Impénitent Zuma

Jacob Zuma est-il à l’Afrique du Sud ce que Dilma Rousseff est au Brésil ? Elle, légataire des grandes réformes sociales de gauche portées par Luiz Inácio Lula da Silva ; lui, héritier de la lutte de libération anti-apartheid menée par feu Nelson Mandela. L’une présidente de la grande économie émergente d’Amérique latine ; l’autre, du moteur économique de l’Afrique subsaharienne. Et tous les deux empêtrés dans des scandales de corruption qui pourraient couler leur présidence.

La plus mal en point est Mme Rousseff, talonnée par la justice et menacée de destitution en raison du scandale touchant la société d’État Petrobras. Si ample est le scandale qu’il est même en train de rattraper Lula.

Moins critique est la situation pour M. Zuma, dont nos médias parlent du reste sensiblement moins. Militant de la première heure du Congrès national africain (ANC), devenu président du pays en 2009, l’homme a survécu depuis dix ans avec aisance à de multiples scandales (accusations de viol, de prévarication liée à des contrats d’armes…). La semaine dernière, la Cour constitutionnelle a jugé qu’il avait enfreint la Constitution pour avoir rénové sa résidence de Nkandla, dans le sud-est du pays, en puisant dans les fonds publics à hauteur de… 16 millions $US. Mardi, sur la foi de ce jugement, l’opposition a présenté contre lui une motion de destitution à laquelle il a facilement survécu en rassemblant derrière lui la majorité dont l’ANC dispose à l’Assemblée nationale.

Mais unité de façade, dit-on, masquant les fractures qui se dessinent au sein d’un parti qui tient le pouvoir depuis 1994 sans être vraiment parvenu, au cours des 22 dernières années, à soigner les blessures de l’apartheid pour la majorité noire sur le plan culturel et économique. C’est que l’ANC est un parti clientéliste dont le pouvoir continue de dépendre largement de ses assises rurales. Il n’a pas tenu promesse en termes de développement et de création d’emplois. Le d’où divorce progressif avec le monde urbain, où vit la majorité des 53 millions de Sud-Africains.

Avec le résultat que l’on s’attend à ce que, pour la première fois depuis 1994, les partis d’opposition donnent du fil à retordre à l’ANC aux élections locales d’août prochain à Johannesburg et dans d’autres villes. Avec le résultat aussi que l’agitation anti-Zuma prend partout de l’ampleur, mais en particulier sur les campus, où les étudiants noirs se mobilisent pour réclamer, notamment, une baisse des frais de scolarité et un frein à l’usage persistant dans les universités de l’afrikaans, la langue de la minorité blanche.

La Constitution interdit à M. Zuma de se présenter à un troisième mandat en 2019. Avec lui s’amorce apparemment le début de la fin de l’ANC tel qu’il existe depuis des décennies.

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