La prévention a bien meilleur goût

Nous mangeons mal, nous mangeons trop et nous ne bougeons pas assez. Résultat, près des deux tiers des adultes et le tiers des enfants canadiens souffrent d’obésité ou d’embonpoint, nous rappelait un rapport sénatorial cette semaine.

Les raisons sont à la fois simples et complexes. Les enfants participent de moins en moins à des activités physiques non structurées. Les commodités de la vie quotidienne favorisent la sédentarité. Dans bien des quartiers, les infrastructures urbaines n’incitent pas au transport actif.

Les aliments ultratransformés représentent maintenant 62 % de l’alimentation canadienne. Le coût des aliments sains est un problème pour les Canadiens démunis. L’étiquetage nutritionnel est confus, le guide alimentaire, dépassé.

La recommandation d’une taxe sur les boissons sucrées et édulcorées faite par le comité a distrait de l’essentiel. Le fédéral, les provinces et une foule d’acteurs doivent collaborer pour élaborer une stratégie similaire à celle adoptée pour combattre le tabagisme, recommande-t-il avec raison.

L’obésité entraîne un chapelet de maladies chroniques, comme le diabète de type 2, les accidents vasculaires cérébraux ou certaines formes de cancer. Et pas seulement chez les adultes. Selon le comité, il en coûterait entre 4,6 et 7,1 milliards par année en soins de santé et perte de productivité.

Le gouvernement du Québec, qui a amputé le budget de la santé publique, aurait intérêt à prendre note. Les économies qu’il cherche à faire aujourd’hui pourraient lui coûter très cher demain. Le même avertissement vaut pour le gouvernement fédéral.

Ottawa a des devoirs à faire, relève avec raison le comité. Il doit entre autres revoir le Guide alimentaire canadien, qui est désuet selon les experts entendus, et s’appuyer sur la science pour ce faire. Point de place ici pour les lobbys du secteur agroalimentaire, comme ce fut le cas par le passé.

Ottawa doit aussi agir pour limiter la présence de sel et de gras trans dans nos aliments. Il a reçu des avis scientifiques ces dernières années, mais les a ignorés pour ne pas imposer un « fardeau réglementaire » à l’industrie, disait la ministre de la Santé de l’époque, Leona Aglukkaq.

Dans la lettre de mandat de l’actuelle ministre de la Santé, Jane Philpott, le premier ministre Trudeau lui demande de « promouvoir la santé publique » en adoptant une foule de mesures suggérées dans les différents avis, dont des règlements plus stricts « pour éliminer les gras trans et réduire le sodium dans les aliments transformés ».

Espérons que ce soit plus que des mots, car il est temps que la santé des Canadiens ait préséance sur la santé des états financiers des champions de la malbouffe.

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4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 4 mars 2016 07 h 35

    Paresse

    C'est la paresse qui nous fait consommer les aliments transformés et la bouffe de fast-food "boostés" au sucre, au sel et au gras cheap pour cacher leur fadeur. C'est la paresse qui nous fait s'asseoir devant un écran de jeu ou de TV pendant des heures et des heures.

    • Jean Richard - Abonné 4 mars 2016 10 h 50

      Il y a aliments transformés et aliments transformés. Il ne faut pas tous les mettre dans le même sac. Il y a des repas préparés en milieu industriel, vendus surtout dans les grandes surfaces, au plus bas prix possible, et ceux qu'on retrouve dans de plus petits commerces et qui s'apparentent à ceux qu'on pourrait cuisiner à la maison.

      Dans les deux cas cependant, la même question : est-ce vraiment la paresse qui nous pousse à ne pas cuisiner ? Et si c'était l'envie d'occuper son temps autrement ?

      Quant à la paresse qui nous amène à moins bouger, il faudrait peut-être chercher des explications ailleurs. Si notre chemin est rempli d'obstacles dissuasifs, il est clair qu'on identifiera comme effort inutile toute l'énergie dépenser à contourner ces obstacles. Ainsi, notre dévotion au dieu automobile a fini par transformer l'espace public en un endroit hostile au bipède. Pour être heureux dans ce milieu sacrifié, il faut quatre roues et un gros moteur.

      Et que dire du mensonge politique ? Quand Poste Canada a voulu généraliser les boîtes communautaires, ce qui aurait forcé bien des gens à mettre le nez dehors de temps à autre, M. Coderre s'est amené avec sa petite scène théatrale. On ne l'a pas dit bien fort, mais de quoi se préoccupait le maire de Montréal ? Sa plus grande crainte était peut-être que les boîtes communautaires deviennent l'occasion pour les citadins d'exiger un meilleur entretien des trottoirs, et on n'a pas besoin de faire un dessin pour déplorer la situation actuelle.

      Est-ce par paresse que des gens évitent de se déplacer sur des trottoirs glacés, avec d'immenses flaques d'eau aux intersections ? Non, c'est que la politique uniformisée de la ville en matière de déglaçage repousse bien loin dans l'ordre des priorités l'entretien des trottoirs. Ça devient très dissuasif – le rapport dissuasion/paresse étant élevé.

  • Yvon Bureau - Abonné 4 mars 2016 09 h 47

    Urgence d'un Sommet

    Depuis des années, avec ténacité, avec utopie même, je demande
    un Sommet Moins de sel Moins de gras Moins de sucre.

    Le temps est venu. Urgence.

    En Sommet, loin des intérêts + ou - nobles du fond de la vallée,
    on va plus lentement,
    mais on s'enligne pour aller plus loin,
    beaucoup plus loin,
    ensemble.

  • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 4 mars 2016 11 h 13

    Le goût de...

    ...bouger. Une fois que tu as pris le goût de pratiquer un sport par plaisir, le reste suit: bonne nutrition, pas de tabagisme, moins d'alcool, etc.

    Et ça vient en créant de l'intérêt chez les citoyens. L'événement de ski de fond qui se passe en fin de semaine à Québec, course de coupe du monde de ski de fond en pleine ville sur les plaines d'Abraham vaut tellement comme image positive.

    Il n'y a jamais eu autant de centres d'entraiment ( gym ) par ville, jamais eu autant de rendez-vous de course à pied et de cyclosportives en vélo.

    Mais il y a l'envers de la médaille; il n'y a jamais eu autant d'émissions de télévision, autant de jeux vidéos, autant de grandes chaines de malbouffe. C'est rendu que des gens vont passer leur après-midi dans un centre d'achat, à l'aire de restauration, devenu l'agora moderne.

    Alors l'écart s'agrandit; il n'y a jamais eu autant de citoyens en très bonne forme physique mais aussi jamais eu autant de gens complètement inactifs, obèses.