Faire la lumière

Depuis la publication d’un rapport de la GRC en 2014, tout le monde croyait qu’environ 1200 femmes autochtones avaient disparu ou été assassinées entre 1980 et 2012. Cette semaine, le portrait s’est noirci. On a soudainement fait état de 4000 victimes. Est-ce vraiment le cas ? Et est-ce la question essentielle ?

Que le nombre de victimes soit nettement supérieur à ce qu’a calculé la Gendarmerie royale est fort probable. Pour les ministres fédérales des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, et de la Condition féminine, Patty Hajdu, cela ne fait d’ailleurs aucun doute à la suite des consultations qu’elles ont tenues depuis décembre avec des familles des victimes.

Plusieurs d’entre elles ont fait état de cas traités comme des suicides ou des accidents et non comme des meurtres. Des cas où la police n’a pas pris l’affaire au sérieux. Des cas où aucune plainte n’a été déposée tant la méfiance à l’endroit des forces de l’ordre et du système judiciaire est grande. Certaines familles sont aussi persuadées que leurs proches n’apparaissent pas sur la liste de la GRC.

Mais 4000 victimes ? Ce sont des activistes du groupe Walk 4 Justice qui en sont arrivés à ce nombre après avoir réuni, entre 2008 et 2011, des noms de femmes tuées ou disparues, dont 60 % étaient autochtones, rapportait la CBC cette semaine. Le chiffre a été cité par la présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada, Dawn Lavell-Harvard, lors des consultations et repris cette semaine par la ministre Hajdu.

On ne peut la blâmer de ne pas ignorer ces faits troublants, mais en même temps, la prudence s’impose, car ce chiffre impressionnant, qui reste à vérifier, peut faire écran et détourner le débat. La ministre Bennett l’a bien compris. « C’est un très gros problème, et si on ne regarde que le nombre d’assassinées ou de disparues désignées comme telles, on ne s’attaquera pas au problème dans toute son ampleur et sa profondeur », a-t-elle dit avec justesse cette semaine.

On est face ici à un problème systémique de violence qui se vit au quotidien par trop de femmes autochtones et qui ne se limite pas à des meurtres et des disparitions. L’enquête doit porter là-dessus.

Il revient à la future commission de mesurer l’ampleur du drame, et pas seulement de manière quantitative, et de recommander, si nécessaire, le dévoilement de la liste de la GRC ou la réouverture de certains dossiers par les forces de l’ordre. Elle ne doit toutefois pas se substituer au travail policier en fouillant des cas particuliers, comme l’espèrent certains. Ce serait l’éloigner de son rôle fondamental, qui est d’analyser toutes les facettes de ce grave problème, y compris les relations difficiles entre les autochtones et les forces policières, pour ensuite offrir de véritables remèdes.

Pour en savoir plus

Consulter le rapport de la GRC