Un observateur honnête, rigoureux, lucide et incisif du débat

Voilà maintenant 106 ans que Le Devoir appuie les honnêtes gens et dénonce les coquins. L’expression à la formulation surannée qu’employait notre fondateur, Henri Bourassa, dans son tout premier éditorial du 10 janvier 1910 est encore en vogue dans notre salle de rédaction.

Les artisans du Devoir y font parfois référence, d’un ton mi-amusé, lorsqu’ils débusquent de nouveaux squelettes dans les placards encombrés de la chose publique. Le Devoir n’est plus l’organe de combat qu’il était du temps où Bourassa dénonçait l’impérialisme britannique, mais il reste porteur d’une tradition, pour ne pas dire une mission dont je suis le neuvième fiduciaire dans l’histoire. Une immense responsabilité.

Ce journal valorise et encourage la recherche de l’excellence, en son sein et au sein de la société québécoise. Contre vents et marées, en dépit des crises, des restructurations et des mutations numériques, sa capacité d’indignation et son attachement au débat d’idées restent intacts. S’il est un combat auquel il ne renoncera jamais, sous peine de renier ses origines, c’est celui pour la survie du fait français en Amérique du Nord. Le Devoir restera un indéfectible défenseur de cette nation singulière par sa langue, ses institutions, ses lois et son identité propres. Il stimulera notre désir collectif de naître, grandir, vivre et rêver en français.

 

Le Devoir est un journal nationaliste, sans pour autant laisser le poids des traditions dicter les moindres virgules de sa ligne de pensée. Les sept directeurs — et une seule directrice — qui se sont succédé aux commandes de cet observatoire privilégié de la société québécoise l’ont tous rappelé, à leur manière. Henri Bourassa promet, en 1910, de juger les hommes et les faits « à la lumière de nos principes ». Gérard Filion trace une ligne de démarcation très nette entre le « journal politique » et le « journal de parti », en 1947, situant Le Devoir dans le premier camp. Claude Ryan réaffirme, en 1970, notre « radicale indépendance » par rapport aux pouvoirs établis. Le journal ne voue « à aucune force particulière un culte ou un appui irréversible », écrit-il. Ce journal « libre, indépendant » n’appartient à personne : ni à un parti ni à des intérêts privés, rappelle Lise Bissonnette en 1990. Le Devoir n’est pas « un instrument au service d’une cause ou d’une idéologie », insiste enfin Bernard Descôteaux en 1999.

Faut-il en rajouter ? Dans un climat de polarisation de la politique québécoise, il est nécessaire d’inscrire encore, pour la postérité, la farouche indépendance du Devoir à l’égard des idéologies et des partis dominants. Nous ne connaissons d’autre camp que celui de l’observateur honnête, rigoureux, lucide et incisif du débat de société, avec une inclination pour les idéaux de justice sociale. À tout prendre, Le Devoir affichera toujours un faible pour la défense de la veuve et de l’orphelin. Il ne perdra cependant pas de vue que l’époque où l’État détenait les solutions à tous les problèmes est révolue.

Il n’est pas simple de tenir cette posture alors que le statut constitutionnel du Québec est entre parenthèses depuis trop longtemps. Ce marasme, résultant du rapatriement unilatéral de la Constitution de 1982, sans l’accord du Québec, n’a d’égal que l’apathie et la fatigue des Québécois pour une nouvelle ronde de discussions. Alors qu’une génération constate que le projet de pays pour le Québec ne se concrétisera peut-être pas de son vivant, il faut énoncer de dures vérités avec une certaine délicatesse à l’égard de ces défricheurs, toujours animés de l’intime conviction d’avoir mis en terre la semence d’un pays. L’heure n’est pas venue de récolter les moissons dans les champs de l’histoire. Si le mouvement souverainiste engage le Québec dans un troisième référendum sans avoir acquis au préalable la certitude de le remporter, il anéantira ce qu’il reste de son pouvoir de négocier un meilleur avenir pour ses concitoyens.

En revanche, les tenants du fédéralisme ne peuvent se complaire dans le statu quo. Le Parti libéral du Québec a tellement négligé la défense des intérêts supérieurs du Québec à Ottawa qu’un Ryan passerait aujourd’hui pour un radical au sein de sa famille politique. Les fédéralistes ont pris l’habitude stérile et irresponsable de diaboliser le projet souverainiste, une attitude qui tend à délégitimer une option valide et à nier le droit du Québec d’être le seul maître de sa destinée. La véritable question consiste à déterminer quel cadre est le plus porteur d’émancipation pour tous les Québécois. Nous y répondrons, à l’heure des choix, en fonction de nos principes.

