Partenariat ou pas?

En entrevue au Devoir la semaine dernière, le ministre Yvon Marcoux a ouvert la voie à une présence accrue du privé dans les transports en commun. En soi, il n'y a rien de mal à ce que le secteur privé soit mis à contribution. Le privé s'occupe déjà du transport scolaire, des liens interrégionaux, et ce, à un prix raisonnable. Certaines municipalités ont aussi recours au privé pour le service local et même dans les grands centres, il existe une foule d'ententes de partenariat. Par exemple, le RTL (Longueuil) et la STM (Montréal) ont confié, avec bonheur dit-on, la gestion de l'entretien des autobus à la firme Slivia dont quelques experts travaillent quotidiennement dans les bureaux de ces sociétés. On a aussi recours à des taxis collectifs pour le transport des personnes handicapées et des ententes existent depuis longtemps pour l'affichage, les kiosques à journaux, etc.

Dans un rapport remis l'an dernier, le mandataire du gouvernement du Québec, Louis Bernard, avait recommandé de confier une partie du réseau public à l'entreprise privée afin de constituer un secteur témoin qui permettrait de comparer l'efficacité, la qualité et les coûts des deux formes d'organisation. L'idée mérite d'être appliquée. Après tout, nos services de transport public sont loin d'être aussi performants qu'on pourrait le souhaiter. Encore vendredi matin, le métro de Montréal a été interrompu pendant une heure sur la ligne verte à cause de l'initiative personnelle d'un chauffeur qui, sans consultation, a décidé d'abandonner son poste pour protester contre l'éclairage insuffisant du tunnel. Il est vrai qu'une panne électrique avait forcé la STM à réduire cet éclairage depuis 48 heures, mais de là à ce qu'un seul individu prenne sur lui d'interrompre le service, la marge est grande. Des milliers de passagers ont donc été évacués et ont perdu plus d'une heure de travail. Appelée sur les lieux, la CSST a jugé l'initiative inutile. Dans le secteur privé, l'employé aurait été suspendu pour un coup de tête semblable, ce qui ne risque pas de survenir à la STM.

Cela dit, si le rapport Bernard a recommandé une participation accrue du privé, il n'y voyait surtout pas la panacée aux maux du système. Le métro, par exemple, peut difficilement être confié au privé, ce qui n'empêche pas d'en resserrer les normes de qualité et de revoir l'organisation du travail beaucoup trop coûteuse. Et ce n'est pas, non plus, le privé qui investira les centaines de millions nécessaires pour moderniser les installations, compléter le réseau et combler l'important déficit annuel des sociétés de transport.

Québec et les villes doivent donc trouver ensemble le moyen d'accroître le financement des réseaux de transport à long terme. Si le gouvernement Charest fait trop vite l'équation que partenariat égale désengagement, s'il envisage de ramener les transports en commun au degré d'inexistence observé dans plusieurs grandes villes nord-américaines, alors il doit s'attendre à une opposition unanime et à l'échec de son éventuel plan de partenariat.

jrsansfacon@ledevoir.ca