Plus qu’une étiquette

La ministre québécoise de la Condition féminine, Lise Thériault, a déclaré être plus « égalitaire » que féministe. Une déclaration qui n’est pas sans conséquence et qui devrait inspirer la vigilance aux femmes engagées dans le combat pour l’égalité des sexes.

La ministre souhaite cette égalité entre hommes et femmes, mais, en entrevue à La Presse canadienne, elle dit privilégier une approche pragmatique plutôt que théorique. Fort bien. Mais pour déterminer les gestes à accomplir, une analyse s’impose. Si elle n’est pas féministe, qu’est-elle ?

Le féminisme n’est pas une tare. C’est un mouvement qui s’appuie sur une philosophie politique dont le but est d’abolir à tous les niveaux les inégalités entre les sexes. Ce mouvement a de longues racines au Québec, où il a évolué et s’est diversifié pour donner naissance à différents courants. Depuis quelques décennies, certains prennent prétexte de discours plus radicaux pour prendre leurs distances du féminisme ou hésiter à s’afficher comme féministes.

C’est bien dommage. Sans le mouvement féministe, les femmes n’auraient pas fait les avancées observées au Québec depuis plus d’un siècle, de l’obtention du droit de vote à l’équité salariale en passant par le libre choix en matière de reproduction. Que la ministre de la Condition féminine ne se réclame pas de ce long combat est désolant.

En fait, elle semble en ignorer les héroïnes. À la journaliste qui lui demandait « si une des grandes figures du mouvement féministe avait été pour elle une source d’inspiration, un modèle à suivre », elle n’a su que répondre.

Et dire qu’elle appartient au parti qui a donné le droit de vote aux femmes québécoises en 1940. Le parti qui a fait élire la première femme députée et ministre (1962), Marie-Claire Kirkland-Casgrain. Le parti qui a appuyé cette dernière et accordé en 1964 la pleine capacité juridique aux femmes mariées du Québec.

 

Mme Thériault se dit « égalitaire », comme si l’égalité n’était pas l’objectif du féminisme. On comprend mieux sa vision des choses lorsqu’elle décrit son approche comme plus individuelle que collective. Elle se présente comme un motivateur avec un conseil pour les femmes : « Tu veux prendre ta place ? Faire ton chemin ? Let’s go, vas-y ! »

Pourtant, dans une autre entrevue accordée au Devoir, elle dit qu’en tant que ministre, elle veut voir plus de femmes aux postes de commande et qu’elle a elle-même nommé des femmes à des postes supérieurs. Si la volonté individuelle avait suffi, elle n’aurait pas eu à s’en mêler, mais ce n’est pas le cas.

Lorsqu’une femme est victime de discrimination, elle n’est pas visée personnellement. Elle est visée parce qu’elle appartient à un groupe identifiable victime de sexisme. Elle le subit et réagit de manière individuelle, mais le vrai remède passe par une réponse collective des femmes, bien sûr, mais aussi des hommes soucieux d’égalité.

S’en remettre à l’individu, c’est faire fi du besoin de solutions capables d’aider tout un groupe à surmonter des obstacles systémiques. La discrimination positive ou les lois sur l’équité salariale n’ont de sens que parce qu’elles répondent à un besoin collectif. Il en va de même des études d’impact des politiques publiques sur les groupes historiquement désavantagés.

Le féminisme analyse l’enjeu de l’égalité du point de vue des femmes, pas seulement en tant qu’individus, mais aussi et surtout en tant que groupe. On n’en attendrait pas moins de la ministre de la Condition féminine.

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27 commentaires
  • Daniel Lemieux - Abonné 1 mars 2016 05 h 51

    La Condition féminine, une « responsabilité » secondaire ?

    On sent dans les propos de notre ministre québécoise « responsable » de la Condition féminine que pour elle le féminisme n'est qu'un concept de société ouverte à l'idée de permettre aux femmes de « prendre leur place », mouvement à qui les luttes revendicatrices passées ont par ailleurs profité.