 

Dans l’immédiat, les chantiers ne manquent pas au Québec, à la condition de rompre avec cet inexcusable attentisme. Il n’y a pas qu’une dimension politique à l’expression de la sympathie nationaliste. Langue et culture sont inextricablement liées à l’affirmation de soi. Centré à ses débuts sur la couverture de la vie politique, Le Devoir est devenu au fil des décennies l’ami des arts, des artistes, des poètes, des créateurs et des gratteux de guitare qui nomment ce que nous étions, et ce que nous devenons. Sous toutes ses formes, le soutien à la création est vital.

Être nationaliste en 2016, c’est aussi refuser que le Québec arrive en tête des provinces, avec un taux de décrochage scolaire de plus de 9 %. Être nationaliste, c’est s’indigner de nos lacunes chroniques au chapitre de la littératie. Près d’un Québécois sur deux ne possède pas les compétences suffisantes pour comprendre et traiter l’information écrite, et fonctionner aisément dans la vie quotidienne. Quelque 800 000 de nos concitoyens sont littéralement analphabètes.

Rien ne freine la capacité de l’État de doter les Québécois des clefs pour comprendre et interpréter le monde. L’éducation, un champ de compétence exclusif aux provinces, est le deuxième poste budgétaire en importance (17,2 milliards de dollars). Et pourtant, nous affichons une tolérance débonnaire aux insuccès de notre réseau scolaire, qui a le potentiel de nous ramener, en ce XXIe siècle, à la condition de porteurs d’eau.

Être nationaliste, c’est prêter l’oreille aux doléances et revendications des francophones hors Québec et des Premières Nations, qui partagent aussi un statut de minorités inquiètes de leur avenir. Être nationaliste, c’est reconnaître qu’il y a des droits et des responsabilités de part et d’autre en matière d’intégration. Il faut tendre la main à ceux qui ont tout laissé derrière eux afin de se joindre au projet multiconfessionnel et interculturaliste de la nation francophone d’Amérique. Les Québécois issus de l’immigration méritent mieux que des programmes de francisation broche à foin. Les deux principaux vecteurs d’une intégration réussie passent par l’éducation et le travail. L’État réussit assez bien avec les enfants, dans les écoles, mais il rate le coche en ne se souciant pas assez de la francisation en milieu de travail.

L’intégration est une responsabilité partagée entre l’État et ces nouveaux arrivants, à qui il incombe aussi de faire des efforts pour apprendre la langue officielle de leur nouveau monde. Quelque 200 000 d’entre eux ne parlent pas le français, une situation préoccupante. Il ne s’agit pas de nier les droits linguistiques acquis de la minorité anglophone, mais de prendre les dispositions pour que la part du français ne recule pas.

C’est le propre des « petites nations » de vivre dans une perpétuelle insécurité, mais en aucun cas ce sentiment ne doit servir d’excuse au repli identitaire. Le Québec moderne est le résultat d’un formidable bouillon de cultures et de métissages. Nous sommes aujourd’hui citoyens du monde, conscients que les solutions aux problèmes les plus criants de notre époque, la guerre, le terrorisme, les inégalités sociales et le réchauffement climatique, passent par des actions collectives qui transcendent les frontières étatiques.

 

L’allégorie du coquin n’est pas la partie centrale de l’éditorial fondateur d’Henri Bourassa. Il rêvait d’une société meilleure pour les siens, d’un rééquilibrage des rapports de force entre les forts et les faibles. Il souhaitait avant toute chose assurer « le triomphe des idées sur les appétits, du bien public sur l’esprit de parti ».

Il n’est jamais venu à l’esprit d’aucun directeur d’interpréter son programme à la lettre, bien que la méthode suggérée reste d’une criante actualité : « Réveiller dans le peuple, et surtout dans les classes dirigeantes, le sentiment du devoir public sous toutes ses formes. » Telle est notre mission.

À lire lundi: Le Devoir dans son industrie

80 commentaires
  • Jacques Lamarche - Abonné 9 avril 2016 02 h 31

    Quel repli identitaire? Pour le reste, chapeau!

