Sharon fragilisé

La décision prise par le premier ministre Ariel Sharon de démanteler dix-sept colonies enclavées dans la bande de Gaza a provoqué une crise gouvernementale si prononcée qu'elle risque fort de déboucher sur la tenue d'élections au début de l'été. Rien de moins. La manière choisie pour annoncer sa politique en la matière et le but de celle-ci ont eu pour conséquence d'isoler Sharon et ses fidèles. En effet, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Sharon s'est aliéné une frange imposante de son parti, le Likoud, ainsi que les membres du Parti national religieux et de l'Union nationale. Déclinons.

À l'égard de ses propres députés, Sharon a manqué, c'est le moins que l'on puisse dire, de doigté. Ses collègues du Likoud ont eu vent de son intention par le site Internet du quotidien Haaretz. Autrement dit, sur un sujet aussi critique que sensible, Sharon s'est abstenu de consulter ses alliés et son cabinet. On ne s'étonnera pas d'apprendre que le vote de confiance pris dans la foulée de son annonce s'est soldé par la plus faible marge qui soit: un vote et un seul.

Dans les jours ou les semaines qui viennent, si les tiers partis mettent leurs menaces à exécution, la coalition en place volera pratiquement en éclats. Fervents partisans de l'implantation de colonies, le Parti national religieux et l'Union nationale se sont dits plus enclins que jamais à combattre la politique de retrait unilatéral arrêtée par Sharon.

Résultat net de cette redistribution annoncée des cartes, le Parti travailliste a profité de la tourmente provoquée pour faire une offre de collaboration à Sharon. Le leader des travaillistes, Shimon Peres, s'est dit prêt à «garantir l'appui de [son] parti» si Sharon tient sa parole. Si l'on en croit les sondages, il lui serait extrêmement difficile de faire volte-face, 60 % des Israéliens étant en faveur de la décolonisation.

Cela étant, ici et là on avance que le véritable motif ayant poussé Sharon à agir comme il l'a fait est davantage lié à ses problèmes judiciaires qu'au contentieux avec les Palestiniens. Sous le coup de deux enquêtes policières, Sharon sera dans l'obligation de démissionner s'il est inculpé dans l'une ou l'autre de ces affaires. Selon les confidences recueillies auprès de proches de Sharon par des journalistes, il semblerait que ce dernier soit présentement si obsédé par ses démêlés avec la justice qu'il gouverne par à-coups. Il pilote à vue.

Du côté palestinien, le premier ministre Ahmad Qoreï a reçu le plan de Sharon avec scepticisme pendant que le Hamas et le Djihad palestinien réagissaient comme on s'y attendait, soit en formulant d'autres appels au sang. Ces fous de Dieu n'ont rien trouvé de plus intelligent à dire que, le retrait commandé par le premier ministre israélien prouvant que leur stratégie d'attentats suicide était un succès, il fallait poursuivre dans la même voie. Déprimant!