    On ne demandera pas à Lise Thériault d'être une spécialiste universitaire des idéologies féministes, n'empêche que malgré son apparente bonne volonté, sa vision peu articulée paraît plutôt mince.

    On en vient à croire que de meilleures candidates à ces fonctions siègent actuellement dans l'Opposition, où plusieurs députées possèdent les compétences pour régler des enjeux d'égalité qui feraient évoluer des mentalités au Québec.

    Où se retrouveront les dossiers de la Condition féminine sur le bureau de Mme Thériault, puisqu'elle est déjà Vice-première ministre, Ministre responsable des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Allègement réglementaire et du Développement économique régional et Ministre responsable de la région de Lanaudière ? Poser la question c'est y répondre.

    Malgré les beaux discours de Lise Thériault, notons que la Condition féminine ne sera jamais une priorité du gouvernement de Philippe Couillard, tout comme la protection de la langue française.

    • Simon Sauvé - Abonné 1 mars 2016 09 h 23

      Excellent commentaire.
      Comme vous le dîtes si bien nous avons à faire, encore une fois, à un personnage politique un peu court en lettres et esprit.... et même si ce n'est pas égalitaire elle se trouve à avoir 2 lettres de plus que ses confrères de parti. (Voir la tirade des nez d'Edmond Rostand)
      Bonne journée

  • Hélène Gervais - Abonnée 1 mars 2016 06 h 32

    Probablement ....

    qu'elle a voulu se démarquer en revenant en force après sa crise de larmes à l'assemblée nationale, suite à l'émission Enquête sur les femmes autochtones.

  • Johanne St-Amour - Abonnée 1 mars 2016 07 h 00

    J'ai honte de ce gouvernement!

    Les déclarations de Mmes Thériault et Vallée sont choquantes!

    Après toutes ces années de féminisme! Mais ce qui est pratiquement scandaleux c'est de constater l'incompréhension des ces ministres féminines face à un mouvement social qui perdure depuis des décennies à travers le monde.

    Honnêtement, je crois qu'elles doivent réellement approfondir leur réflexion et mieux s'informer sur ce mouvement qui, entre autres, les a sûrement aidées à ce qu'elles deviennent ministre.

    • Pierre Labelle - Inscrit 1 mars 2016 10 h 22

      Encore faudrait-il qu'elles aient la capacité de réfléchir; je me permet d'en douter.

    • Sylvain Rivest - Inscrit 1 mars 2016 14 h 36

      ... choquantes mais pas surprennantes.

      Comme en 1980 Lise Payette avait raison mais elle s'en ait trop vite excusé. C'est deux ministres libérales sont des Yvettes!

  • Jean-François - Abonné 1 mars 2016 07 h 39

    Ignorance

    Ce qui me tombe le plus sur les nerfs avec Lise Thériault , c'est son ignorance crasse, qu'elle semble fière de démontrer à tous les postes qu'elle occupe.

    Et dire que l'on s'obstine à la nommer Ministre;ça doit être parce qu'elle est moins pire que les autres!

    Imaginez...

  • Yves Petit - Inscrit 1 mars 2016 07 h 53

    Moi, moi, moi

    Hors du féminisme, point de salut, dit en gros Madame Cornellier. Certes, les femmes ont progressées sur le chemin de l'égalité juridique, ce qui est en grande partie dû aux pressions des femmes. C'est un vrai et nécessaire progrès.

    Pour ce qui est de l'accès au marché du travail, le capitalisme qui a toujours soif de croissance n'a aucument besoin des féministes pour augmenter le nombre d'ouvrières et de consommatrices.

    Il se peut aussi que beaucoup de femmes soient réfractaires à se joindre à une nébuleuse qui prône la liberté individuelle à tout prix au dépend de la vie du petit humain qui se retrouve, malheureusement pour lui, dans le ventre d'une de ces femmes.