Militer au risque de sa vie

Il n’y a guère d’activité militante plus dangereuse dans les pays en voie de développement que celle de défenseur de l’environnement. Or, la violence croît contre ces défenseurs. Le récent assassinat de Berta Cáceres, une militante hondurienne connue à l’échelle internationale, lève le voile sur une tuerie qui se poursuit en toute impunité.

La défense de l’environnement est l’un des grands combats de notre époque, mais il est peu relevé que beaucoup payent ce combat de leur vie. Dans une étude datant de 2014, l’ONG Global Witness a établi que 116 militants écologistes avaient été tués dans le monde cette année-là. Ils sont tués par la police dans des manifestations ou par des tueurs à gages, comme ce fut le cas de Mme Cáceres, assassinée début mars à quelques jours de son 45e anniversaire. Quelque 40 % des victimes, selon l’ONG britannique fondée en 1993, sont des autochtones et près des trois quarts des décès documentés se sont produits en Amérique centrale et en Amérique du Sud, dans des pays qui nous sont voisins et avec lesquels nos gouvernements et nos gens d’affaires ont des liens.

Il n’y a aucune raison de penser que ces chiffres sont exagérés. Bien au contraire. Un grand nombre de ces meurtres sont commis en toute impunité dans des villages reculés, loin des regards et loin des médias. Ces militants sont des hommes et des femmes qui se mettent en travers du « développement » — hydroélectrique, minier, agroalimentaire. Moins en travers du développement, à vrai dire, que de la religion de la croissance du PIB.

Il se trouve que le Honduras est l’un des pays où la répression des défenseurs des droits environnementaux est la plus violente au monde. Comme Mme Cáceres était une femme connue, son assassinat a provoqué une onde de choc. Le prestigieux prix environnemental Goldman, surnommé le « Nobel vert », lui avait été décerné l’année dernière pour son opposition à la construction de l’un des plus importants projets hydroélectriques d’Amérique centrale, celui d’Agua Zarca, situé en terres autochtones dans le nord-ouest du pays. Avant elle, trois de ses collègues ont été tués en rapport avec le même projet depuis 2013.

La police veut faire croire que le meurtre par balle de Mme Cáceres s’est produit au cours d’une tentative de vol par effraction à son domicile. Mardi dernier, un autre camarade, Nelson García, lui aussi Amérindien Lenca, a été abattu alors qu’il rentrait chez lui. Version policière : acte isolé sans rapport avec le meurtre de Mme Cáceres…

La lutte de ces militants avait donné des résultats : la construction du barrage avait été suspendue en 2013 après que la Banque mondiale et le constructeur chinois Sinohydro se furent retirés du projet devant la mobilisation des opposants. Mme Cáceres a été éliminée alors que l’entreprise hondurienne DESA vient de rouvrir le chantier avec l’appui financier, entre autres, de la Finlande et des Pays-Bas.

Le Canada, dont les entreprises sont actives là-bas dans les industries minière et textile, a signé en 2014 un accord de libre-échange avec ce petit pays très pauvre. En l’occurrence, le nouveau gouvernement de Justin Trudeau pourrait se rendre utile et, au vu de ces criantes exactions, prendre concrètement la défense, avec mesures punitives à la clé, des droits démocratiques — et environnementaux — de la population hondurienne.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

1 commentaire
  • Gilles Gagné - Abonné 21 mars 2016 09 h 05

    Le gouvernement Trudeau prendra la même gouverne qu'il a pris avec l'Arabie Saoudite, la tête dans le sable ce sera "money talk". Qu'on se rappelle la sortie de Stéphane Dion il y a quelques jours seulement, on a changé de gouvernement en matière de "pr"