    Il est difficile d'imaginer ce que serait le Québec sans Le Devoir tant il transcende le point de vue partisan, tant il protège de la désinformation en ouvrant les portes à tout intervenant, tant il est vigilant à l'égard du sort des petites gens, tant il nourrit le débat démocratique par la qualité et la variété des points de vue exposés.

    Toutefois, dans ce magnifique texte, un véritable testament, l'expression ¨repli identitaire¨ me semble moins claire et mériterait, M. Myles, quelques explications supplémentaires!!! De quoi s'agit-il exactement?

    Merci et bravo!

    • Claude Bariteau - Abonné 9 avril 2016 10 h 32

      Les Finlandais, les Américians, les Mexicains, les Italiens et les Français ont chacun une nation et elle est animée politiquement par le peuple qui en fait partie.

      Monsieur Myles fait ici écho et l'éloge d'une conception ethnoculturelle de la nation, sa particularité étant de renvoyer au passé et de définir le présent en excluant et, ce faisant en privilégiant le repli identitaire plutôt que l'affirmation d'une identité politique qui transcende les autres identités.

      Aussi met-il de l'avant des pis-allers, comme ont fait ses prédécesseurs à la tête de ce journal. Et ne se rend pas compte qu'il défend une cause et une idéologie, celle des Québécois d'origine canadienne-française et les avancées des culturalistes qui rêvent de la mise en place d'un ordre politique qui y correspondrait.

      Je m'attendais à lire ce qu'il a écrit depuis son entrée en fonction. Il n'y a rien de neuf, sauf des mots pour dire la même chose que ses prédécesseurs et envelopper le tout à peine autrement.

      Aussi, sans dire que je suis déçu, je me sens obligé de souligner qu'il aligne Le Devoir sur le passé et piège ses lecteurs dans une lecture de la réalité d'aujourd'hui en marge du monde des pays existants. Mais aussi en marge d'une valorisation des liens entre les Québécois et les Québécoises de toutes origines pour qu'ils se prennent en main et construisent leur « vivre ensemble » sur un territoire qu'ils habitent.

      C'est à ces marginalisations, funestes pour les peuples en affirmation de soi, que conduisent les conceptions des « nations » dites minoritaires parce que, par définition, elles alimentent leur isolement et leur auto-valorisation hors du politique.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 9 avril 2016 10 h 53

      Évidemment tout n'est pas dit dans ce texte mais le bilan démontre quand même l'effort journalistique de neutralité politique que d'autres médias et quotidiens ont souvent outrepassée contre toute sagesse ou logique situationnelle .
      On verra dans les prochains textes, dans l'avenir prochain l'évolution de l'équipe de rédaction remaniée de notre Devoir.
      On se doit de remercier les journalistes. les chroniqueurs et équipes de rédactions qui, depuis plus d'un siècle, ont su maintenir le DEVOIR dans le cheminement exceptionnel malgré les turbulences qui ont touché la société québécoise et ses relations avec le Canada.

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 avril 2016 13 h 40

      " Quel repli identitaire?" - Jacques Lamarche

      Ma foi.. !

      Mais vous n'avez pas vu lpasser es 7 mois de débats sur la laicité de l'État avec interdication du port du voile pour les musulmanes dans la fonction publique, mais un beau gros crucifux en bois béni sur la tête du président de l'Assemblée nationale?

      Si ce n'est pas un "repli identitaire" que cette affaire-là..

      Je ne sais pas c'que c'est!

      Christian Montmarquette

      .

    • Jacques Lamarche - Abonné 9 avril 2016 15 h 54

      Enfin, M. Montmarquette, voilà une interprétation qui ne laisse aucun doute! Je voulais connaître celle de M. Myles! Elle pourrait être bien différente de la vôtre et aussi de la mienne! Et nous trois, comme bien d'autres, avons vu passer le train!

      Chacun a sa définition du repli identitaire! La question est fort complexe, notamment lorsqu'elle met en cause le combat pour l'égalité entre les sexes et se retrouve ainsi liée à l'abolissement des signes d'asservissement des unes au profit des autres!

      S'il fallait que soit sectaire tout partisan de la laïcité. Il peut n'y rechercher que l'égalité, et aucunement l'affirmation de son identité!

      Histoire à suivre! Les prochains textes de M. Myles n'en seront que plus intéressants, comme le laisse entendre M. Thivierge!

