas été foutue de se donner un lien entre son centre-ville et l’aéroport. Le projet de REM (Réseau électrique métropolitain) que la Caisse de dépôt a présenté donnait l’impression, vendredi, que Montréal avait gagné le gros lot. Soudainement, on pouvait dire : « Oui, on peut rénover la maison, l’améliorer. »

Devant une si belle annonce, personne n’a vraiment envie de chipoter. On parle du « troisième plus grand réseau de transport automatisé au monde ». Ce sera comme une « Baie-James à Montréal », a ajouté le ministre Jacques Daoust. De plus, pour une fois, on ne se contente pas de parler d’une éventuelle électrification des transports, on le fait. Cela pourrait bien avoir un effet bienvenu, à terme, sur les émissions de gaz à effet de serre du Québec. Pour l’instant, si le Québec fait bonne figure en ces matières, c’est en raison de notre hydroélectricité et… des fermetures d’usines. Le secteur des transports, lui, a explosé : « De 1990 à 2013, les émissions de GES attribuables aux activités de transport ont augmenté de quelque 24,8 %, alors que celles des autres secteurs ont connu une baisse globale de 24,3 % », soulignait récemment Dominique Savoie, sous-ministre aux Transports, lors de son passage devant une commission parlementaire, le 7 avril. Le REM aurait en plus un effet sur la balance commerciale, laquelle est systématiquement négative à cause du pétrole, des voitures et des pièces d’auto, et ce, malgré la baisse du coût de l’or noir. Ce projet a donc d’indéniables qualités urbaines, environnementales, écologiques.

Il soulève toutefois quelques questions et réserves. Le coût, d’abord : 82 millions de dollars le kilomètre, est-ce réaliste quand on pense qu’un kilomètre de métro dépasse les 150 millions le kilomètre ? Sommes-nous encore en train de sous-estimer les coûts, comme dans le cas du métro de Laval ? S’ils augmentent, les gouvernements pourraient être contraints de combler la différence. Sur 5,5 milliards de dollars, il est déjà prévu qu’ils en paient 2,5.

L’échéancier semble complètement irréaliste : si on en croit la CDPQ, en 2020, des trains commenceraient à rouler sur le réseau. Rappelons qu’un projet beaucoup plus modeste, le service rapide par bus sur Pie-IX, a été évoqué une première fois par les administrations en 2007. En 2009, on pouvait lire : « Du nord au sud sur le boulevard Pie-IX, c’est une quinzaine de nouvelles stations centrales qui s’implanteront d’ici 2012, date souhaitée pour la fin des travaux. Au sud de la rue Sherbrooke, quatre autres stations seront aménagées, cette fois à droite de la chaussée. Le SRB pourrait entrer en fonction, sur certaines portions de Pie-IX, dès l’an prochain [2010]. » Six ans plus tard, rien de tout cela n’existe. Entre autres à cause de la bataille entre arrondissements, dit-on. Le REM échappera-t-il comme par magie à cela ?

On pourrait aussi, comme Projet Montréal, se demander si c’est vraiment à la CDPQ, avec sa logique financière, de planifier le développement des transports en territoire métropolitain. Et les tarifs ? Et le développement vers l’ouest prioritairement ? Formidable projet, donc, mais permettez que l’on chipote un peu quand même.

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21 commentaires
  • Jean-Paul Carrier - Abonné 23 avril 2016 03 h 03

    Allons de l'avant

    Les acteurs de notre société sont individualistes et trop souvent s'opposent fermement à toute innovation. Un projet comme celui-ci apportera son lot de défis majeur qui réveillera le germe du chialage (se plaindre inutilement). Car souvent on monte aux barricades sous l'émotion du moment sans même connaître en profondeur le bien-fondé d'une action...Ce sera comme une Baie-James à Montréal...très bel exemple, vous vous souvenez des protestations du député du PQ Guy Joron et de Jacques Parizeau, ce dernier dans une entrevue au Devoir s'objectait ironiquement au projet. Aujourd'hui on peut être fier d'une de nos plus belles réalisations. Je me souviens de la fierté peinte sur le visage de René Lévesque lorsqu'il actionna symboliquement un commutateur pour officialiser la mise en marche du barrage, intéressant antipode. Allons de l'avant, il faut avoir le courage de nos ambitions.

    Pouquoi Dubai et Vancouver ont déjà leur train électrique, qui pour celui de Dubai est une pure merveille, on a tout simplement décidé de le faire. Comme le disait si bien Jean-Marc Chaput:... lorsqu'il constata lors d'un voyage au Moyen-Orient que des plants de fraises poussaient allégrement dans le désert. À la question à son hôte à savoir comment il avait su que ceci était réalisable celui-ci a tout simplement répondu; on les a plantés et regarde; ils poussent. Arrêtons de toujours remettre en question nos projets, trouvons des solutions aux obstacles et allons de l'avant. Les critiqueux, de toute façon, trouveront toujours sujets pour se manifester.

    • Jean Richard - Abonné 23 avril 2016 11 h 46

      Vancouver ? Oui, Vancouver a son train électrique, qu'on qualifie de métro aérien. Ce sont 68,6 km sur trois lignes et 47 stations. L'achalandage quotidien voisine les 400 000 déplacements.

      Montréal ? Auriez-vous oublié que Montréal avait aussi son métro, électrique bien sûr, 71 km sur 4 lignes et 68 stations, avec un taux d'achalandage TROIS fois plus élevé que celui du Skytrain ?

      Montréal a toutefois quelque chose que Montréal n'a pas : un réseau de trolleybus (oui, des autobus à propulsion électrique à alimentation aérienne). On a voulu en haut lieu les faire disparaître. La population s'y est farouchement opposée. Ça s'est terminé par une commande de plus de 200 nouveaux trolleybus passée à un constructeur manitobain.

