Des cibles ambitieuses

Tout le monde est d’accord pour dire avec le premier ministre Philippe Couillard que la politique énergétique présentée la semaine dernière comporte des cibles « ambitieuses ». Surtout à cause du fait que les moyens déployés pour les atteindre sont pour le moins modestes.

La politique annoncée la semaine dernière par le gouvernement Couillard se démarque des exercices passés du même genre en ce qu’elle met l’accent sur la réduction de notre dépendance au pétrole en tenant pour acquis que les conséquences sur la croissance seront positives au lieu du contraire. D’ailleurs, de l’aveu même du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, il a fallu revoir le contenu du document sur le point d’être dévoilé l’automne dernier, à la lumière des engagements pris par le premier ministre au sommet de Paris.

Si la cible est atteinte, le Québec consommera 40 % moins de pétrole dans quinze ans et émettra 37 % moins de gaz à effet de serre qu’en 1990. Pour y parvenir, on veut améliorer l’efficacité énergétique du Québec de 1 % par année en moyenne, accroître la production d’hydroélectricité, le recours à l’énergie solaire, à la biomasse et à l’éolien, énergie pour laquelle on annonce cependant qu’il n’y aura pas de nouveaux appels d’offres d’ici à ce que les surplus d’électricité aient baissé de 4 % à 2,5 % des besoins du Québec.

Cela fait craindre la fermeture d’usines de fabrication de composantes qui n’ont pas su profiter des dix années de manne programmée pour trouver des débouchés extérieurs.

En revanche, la politique propose aux producteurs d’énergie éolienne de vendre leur électricité directement sur le marché américain friand d’énergie verte, ce à quoi ils répondent que les équipements d’interconnexion sont généralement saturés aux heures les plus rentables de l’année.

On entend déjà des voix pour revendiquer que Québec annonce immédiatement de nouveaux appels d’offres pour l’éolien dans le but de faire le pont entre aujourd’hui et le jour où il faudra remplacer le parc existant. Les paris sont donc ouverts : quel sera le premier politicien qui, pour des raisons électorales, dira oui à cet appel du vent gaspésien ?

Puis, il y a le gaz naturel qui, malgré son état d’hydrocarbure dont la combustion dégage l’équivalent de 78 % des émissions de pétrole, devrait maintenir sa part du marché énergétique, puisqu’on nous le propose comme substitut « temporaire » dans le transport et l’industrie.

Ainsi, c’est au gaz liquéfié qu’on veut faire appel pour alimenter des projets miniers du Plan Nord. Mais les intentions de Québec semblent aller bien au-delà de ces fonctions acceptables, à tel point qu’on peut se demander quelle nouvelle entente a été négociée avec Gaz Métro.

Pour réaliser son plan, Québec y consacrera 4 milliards en quinze ans pris à même le Fonds vert, soit 267 millions par année en moyenne. C’est vraiment peu quand on pense qu’il faudra inciter les ménages et l’industrie à réduire de 40 % leur consommation de pétrole, notamment par l’électrification du secteur des transports.

En fait, à moins d’une autre grande révolution industrielle du genre de celle qui a entraîné la mort des papetières énergivores, il est difficile de croire que dans sa forme actuelle peu détaillée au chapitre des moyens et sans mesures contraignantes dans les transports, cette nouvelle ébauche de politique énergétique du gouvernement Couillard permettra d’atteindre la cible en aussi peu que quinze ans.

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8 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 13 avril 2016 05 h 44

    Gagner du temps ...

    Philippe Couillard semble avoir appris de Robert Bourassa. Gagner du temps. Ce programme pour l'énergie ressemble à de l'esbrouffe. Oui, oui, dans un futur lointain, nous allons bien faire! On vous le promet. Pour le moment, laissez-nous continuer à explorer/exploiter à Anticosti et en Gaspésie!

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Louise Morand - Abonnée 13 avril 2016 13 h 16

      Le gaz qui est 75% moins émetteur de GES que le pétrole est peut-être le gaz naturel conventionel. Mais ce pourcentage ne tient plus si on envisage le gaz obtenu par fracturation hydraulique. Si on tient compte des émissions fugitives de méthane liées à cette technologie, ainsi qu'a la consommation d'hydrocarbures de la machinerie lourde, dont les miliers de camions requis pour le transport d'eau et autres liquides toxiques, le gaz devient aussi polluant que le charbon. Des experts disent qu'avec si peu que 2% de fuites de méthane, le gaz devient à parité avec le pétrole pour ce qui est de la pollution en GES. Et des études démontrent que le taux d'émissions de méthane pour les puits déjà forés avec la fracturation hydraulique va de 2 à 7.9%. C'est donc un leurre de parler d'énergie de transition. Ce qui semble plus plausible c'est que, comme l'industrie gazière est en pleine déroute à cause des prix trop bas, on veut que le Québec devienne un nouveau marché et une nouvelle route pour l'exportation,de manière à faire grimper les prix. C'est du «business as usual», pas de la lutte au réchauffement climatique.

  • François Dugal - Inscrit 13 avril 2016 07 h 57

    Les chimères

    Tout cela n'est que chimère,
    Des histoires de ma grand-mère.
    De tous ces faux écolos,
    On en a plein le dos.

    À tous ceux qui veulent l'entendre,
    Monsieur le premier ministre
    Ne dit pas ce qu'il pense,
    Et pense pas ce qu'il dit.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 13 avril 2016 12 h 31

    Avec ses belles paroles...

    Philippe Couillard va nous endormir au GAZ et lorrsque nous nous réveillerons, il sera trop tard...

  • François Beaulé - Abonné 13 avril 2016 14 h 19

    Nous sommes dirigés par des clowns

    Il fallait les voir à Paris en décembre faire leurs campagnes d'image. Quelle comédie !

    Les objectifs sont ambitieux mais on attend toujours les moyens pour les atteindre. La ministre de l'environnement du Canada qui proposait de limiter le réchauffement à 1,5 ° , vient d'affirmer sans rire que cela était compatible avec la croissance de la production de pétrole...

    Et le PM Trudeau qui manigance pour imposer le maudit pipeline au Québécois. Des clowns, tous des clowns !

  • Pierre Grandchamp - Abonné 13 avril 2016 16 h 46

    Et Couillard va appuyer Énergie Est

    British Colombia ne veut pas de tuyaux du pétrole sale. Les USA n'ont plus.

    Couillard le multiculturasliste et trudeauiste va appuyer Énergie Est ce dont quelque 160 maires/municipalités ne veulent pas.