    • André Nadon - Abonné 10 avril 2016 10 h 22

      M. Lamarche,
      il serait pour le moins téméraire de définir " repli identitaire " tel qu'utilisé par Brian Myles. Je souscris à votre réponse à M. Montmarquette. Plusieurs interprétations sont possibles selon les individus, mais tous ne sont pas également valables ou acceptables.
      Aux fins de la discussion, j'oserais penser, d'après la feuille de route du nouveau directeur, qu'être " une petite nation " n'empêche pas l'ouverture " aux autres" par des programmes dynamiques d'apprentissage de la langue officielle, en l'occurrence le français et d'inclusion au marché du travail.
      Enfin, contrairement à Claude Bariteau, je crois qu'un recours à l'Histoire est essentiel pour comprendre le présent et éviter les mêmes erreurs que nos ancêtres ont commises. Car ils en ont commis comme nous en commettrons.
      La vraie priorité est l'éducation dont fait partie l'Histoire.

    • André Nadon - Abonné 10 avril 2016 10 h 41

      M. Bariteau,
      je ne vois pas la nécessité d'un journal partisan comme les journaux de Power Corp. Y investir temps et argents serait une grosse erreur. Pensons au journal Le Jour!!!
      Les réseaux modernes de communications sont là pour y suppléer si nous le voulons vraiment.
      Une rose ne pousse pas plus vite si nous tirons sur la tige. Au contraire, on risque de la déraciner. Il en est de même pour le peuple, surtout québécois.
      On essaye depuis 400 ans de nous assimiler par tous les moyens et rien n'y fait. Voilà un enseignement de l'Histoire.
      L'éducation est le seul moyen vraiment efficace et imparrable pour devenir indépendant tant comme individu que comme peuple.

    • Gilles Théberge - Abonné 10 avril 2016 16 h 54

      Est-ce que se promeser avec un tchador ou un voile islamique, ou un kippa, ou un burnous, ou un turban c'est du repli identitaire..?

      Des foi je trouve innocents certains raisonnements...!

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 11 avril 2016 22 h 37

      Le débat sur la laïcité, M. Montmarquette, avait été rendu nécessaire à cause du repli identitaire de certaines communautés, notamment islamiques, car le voile est un étendard politique et de prosélytisme qui symbolise le rejet de tout ce qui n'est pas halal et donc impur. Ceux et celles qui défendent à tout crin les supposés droits individuels qui vont à l'encontre du bien commun et nuisent à la cohésion sociale se font les idiots utiles d'une mouvance qui ne recule devant rien et qui est totalement intolérante. Protégez les vôtres et revendiquer des droits pour vos enfants et petits-enfants, à moins que vous n'y pas d'inconvénient que ces derniers se soumettent de gré ou de force à une religion qui n'est pas celle de leurs ancêtres et qui confine les femmes à la maison et les enferme dans un voile sombre leur reniant toute identité propre.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 9 avril 2016 05 h 22

    Nationaliste

    Bravo M. Miles, être nationaliste c'est exactement ça.
    Ça n'a rien à voir avec quelque parti, car les partis ne sont que des moyens.

    Il y a une phrase que je retiens particulièrement :
    «Si le mouvement souverainiste engage le Québec dans un troisième référendum sans avoir acquis au préalable la certitude de le remporter, il anéantira ce qu’il reste de son pouvoir de négocier un meilleur avenir pour ses concitoyens.»
    Voilà pourquoi nous ne devons pas mettre une date fixe à ce choix.

    «Il n'y a pas de date limite à l'émancipation d'un peuple».

    PL

    • J-Paul Thivierge - Abonné 9 avril 2016 11 h 08

      Comme le Québec a servi à enseigner à certains indépendantistes d’ailleurs comment ne pas se faire enfirouaper par le pays au pouvoir,
      possiblement qu’on devrait s’inspirer des étapes et activités indépendantistes en Écosse et en Catalogne pour préparer notre accession au pays du Québec !

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 avril 2016 12 h 14

      «Si le mouvement souverainiste engage le Québec dans un troisième référendum sans avoir acquis au préalable la certitude de le remporter, il anéantira ce qu’il reste de son pouvoir de négocier un meilleur avenir pour ses concitoyens.» -Pierre Lefebvre

      D'après ce que je vois, il semble loger au Devoir des caquistes et des péquistes qui s'ignorent et font partis de ces gens qui espèrent faire l'indépendance sans référendum!

      - Quelle farce.

