Les vaches maigres

Exercice de transition, a-t-on dit du budget présenté jeudi par le ministre des Finances, Carlos Leitão. Mais transition vers quoi, à part les prochaines élections, pouvons-nous demander ?

Comme toujours avec les gouvernements qui se succèdent à Québec, le budget 2016-2017 contient une infinité de micromesures dont on ne peut jamais démontrer la pertinence et l’efficacité.

En réduisant la contribution pour un deuxième enfant en CPE et en éliminant progressivement la taxe santé, le gouvernement corrige deux erreurs évidentes. Quant aux 700 millions consacrés à la rénovation des écoles, il était temps !

En revanche, plusieurs autres mesures ne changeront strictement rien à la situation financière de leurs bénéficiaires, les PME par exemple, encore moins à leur désir d’investir. Tout le monde souhaite payer moins d’impôt, c’est normal. La question est de savoir si une baisse de quelques dizaines de dollars est susceptible de modifier le comportement des gens au regard des conséquences sur la qualité des services publics ainsi privés de ressources.

En éducation encore, il faut applaudir le retour à un taux d’augmentation des dépenses de 3 % après quelques années de vaches maigres. Du même souffle, on peut s’inquiéter des minces 2,4 % en santé alors que les besoins requièrent au moins 3 à 4 % après les compressions des dernières années. Comment croire qu’on améliorera, ne serait-ce qu’un peu, les soins à domicile avec les ridicules 60 millions supplémentaires pour tout le Québec ?

Dans leur ensemble, les dépenses de programmes augmenteront de 2,5 % en 2016-2017, soit tout juste un peu plus que l’inflation. C’est dire que même une fois revenus à l’équilibre budgétaire, il y a peu d’espoir d’assister à des améliorations de la qualité des services.

Mais ce qui déçoit le plus dans l’approche du gouvernement Couillard, ce n’est pas de constater son obstination à vouloir gérer les comptes de façon rigoureuse, mais de réaliser que rien ne s’améliore en dehors du plan budgétaire lui-même. En santé, les Québécois ont plus que jamais l’impression de servir de prétexte à l’augmentation de la paie du corps médical. Pourquoi avoir fusionné tous les établissements locaux sinon pour placer à leur tête des cadres triés sur le volet pour obéir aux ordres d’un ministre imbu de sa personne et son pouvoir ? Et voilà qu’on s’apprête à priver les CLSC de centaines de professionnels pour les offrir en cadeau au Docteur inc. sans débats préalables ni consultations.

Même constat de stagnation ou de recul en éducation, en transport collectif, en administration de la justice…

Et que dire de la politique économique ? Le Plan Nord était le gros ballon politique de Jean Charest alors que la Stratégie maritime est celui de Philippe Couillard. Voilà un gouvernement qui intervient à la pièce en profitant de l’erre d’aller d’une économie plus résiliente qu’on le croyait. Malheureusement, cela ne suffira pas pour créer les 250 000 emplois promis lors de la dernière campagne électorale, et dont nos jeunes ont vraiment besoin.

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7 commentaires
  • Pierre Cousineau - Abonné 18 mars 2016 08 h 14

    Une mise à niveau vers le bas.

    Quand les déficits de la balance commerciale d'un pays s'accumulent, forcément c'est de l'argent qui disparaît de l'économie de ce pays, donc une partie de la base de taxation disparaît en même temps. Cela se traduit également par la dégradation du revenu disponible par habitant.

    L'austérité qui en découle est une mise à niveau vers le bas de l'argent disponible pour répondre aux besoins de la collectivité. La liste des besoins couverts par l'État racourcit.

    C'est pourquoi il est si inquiétant de voir l'apathique Carlos Leitao au ministère des Finances alors que la situation exige une personnalité énergique et entrepreneuriale.

  • - Inscrit 18 mars 2016 09 h 28

    Un budget de banquier: frileux, passif et attentiste


    Le Québec est pris avec un gouvernement qui l'abandonne, un gouvernement passif, attentiste. Attentiste car il attend les sous d'Ottawa, passif car il démontre un manque flagrant d'imagination pour stimuler l'économie. Pendant que le train passe, le Québec baille aux corneilles.

