Kerry en première

À la faveur des primaires tenues dans sept États, le sénateur John Kerry détient une solide option sur l'investiture démocrate. Fort des 228 délégués ou votes qu'il a récoltés depuis l'amorce de cette saison électorale, ce vétéran de la guerre du Vietnam est quasi assuré de participer à la grande finale. Contre qui? Là, tous les paris, ou presque, sont ouverts. Pour l'heure, il est en effet difficile de prédire qui, du sénateur John Edwards, de l'ex-gouverneur Howard Dean ou du général Wesley Clark, tiendra jusqu'au dernier round. À cet égard, les primaires des prochains jours devraient passablement éclaircir l'horizon.

Commençons avec Howard Dean. Après avoir caracolé en tête des sondages pendant des mois, son étoile a pâli à la vitesse grand V dès les caucus de l'Iowa. Sa défaite au New Hampshire l'a convaincu de procéder à un grand ménage au sein de son état-major. Un changement qui ne lui a pas permis de faire la campagne envisagée pour les primaires d'avant-hier. Son principal problème? Il n'a plus d'argent. S'il n'hérite pas des délégués de l'État de Washington ou du Michigan en fin de semaine prochaine, Dean sera pratiquement dans l'obligation de jeter l'éponge.

Le sénateur John Edwards a fait ce qu'il devait faire: gagner en Caroline du Sud, son État. En réalisant un score honorable dans le Missouri, Edwards a par ailleurs démontré une bonne capacité à saisir les occasions. Après l'abandon de Dick Gephardt, dont le Missouri est le royaume, Edwards a été le premier à investir l'endroit. Son principal problème? Il n'a pas encore fait la preuve qu'il pouvait finir en première place en dehors de son bastion.

Parti dernier, le général Wesley Clark a démontré, selon les experts, une forte capacité d'adaptation aux moeurs politiques, qu'il ne maîtrisait pas aussi bien que les professionnels auxquels il se frotte. Il apprend, dit-on, extrêmement vite. En plus d'avoir gagné l'Oklahoma, il est celui qui a raflé le plus grand nombre de deuxièmes places. Son principal problème? Il manque de temps pour étoffer ou élargir son programme aux dossiers de politique intérieure d'ici les prochaines primaires.

Ainsi donc, John Kerry est désormais le champion des démocrates. Dans son cas, on avance que la volonté de l'establishment démocrate de choisir le candidat le plus présidentiable a porté fruits. Elle a convaincu des dizaines et des dizaines de militants habités par la haine de Bush d'opter pour celui qui n'hésitera pas une seconde à rendre coup sur coup. Derrière son côté lisse, Kerry cache une certaine rugosité.

À ce propos, on fait remarquer ici et là que les attaques lancées ces jours-ci par ses collaborateurs sur la passe militaire de Bush est en fait un message formulé à l'endroit de Karl Rove, le patron de la campagne de l'actuel président. Le but de l'entreprise? Faire savoir aux républicains que Kerry sera aussi brutal qu'ils peuvent l'être. Son principal problème? Kerry doit éviter de critiquer Dean, Edwards et Clark au cours des prochains jours.