      Alors que c'est exactement ce que le PQ fait depuis des années, éliminer le référendum de son programme, ce qui lui évite à chaque fois d'avoir à vendre d'abord le projet national pour se faire élire sur son projet : Un éternel tournage en rond qui non seulement bloque le projet d'indépendance, mais bloque l'ensemble du débat politique au Québec; ce qui fait bien l'affaire des nationalistes provincialistes conservateurs

      Et cela n'a rien d'étonnant, puisque le PQ est un parti de droite et que c'est un projet de société à gauche qui manque à l'indépendance pour convaincre les indécis, les immigrants, et même, faire passer une part des fédéralistes dans le camps souverainiste, avec un projet social plus fort et plus emballant et plus solide que la situation canadienne.

      De plus, c'est justement en faisant bataille qu'on gagne les combats et non en faisant les pissous trop peureux monter sur le ring. Car autant avec les élections que les référendum, il est impossible de connaitre les résultats à l'avance, sans avoir même fait la lutte.

      Car c'est dans la lutte elle-même que les arguments sortent et que les batailles se gagnent, et non en réchauffant le banc en attendant les conditions gagnantes et que les choses se fassent toutes seules; ce qui n'aura mené la lutte indépendantiste qu'à un recul depuis plus de 20 ans.

      Christian Montmarquette

      .

    • Pierre Fortin - Abonné 10 avril 2016 10 h 35

      Bien d'accord avec vous M. Lefebvre que le nationalisme dépasse les engagements partisans : « les partis ne sont que des moyens ».

      Le Devoir est, dans la fidèle continuité du dessein d’Henri Bourassa, la tribune par excellence où peut s'exprimer une parole citoyenne qui ne soit assujettie à aucune ligne de parti.

      Si on déplore que certains espèrent faire l'indépendance sans référendum, entendant par là sans le consentement de la population, on doit bien admettre que cette ultime étape ne peut être qu'une formalité dans la marche d'un peuple vers son indépendance et que cette marche doit être éclairée dès ses premiers pas.

      Si on peut souhaiter que l'Institut de recherche sur l'autodétermination des peuples et les indépendances nationales s'élève au-dessus des partis en élucidant la question nationale et en désamorçant les peurs des plus frileux, on peut aussi espérer qu'il incite le peuple à se saisir à pleines mains de son avenir, qu'il s'y engage et le façonne.

      Il est réconfortant de lire M. Miles quand il écrit selon les vues du fondateur du Devoir « "Réveiller dans le peuple, et surtout dans les classes dirigeantes, le sentiment du devoir public sous toutes ses formes." Telle est notre mission. »

      Ces paroles rapellent, dans le contexte actuel de la perversion de notre État, celles de Henry David Thoreau qui partageait les mêmes préoccupations dans une situation analogue : « Mais pour parler en homme pratique et en citoyen [... je demande] un meilleur gouvernement. Que chacun fasse connaître le genre de gouvernement qui lui inspire le respect, et ce sera le premier pas vers son obtention.»

      Puisse-t-on voir sur cette question le Devoir ouvrir ses pages à ses lecteurs. Le génie du Peuple québécois est capable de beaucoup et d'assurer, comme en rêvait Henri Bourassa, « le triomphe des idées sur les appétits, du bien public sur l’esprit de parti ».

  • Marie Nobert - Abonnée 9 avril 2016 06 h 16

    «Adeste fideles» (!)

    Quand je lis: «Près d’un Québécois sur deux ne possède pas les compétences suffisantes pour comprendre et traiter l’information écrite, et fonctionner aisément dans la vie quotidienne.» Je jouis «littéralement». (!)

    JHS Baril

  • Hélène Gervais - Abonnée 9 avril 2016 07 h 25

    Tout un plaidoyer ....

    Pour la Nation Kébécoise. C'est une belle ouverture d'esprit pour l'accueil tout en respectant ceux qui habitent ici. Un Pays pour le Québec est naturellement ce que beaucoup d'entre nous souhaitent, mais en attendant d'y arriver, il est tout aussi important de mettre en pratique ce que vous écrivez ci-haut. Et mettre en avant les Premières Nations plutôt que de les cacher sous le tapis. C'est un magnifique texte, Monsieur Brian.
    Djiwan H Gervais

  • Christian Montmarquette - Abonné 9 avril 2016 07 h 46

    Être nationaliste, c’est refuser la pauvreté de la nation

    Comme lecteur assidu depuis plus de 15 ans, j’ai beaucoup apprécié le texte de Bryan Miles qui réactualise les principes et les valeurs de base du Devoir.

