Geste bienvenu, mais insuffisant

Lundi, la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a offert aux Franco-Ontariens des excuses officielles pour l’infâme Règlement 17, qui, pendant 15 ans, a interdit le français comme langue d’enseignement et de communication dans les écoles de la province. Des excuses historiques, sincères sans doute, mais qui ne peuvent suffire.

Devant des banquettes de l’opposition en partie désertes et où le chef du Parti conservateur, Patrick Brown, brillait par son absence, Kathleen Wynne a pris acte de la ténacité des Franco-Ontariens qui ont combattu ce règlement qui a cessé de s’appliquer en 1927, mais n’a été abrogé qu’en 1944. Elle a évoqué ses effets, mais pour trop rapidement se réjouir du chemin parcouru depuis. Oui, il y a eu de grands progrès pour les francophones, mais les effets du Règlement 17 se font encore sentir aujourd’hui. Les francophones, qui représentaient entre 8 et 10 % de la population ontarienne en 1910, n’en représentent plus que 4,4 % (langue maternelle, selon le recensement de 2011).

La première ministre n’a rien suggéré pour tenter de renverser la vapeur, ce qu’ont déploré avec justesse les conservateurs et les néodémocrates. Personne ne demande au gouvernement ontarien de compensation financière, mais le temps n’est-il pas venu de faire un bilan de santé de la francophonie ontarienne afin de déceler les besoins à combler pour assurer son dynamisme et son épanouissement et ainsi contrer l’assimilation ?

Il y en a encore beaucoup à faire, même en matière d’éducation. Oui, la loi reconnaît depuis 1969 les écoles de langue française aux paliers élémentaire et secondaire. Et oui, les francophones gèrent maintenant leur réseau scolaire, bien qu’il ait fallu un jugement de la Cour suprême en 1990 pour l’obtenir.

Les Franco-Ontariens ont aujourd’hui accès à deux collèges francophones. Huit universités se disent bilingues ou offrent des programmes en français, mais il y a des lacunes. Un exemple : l’Université d’Ottawa, qui se vante d’avoir obtenu la désignation d’institution bilingue en vertu de la Loi sur les services en français. Cette désignation est toutefois « restreinte », car elle ne s’applique pas aux études de deuxième et troisième cycles ni aux facultés de sciences et de génie.

Ce n’est pas pour rien que le Regroupement étudiant franco-ontarien, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario et la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne revendiquent la création d’une université francophone, gérée par des francophones, dans la région de Toronto.

Il y a 30 ans, l’Ontario a adopté une Loi sur les services en français. Est-elle toujours adaptée à la réalité d’aujourd’hui ? De plus, l’obligation d’offrir des services dans les deux langues ne s’étend pas aux municipalités ni aux services de santé ou de l’aide à l’enfance. Et comment peut-on justifier que la Ville d’Ottawa, capitale fédérale où 15 % de la population est francophone, refuse toujours de se déclarer officiellement bilingue ?

N’eût été le Règlement 17 et ses suites, le poids politique des francophones serait aujourd’hui plus imposant en Ontario. Pour corriger cette injustice historique, les élus doivent leur offrir leur appui afin de mener à terme le développement de leurs institutions et leur garantir l’offre réellement active de services.

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