    Philippe Couillard annonçait en se pétant les bretelles qu'il y aurait des feux d'artifice en Éducation. Or, on a tout juste de quoi couvrir les coûts de système, et encore, plus de la moitié ira aux édifices plutôt qu'à l'éducation. En santé, la dégringolade se poursuit, l'augmentation de revenu des médecins gruge presque toutes l’augmentation qui elle-même ne couvre même pas les coûts de système.

    Vraiment, un gouvernement poussif, en panne d’imagination et qui démontre une vision étroite de l’économie. Un gouvernement sans inspiration en des temps où on en aurait grand besoin.

  • Bernard Dupuis - Abonné 18 mars 2016 10 h 12

    Le recul économique et social s'accentue

    Quels sont ceux qui sont les plus satisfaits de ce budget? Il semble que dans le Canada anglais on a que des éloges pour M. Couillard et M. Lietao. Les amis de M. Lietao que l’on retrouve au sommet des grandes banques québécoises et canadiennes sont aussi très satisfaits, car ce budget leur permettra de faire de bonnes affaires dans le domaine des intérêts sur le crédit. À preuve, ce programme de Desjardins afin de prêter de l’argent aux familles afin de leur permettre de payer leurs augmentations d’impôt.

    Les profiteurs des systèmes de corruption et de favoritisme mis en place par les libéraux pourront continuer leurs combines en paix. Ainsi, le système de paiement au noir, le système permettant d’éviter de payer ses taxes et impôts ne seront pas surveillés davantage.

    Contrairement à ce qui fut promis par M. Couillard en campagne électorale, l’équilibre budgétaire n’aura pas permis d’améliorer la qualité des services et de ramener la prospérité économique. Cet équilibre aura été atteint sans le concours de ses amis des grandes banques et de ses confrères du corps médical.

    Ce n’est pas pour demain que le Québec pourra se dispenser de sa dépendance du grand frère canadien qui, avec sa péréquation et sa structure économique, pourra continuer à maintenir le Québec dans l’état d’un pays en voie de développement. La structure économique canadienne permet actuellement la création d’emplois et la prospérité dans des provinces comme la Colombie-Britannique et l’Ontario. Quant au Québec, il pourra continuer à accumuler du retard sur le plan industriel et sur le plan des services publics.

    Quand M. Couillard aura-t-il le discernement nécessaire pour se rendre compte que pour l’immense majorité de la population québécoises la prospérité économique est impossible à atteindre dans les conditions politiques actuelles.
    Bernard Dupuis, 18/03/2016

  • Colette Pagé - Inscrite 18 mars 2016 10 h 19

    Que du saupoudrage !

    Aucune vision d'avenir ! Que du soupoudrage !

  • Gilles Delisle - Abonné 19 mars 2016 08 h 55

    250 000 emplois? Impossible dès le départ!

    Il est étonnant de constater que tant de personnes, journalistes compris, claironnent leur mécontentement face aux difficultés du gouvernement Couillard dans la promesse de créer 250 000 emplois.

    Il serait plutôt pertinent de vérifier si l'évolution démographique du Québec peut permettre la création de 250 000 emplois. Peut-être cela est-il simplement impossible? Avec une augmentation de la population de quelques 60 000 personnes par année dont environ le 1/3 sont adultes et aptes à travailler, comment trouver 250 000 travailleurs pour ces emplois? En encourageant le décrochage scolaire? En obligeant les assistés sociaux à travailler? En augmentant l'immigration malgré des structures d'accueil déficientes? Voilà des options bien tristes.

    Lorsque le gouvernement Couillard a fait une telle promesse, il devait être bien mal renseigné ou bien il a menti sciemment à la population en faisant une promesse qu'il savait, au départ impossible à atteindre. Quelque soit la raison, une méconnaissance de la situation ou un effronté mensonge, c'est impardonnable!