L’après-Mulcair

Les militants du NPD étaient eux-mêmes sous le choc dimanche. Réunis en congrès à Edmonton, 52 % d’entre eux ont voté pour la tenue d’une course au leadership. Une majorité a aussi décidé de lancer le parti sur la voie d’une longue réflexion autour d’un manifeste qui sème la zizanie dans les rangs. Un pari risqué qui pourrait avoir un effet déterminant sur la place que le NPD occupera dans trois ans sur l’échiquier politique canadien.

Thomas Mulcair a reçu la pire gifle qu’un chef puisse encaisser, se faire montrer la sortie au lendemain d’une défaite douloureuse. Semblant eux-mêmes surpris, les membres ont accueilli le résultat avec un silence ahuri. Dans l’histoire récente, aucun chef fédéral n’a subi un tel sort.

M. Mulcair a mené le parti à la deuxième performance de son histoire, a regarni les coffres et a maintenu une base respectable au Québec, mais a mené une mauvaise campagne, n’a pas réussi à inspirer et ne bénéficiait pas du capital d’affection qui, au NPD, a permis à d’autres chefs de survivre.

Malgré cela, il a accepté d’assurer l’intérim et de mener les troupes aux Communes jusqu’à l’élection du nouveau chef. Il faudra voir si cela pourra durer, mais à voir l’ovation qui a suivi cette nouvelle, c’était ce que souhaitaient les membres. Ils le disaient d’ailleurs : un autre chef pour les élections mais, entre-temps, un parlementaire aguerri aux Communes. Bref, ils voulaient le beurre et l’argent du beurre, et ils l’ont eu.

M. Mulcair était pris entre deux feux: d’un côté, les pragmatiques déçus d’avoir raté une telle occasion et, de l’autre, les socio-démocrates purs et durs qui ont vu là l’occasion de réaffirmer l’ascendant perdu au fil des ans.

Ces derniers ont profité du désir de renouvellement des membres pour mettre en avant le manifeste Un bond vers l’avant qui préconise une remise en question du capitalisme et du libre-échange et insiste sur la lutte contre les changements climatiques. Le document a toutefois mis le feu aux poudres dans les rangs néodémocrates de l’Alberta et de la Saskatchewan, car ses auteurs s’opposent aux énergies fossiles et préconisent un moratoire sur la construction de pipelines.

Les membres n’ont pas adopté le manifeste, mais ont accepté d’en débattre localement d’ici au prochain congrès, au grand dam des néodémocrates albertains qui défendent un développement durable du secteur pétrolier. Ce nouvel enjeu a fait réapparaître la vieille ligne de fracture entre les tenants d’un NPD conscience du Parlement et les partisans d’un parti aspirant au pouvoir pour mettre en oeuvre leurs idéaux progressistes.

Si le vote sur le leadership a divisé le parti, le remue-méninges à venir, qui servira de toile de fond à la course à la direction, s’annonce encore plus mouvementé. Les militants y gagnent un choix réel, mais ils devront soupeser avec soin les retombées des options offertes, non seulement sur le parti, mais aussi pour les Canadiens.

Le NPD n’a été porté au pouvoir que lorsqu’il a défendu une vision réellement progressiste, mais empreinte de pragmatisme. Cela se vérifie en Colombie-Britannique, en Saskatchewan, au Manitoba et en Nouvelle-Écosse. La première ministre albertaine, Rachel Notley, la seule néodémocrate qui sera encore à la tête d’un gouvernement sous peu, est venue le rappeler samedi dans un discours hautement critique du manifeste.

Le NPD doit faire preuve d’audace face aux grands enjeux de notre époque, mais il serait dommage qu’il abandonne l’ambition du pouvoir, car les électeurs y perdraient une solution de rechange à cette longue alternance entre le Parti libéral et le Parti conservateur.

À moins qu’on ait droit bientôt à une réforme du mode de scrutin digne de ce nom, mais ça, c’est une autre histoire.

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