Payer sa place

Les commerçants du centre-ville de Montréal s'opposent à l'idée d'une taxe particulière sur les espaces de stationnement payants hors rue pour financer les transports collectifs. On les comprend: une telle taxe nuirait aux commerces de nos centres-villes dont l'accès est plus difficile pour les consommateurs et dont les coûts d'exploitation sont plus élevés que dans les centres commerciaux des quartiers limitrophes.

Cela étant, loin d'écarter l'idée comme on l'a fait à plusieurs reprises par le passé, il faudrait plutôt l'étendre à tous les parcs de stationnement hors rue, payants ou gratuits, de la banlieue et du centre-ville.

La force d'attraction des grands centres commerciaux tient précisément à la facilité d'y accéder gratuitement en voiture, souvent en empruntant une voie rapide, elle aussi gratuite. Les commerces installés dans ces centres font des affaires d'or, tout comme leurs propriétaires immobiliers, de grandes sociétés dont plusieurs sont devenues des fiducies de revenus qui offrent des rendements de plus de 10 % à leurs actionnaires.

Grâce à leurs vastes parcs de stationnement gratuit, ces commerces font une concurrence quasi déloyale aux centres-villes, où les espaces de stationnement sont lourdement taxés. On ne devrait donc avoir aucune hésitation à imposer une taxe particulière selon le nombre de places mises à la disposition de la clientèle. Ainsi, tous les commerçants, ceux du centre comme ceux de la banlieue, seraient traités sur un pied d'égalité sans que cela n'affecte de façon significative les prix aux consommateurs.

Par ailleurs, si nos gouvernements étaient vraiment sérieux dans la recherche de moyens de financer les transports collectifs, ils iraient plus loin en tarifant toute forme de stationnement urbain, sur rue et hors rue. Déjà, les résidants des quartiers montréalais les plus fréquentés doivent se procurer une vignette au coût d'une cinquantaine de dollars qui leur donne accès à des espaces réservés près de chez eux. Pourquoi eux et pas les autres résidants de la ville, qui devraient aussi payer une taxe de stationnement s'ils utilisent la rue pour garer leur voiture?

Quant aux non-résidants du quartier, ils seraient assujettis à une tarification horaire variable grâce à l'installation d'horodateurs comme on en trouve dans les grandes villes du monde. À l'heure actuelle, des milliers d'automobilistes traversent les ponts et abandonnent leur voiture quelque part en ville pour le reste de la journée, puis sautent dans le métro sans avoir contribué à son financement. Ce qui n'a aucun sens sur le plan économique ou environnemental.

Pour les Montréalais eux-mêmes, détenir une vignette rendrait aussi plus équitable le fardeau fiscal entre les propriétaires d'une voiture garée dans la rue et ceux qui n'en ont pas; plus équitable aussi en regard des propriétaires d'une résidence qui paient des impôts pour l'espace de terrain réservé au stationnement, comme les y oblige le règlement d'urbanisme.

Ce ne sont pas les moyens qui manquent pour financer les transports collectifs, c'est le courage politique de les utiliser.

jrsansfacon@ledevoir.ca