D’ici à novembre

Hillary Clinton, comme Donald Trump auprès des militants républicains, a remporté mardi une victoire encore plus assurée que prévu dans l’État de New York. Si les sondages disent vrai et qu’elle poursuit sur sa lancée d’ici la fin de la semaine prochaine sur la côte est dans des États comme le Connecticut, la Pennsylvanie et le Maryland, l’avance de Mme Clinton sur le plan des délégués deviendra insurmontable — si ce n’est déjà pratiquement fait — et son investiture, inévitable quand viendra la convention d’investiture de juillet à Philadelphie.

Est-ce à dire, comme certains le réclament au nom de l’unité du Parti démocrate, que le moment est venu pour le « socialiste » Bernie Sanders de se désister ? Pas du tout.

L’establishment du parti — on a pu à nouveau le constater dans la foulée de l’élection de Barack Obama — a toujours été rapide à coopter les mouvements de gauche qui l’ont aidé dans les urnes à s’emparer de la présidence et à faire l’impasse sur les appels à des conversions de fond dans les politiques sociale, économique et étrangère des États-Unis.

En l’occurrence, la bataille que la gauche américaine incarnée par M. Sanders oppose à Mme Clinton est inédite par son ampleur dans l’histoire contemporaine du pays. Telle est la portée de sa candidature que les derniers sondages colligés par le site d’information RealClearPolitics disent même que le sénateur du Vermont, loin d’être aujourd’hui un candidat marginal, domine Donald Trump dans les intentions de vote à l’élection générale (53 % contre 38 %).

Que le portrait tracé par les sondages soit très théorique à plus de six mois de la présidentielle, cela va sans dire. Il n’en souligne pas moins qu’il est essentiel que M. Sanders porte son message jusque dans l’enceinte de la convention, en vieux marathonien qu’il est du monde washingtonien. Parce que la question est surtout de savoir comment pourra se prolonger sa « révolution politique » au-delà du scrutin de novembre, comme il est à peu près entendu que Mme Clinton remportera l’investiture du parti.

La majorité des militants démocrates ont beau la juger « présidentiable », Hillary Clinton demeure une politicienne perçue de façon fort négative au sein de la population. En novembre, son plus grand défi sera de faire en sorte que le mouvement qui s’est formé autour de M. Sanders se mobilise et prenne la peine d’aller voter — comme le vote démocrate est traditionnellement plus difficile à « faire sortir » que celui des républicains. Encore heureux que se dressera contre elle un Donald Trump, ou peut-être même un Ted Cruz, deux hommes qui inspirent des sentiments encore plus négatifs dans l’électorat.

À voir en vidéo