    Au chapitre du nationalisme, si le Devoir se veut bel et bien comme l’affirme M. Myles «le défenseur de la veuve et de l’orphelin». J’aurais ajouté à sa nomenclature, la défense de la social-démocratie et du modèle québécois issue de la Révolution tranquille.

    Et j’aurais aussi ajouté qu’être nationaliste, c’est en toute priorité aimer et défendre «sa nation» en refusant d’abandonner des centaines de milliers, voire même des millions, de ses concitoyens et concitoyennes dans la pauvreté, la misère et l’exclusion sociale, comme l’ont fait à tour de rôle nos gouvernements néolibéraux du Parti québécois et du Parti libéral depuis désormais des décennies.

    Une dite pauvreté si violente, si immorale et si abjecte, qu’elle coute au Trésor public du Québec plus de 17 milliards par année en couts de santé* soit l’équivalent de l’ensemble des dépenses en éducation, alors que son élimination ferait gagner plus de 7 milliards par année à l’État du Québec tout en éliminant d’énormes souffrance humaines inutiles dont des milliers d’enfants qui manquent eux aussi du simple nécessaire et ont 11 ans d'espérance de vie de moins que les autres.

    Au fond, parmi toutes les valeurs que le Devoir défend et auxquelles le Québec aspire, s’il en est une que l'on devrait cultiver et qui devrait faire intrinsèquement partie de notre identité, c’est bien la valeur de la solidarité. La solidarité des plus forts envers les plus faibles et des plus riches avec les plus pauvres. Car sans un minimum décent pour vivre, il est impossible d’envisager le reste.

    Christian Montmarquette

    Référence :


    * Coûts de la pauvreté au Québec :

    http://www.cepe.gouv.qc.ca/publications/pdf/cepe_c

    .

    • Colette Pagé - Abonnée 9 avril 2016 09 h 52

      Sans relâche et avec raison Monsieur Montmarquette tape sur le clou de la pauvreté et des inégalités sociales. Des réalités toujours négligées et qui font honte à notre démocratie. Par encontre, pour se déculpabiliser et être pris en photo, certains hommes politiques servent occassionelement des repas aux soupes populaires.

      Pourtant l'argent ne manque pas.

      À preuve, l'augmentation du traitement des médecins et le milliard et demi de dollars de subvention à Bombardier.

      Ce qui manque c'est la volonté politique, la justice sociale et la compassion.

      Éradiquer la pauvreté, ce qui n'est pas très glamour, fait rarement parti des programmes politiques.

      Pendant ce temps, les pilleurs d'État placent leurs avoirs dans les paradis fiscaux souvent avec la complicité des États sous le prétexte fallacieux de rendre les entreprises plus compétitives.

      Curieusement, ce sont ces coquins qui les premiers réclament des Gouvernement des coupures et qui souhaitent la fin de l'État Providence.

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 avril 2016 10 h 06

      Merci de votre appui M. Gélinas.

      Quand on sait que l'État donne en congé fiscal et subventions de toutes sortes plus de 10 milliards par année de fonds publics aux riches, aux banques et aux multinationales, des deniers publics qui devraient servir au financement des services publics et du filet social.

      Il est clair que le Québec disposerait parfaitement des moyens d'éradiquer la pauvreté au Québec.

      Mais malheureusment, les partis néolibéraux comme le PQ, le PLQ et la CAQ défendent les intérêts des entreprises au détriment des intérêts du peuple.

      Ceci, alors que non seulement les riches et les entreprises disposent parfaitement des moyens de se défendre elles-mêmes, mais que la responsabilité première de l'État est justement de défendre les intérêts des citoyens.nes "contre" la puissance et les abus du Capital.

      Christian Montmarquette

      .

    • J-Paul Thivierge - Abonné 9 avril 2016 11 h 35

      M Montmarquette vous vous devez de reconnaître que tant que le Québec ne sera pas un pays les politiques économiques et fiscales du Canada empêchent de contrôler ou d'abolir l'évitement fiscal.
      Que comme état vaincu ( pro victis ) le Québec doit subir le mandat que le ROC et les fédéralistes du Québec donnent au ministre des finances du Canada sous la domination des décideurs de Bay Street à Toronto ou Calgary.