      Bref, le métro de Montréal n'a rien à envier à celui de Vancouver. Montréal aurait toutefois pu s'inspirer de Vancouver et redéployer son réserau de trolleybus (un pis-aller face au tramway, mais une amélioration sur l'autobus diesel – sachant que les trolleybus modernes n'ont rien à voir avec les antiquités qu'on a retiré du service vers la fin des années 60 dans les rues de Montréal).

  • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 23 avril 2016 07 h 47

    Comtés du "liberal party"

    J'ai l'impression que les concepteurs du projet se sont posés la question suivante: Où sont les comtés du "liberal party" afin de les privilégiés du tracé et des stations dans leur entourage. En effet, avez-vous remarqué qu'il n'y a pas grand chose pour l'est de Montréal???

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 23 avril 2016 13 h 46

      Oui...ce fut aussi ma première remarque.

      Il nous faut suivre ce dossier....sachant que le train de l'Est vers Mascouche ...un échec.... à peine 11,000 voyageurs par jour / coût de
      30$ par passager, à ce qu'il parait.

      " Le vote suit l'argent ou l'argent suit le vote. " leitmotiv/rengaine" du PLQ.?! On attrappe tout le monde avec ça!

    • Jacques Lamarche - Inscrit 24 avril 2016 10 h 09

      Ça saute aux yeux! L'avenir du Québec se situe à l'ouest!

      Pire que ce parti pris, c'est le développement d'une partie importante du réseau de transport public qui tombe entre les mains du secteur financier ¨québécois¨. Le gouvernement Couillard et le MTQ se dérobent ainsi à leurs responsabilités en transférant la conception d'un immense projet à des instances financières, lesquelles pourraiennt agir en fonction de d'autres intérêts que celui d'un service juste envers tous les usagers!

      Par contre, si le projet déraille, le PM pourra toujours alléguer que M. Sabia et ses accolytes se sont trompés!

  • Claude Desjardins - Inscrit 23 avril 2016 08 h 47

    Et l'est de Montréal ?

    L'est de Montréal fait encore figure de grand perdant des grands chantiers de transports. Outre le nouveau pont Champlain et le chantier du nouvel échangeur Turco, s'ajoute maintenant celui du projet d'un train léger qui ne dépasse pas l'est de la rue Saint-Laurent, symbole de la fracture historique entre l'est et l'ouest de l'île de Montréal à majorité anglophone.

    Nous, gens de l'est pouvons dormir tranquilles sur des projets aux horizons imprévisible tel que le prolongement de la ligne Bleue du Métro vers l'est et la modernisation de la rue Notre-Dame qui a pris la direction des oubliettes.

  • Pierre Jacques - Abonné 23 avril 2016 08 h 52

    Pourquoi chez les anglo-libéraux ?

    Pourquoi ce train raffiné et coûteux seulement pour une population anglophone qui vote toujours pour les libéraux ? Et des miettes pour l'est !

    • J-Paul Thivierge - Abonné 25 avril 2016 16 h 08

      Avec ce cadeau qui double le train de banlieue de l'AMT de Rigaud-Vaudreuil sur les voies du CP, la base électorale des anglos et des allos de toutes origines à l'ouest de Décarie va ainsi pouvoir continuer en toute béatitude à voter PLQ ...
      Avec, un projet original,
      aller sur la rive sud via le pont Champain
      et aller à Dorval (YUL) en navette aéroportuaire
      puis l'ajout de la ligne 2 montagnes
      tout allait bien
      mais le surplus de la ligne de l'ouest c'est la prime électoraliste !

    • J-Paul Thivierge - Abonné 25 avril 2016 23 h 38

      Avec ce cadeau qui double le train de banlieue de l'AMT de Rigaud-Vaudreuil sur les voies du CP, la base électorale des anglos et des allos de toutes origines à l'ouest de Décarie va ainsi pouvoir continuer en toute béatitude à voter PLQ...
      Avec, un projet original,
      aller sur la rive sud via le pont Champain
      et aller à Dorval (YUL) en navette aéroportuaire
      puis l'ajout de la ligne 2 montagnes
      tout allait bien
      mais le surplus de la ligne de l'ouest c'est la prime à l'urne !

  • Robert Bernier - Abonné 23 avril 2016 09 h 24

    La CDPQ, une bonne idée mais ...

    Que ce soit par l'argent des québécois, géré par la CDPQ, que ce méga projet soit réalisé est en soi une excellente idée. L'endettement se fera envers nous-mêmes et non envers des banquiers privés souvent à l'étranger; l'enrichissement, s'il survient, sera le nôtre. L'idée est à rapprocher de celle d'une banque nationale finançant les infrastructures nationales à même les obligations nationales -c'était, se le rappelle-t-on, l'idée centrale du Crédit Social. C'était une idée déjà mise de l'avant par Québec Solidaire. Jusque là, tout va.

    Ce qu'il faudra éviter -et c'est un problème qu'on verra rapidement poindre- c'est que des politiciens, en mal de votes facilement acquis, commencent à faire pression sur la CDPQ et sa présidence pour qu'elle investisse dans des projets mal définis, sans justification économique. On sait combien il pourra être tentant, pour des politiciens populistes (et on en connaît), de créer des attentes dans la population et de faire rêver celle-ci devant une institution financière aux poches aussi profondes. Pourquoi pas un stade? Pourquoi pas des Jeux Olympiques?

    Mais ce serait notre propre argent que nous laisserions ainsi partir au vent.

    Robert Bernier
    Mirabel