    • Pierre Raymond - Abonné 9 avril 2016 12 h 22

      Félicitations M. Montmarquette pour cet excellent texte mais j'aimerais tellement lire ci-dessous les félicitations du Premier Ministre et des Ministres de l'éducation et de la santé.

      Pierre Raymond, Montréal

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 avril 2016 12 h 30

      À Jean-Paul Thivierge.

      "M Montmarquette vous vous devez de reconnaître que tant que le Québec ne sera pas un pays les politiques économiques et fiscales du Canada empêchent de contrôler ou d'abolir l'évitement fiscal." -Jean-Paul Thivierge

      Selon la vielle réthorique péquistes usée à la corde, il ne serait jamais possible de ne rien faire sans l'indépendance.

      Alors que...

      1) Le Québec est un État riche qui administre plus de 100 milliards! ..par année de deniers publics.

      2) Que le Québec trouve chaque année les moyens de gaver les riches, les banques et les multinationales de plus de 10 milliards par année avec des deniers publics qui devraient servir au financement du filet social et des services publics et non pour engraisser les déjà riches à craquer de l'entreprise privée.

      3) Que l'éradication de la pauvreté rapporterait à elle seule plus de 7 milliards par année, selon une étude gouvernementale.

      4) Et que le Québec est parvenu à faire la Révolution tranquille et créer nos systèmes de santé et d'éducation publics, en plus de la nationalisation de l'hydro-électricité.

      Alors, qu'on ne vienne pas me dire qu'il ne serait pas possible d'éliminer la pauvreté sans sortir du Canada, alors qu'on donne déjà à l'entreprise privée, deux fois plus que le nécessaire qu'il nous faudrait pour pouvoir le faire et que l'éradication de la pauvreté pourrait s'autofinancer, puisqu'elle élimine à elle seule plus de 7 milliards de frais de santé.

      Christian Montmarquette

      .

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 avril 2016 17 h 28

      À Pierre Raymond,

      Merci de votre appréciation M. Raymond, c'est fort apprécié. Surtout pour une cause qui me tient tant à coeur depuis presque toujours, et plus particulièrement depuis que j'ai choisi de m'impliquer en politique avec la gauche en 1998.

      Question de ministres..

      Il ne faut malheureusement pas compter sur ceux qui créent les problèmes pour les régler et surtout pas sur les ténors politiques des vieux partis néolibéraux comme le PQ, le PLQ et la CAQ pour changer les choses.

      Les réponses se trouvent désormais chez Québec Solidaire et chez les citoyens et citoyennes eux-mêmes qui disposent de beaucoup plus de pouvoir qu'ils et elles ne le croient, en autant qu'elles l'utilisent dans un esprit républicain et de souverainté populaire.

      Prenons exemple sur les Islandais.

      Ils savent prendre les choses en main et remettre leurs gouvernements à leur place.

      Merci encore de votre soutien!

      Christian Montmarquette

      .

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 11 avril 2016 14 h 43

      @Christian Montmarquette

      Merci de votre appréciation M. Raymond, c'est fort apprécié.
      Le moins que l’on puisse dire, c’est que monsieur Mont marquette apprécie beaucoup cette appréciable appréciation.

      Être solidaire pourquoi et pour qui quand on pense que Québec solidaire rejette du revers de la main le choix de 90% des électeurs qui sont allés voter aux élections de 2014 pour le PQ, le PLQ et la CAQ; on n’a plus la solidarité qu’on avait.

      Ce n’est pas en présentant des motions bonbons pour lutter contre une prétendue islamophobie appréhendée que QS va faire du Québec un pays.

      Les progrès qu’a pu faire le Québec depuis la révolution tranquille, ce n’est certainement pas à Québec solidaire qu’on le doit car ce parti n’a de solidaire que le nom.

    • Christian Montmarquette - Abonné 11 avril 2016 19 h 37

      " Être solidaire pourquoi et pour qui.." - Richard Génois Chalifoux

      Vous êtes un ignare M. Chalifoux.

      Quand on parle de solidarité, la vraie..

      On parle de solidarité des plus riches envers les plus pauvre et des plus forts envers les plus faibles et non le contraire comme le font les néolibéraux du PQ, du PLQ et de la CAQ..

      Et il ne m'étonne guère que vous n'y compreniez strictement RIEN.

      Et question de bonbons comme vous dites..

      Je ne crois pas que le revenu minimum décent et garanti soit du bonbon comme vous dites!

      Christian Montmarquette