Le roi solaire?

La position de Philippe Couillard sur l’exploration pétrolière à Anticosti a donné l’impression d’une gouverne intempestive et arbitraire. On pourrait en dire autant de son étrange plaidoyer pour l’énergie solaire.
 

Lui qui espérait qu’on cesse de l’« écoeurer » sur la question, Anticosti est devenu un dossier tenace pour Philippe Couillard. Ses sorties passionnées pour la protection de cette île de « relative petite taille » (l’argument le moins convaincant du premier ministre !) ont mis en relief plusieurs paradoxes que ses adversaires ont vite fait de souligner. Sur le respect de la règle de droit, M. Philippe Couillard se disait intraitable. Or, il n’est pas clair, malgré ses dénégations en Chambre mardi, que le gouvernement veut vraiment honorer le contrat signé par l’État et le consortium de pétrolières en 2014. En tout cas, ce n’est pas l’impression qu’a le p.d.-g. de Pétrolia, Alexandre Gagnon, qui a dit craindre lundi que le processus d’octroi du certificat d’autorisation pour la fracturation hydraulique ne soit vicié. D’ailleurs, autre volte-face, M. Couillard a accepté mardi de rencontrer M. Gagnon, lequel a menacé implicitement le gouvernement de poursuites judiciaires. Le chef caquiste, François Legault, mardi, soutenait que le premier ministre se comportait comme un « roi ».

M. Couillard, pour Anticosti, veut se montrer intransigeant quant au processus d’évaluation environnementale. Mais l’est-il autant pour d’autres projets ? Le Devoir a démontré la semaine dernière que pour le dossier Énergie Est de TransCanada, le gouvernement Couillard a omis d’appliquer le Règlement sur l’évaluation et l’examen des impacts inscrit dans la Loi sur la qualité de l’environnement. Ce règlement a pour effet d’assujettir toute construction d’un oléoduc d’une longueur de plus de 2 km dans une nouvelle emprise à la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement. Or, il procède sans avoir reçu l’avis de projet de TransCanada, une première depuis la création du BAPE ; un précédent.

Depuis des mois, le gouvernement promet une politique énergétique qui serait rendue publique « de manière imminente ». M. Couillard en a dévoilé certaines orientations dans un discours devant des représentants du secteur des énergies renouvelables, la semaine dernière. Il fit un éloge surprenant d’un modèle où les Québécois auraient des panneaux solaires sur leur demeure : « Vous comblez vous-mêmes une bonne partie de vos besoins d’énergie renouvelable pour votre maison, et s’il y a des surplus vous les vendez à Hydro-Québec sur le réseau. » Ainsi, a-t-il ajouté, on pourrait lutter contre un sentiment répandu d’« aliénation face au gouvernement », dont on a « un exemple au sud de la frontière ». Fait-il vraiment référence aux événements en Oregon ? Si oui, cela révèle une conception plutôt radicale de l’individualisme !

L’énergie photovoltaïque a sûrement des vertus, mais le Québec nage actuellement dans les surplus d’électricité. Quand ils sont fabriqués, les panneaux sont quatre fois plus producteurs de GES que l’hydroélectricité. Du reste, veut-on vraiment subventionner les Québécois pour en faire des producteurs d’énergie ? À quel coût ? À quel tarif Hydro rachèterait-elle les surplus des particuliers ? Nous croyons plutôt qu’« il faut se méfier des solutions toutes faites », pour reprendre la phrase du rapport Lanoue-Mousseau : « Au Québec, l’électricité est de source entièrement renouvelable ; substituer l’éolien ou le solaire à l’hydraulique ne fera qu’augmenter le coût de l’énergie, sans impact réel sur l’environnement. » Si M. Couillard, dans sa politique énergétique, en venait à imposer une telle révolution, on pourrait peut-être le qualifier de roi solaire…

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

12 commentaires
  • Jacques Lamarche - Abonné 17 février 2016 02 h 46

    Le test suprême!

    Toutes les spéculations vont bon train sur la subite conversion au ¨vert¨ de Philippe Couillard! Après celle de Jeanne D'Arc ou de St-Paul sur le chemin de Damas, la sienne demeure l'une des plus spectaculaires! Sur les grands boulevards de Paris, une grande révélation sur les vertus solaires en fit soudain un missionnaire du solaire!

    Rien n'est moins sûr que ce qu'il entend faire, tant sont nombreux les faits sombres et troublants relevés par cet excellent papier de M. Robitaille!. Ils suscitent réserve, doute et suspicion! L'homme est capable de formidables contorsions, même de virtuosité, tant et si bien que nul ne sait encore si envers Pétrolia, il y aura bris de contrat!

    Une grande certitude demeure! Le PM est farouchement canadien et son amour maintes fois déclaré ne pourra en aucun cas être renié. Tout refus de sa part sera reçu comme une trahison. Aussi la véritable nature ¨écolo¨ de M. Couillard sera réellement testée lorsque le pipeline de Energie Est aura reçu le feu vert pour se lancer à la conquête de nos terres! Toutefois, il lui reste encore beaucop de temps pour louvoyer et tanguer sur ses réelles intentions de protéger nos espaces verts!

  • Guy Rivest - Abonné 17 février 2016 06 h 29

    Scepticisme

    Le virage vert de Philippe Couillard me laisse extrêmement sceptique. En fait, je suis persuadé que s'il se montre si vert-ueux (!!) en ce qui a trait à l'île d'Anticosti, c'est pour mieux nous enfoncer dans la gorge plus tard le projet d'oléoduc de ses amis canadiens d'Énergie Est.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 février 2016 09 h 08

      Ne perdons pas de vue la fracturation en Gaspésie qui s'en vient. La fracturation sur l'Ile et le gros tuyau ce sont deux choses, la fracturation sur l'Ile et en Gaspésie, c'est «la même chose». Les «réponses» seront-elles différentes ? Couillard demeure vague; «Pourquoi» ?

      PL

  • Michèle Lévesque - Abonnée 17 février 2016 08 h 14

    Une idole à déboulonner

    Le PM accuse unilatéralement le PQ alors que le contrat jumelé aux droits gouvernementaux lui laisseraient une latitude pour encadrer correctement ($ et environnement) les forages exploratoires.

    Le projet est enclenché pour le meilleur et pour le pire, alors on peut se dire que 1) si le PQ a fait ses devoirs minimaux de prudence, d'une part, et que 2) pourtant Couillard persiste à jouer la vierge offensée faisant de son adversaire politique un monstre d'irresponsabilité en niant contre toute logique l’implication du PLQ dans les négociations, d'autre part, et que 3) nous ajoutons à cela les court-circuitages répétés du BAPE ainsi récupéré à toutes les sauces, plus 4) la baisse imprévue du cours du pétrole qui pourrait laisser soupçonner, comme un ami le disait bien, que « Gagnon et Couillard s' appellent le soir pour préparer ce qu'ils vont dire aux médias pour récupérer les millions [ainsi] disparus » ; et que 5) les antécédents de Couillard et du PLQ avec Pétrolia sont tout sauf inspirants ; que 6) l’ombre d’Énergie-Est plane en arrière-fond jetant un doute noir sur la confusion engendrée et entretenue par le PM et, enfin, avec cette nouvelle loufoquerie de l'énergie solaire, nous 7) sommes d'urgence appelés à nous interroger sur les dangereuses motivations du PM.

    Cet homme a manipulé l'opinion pour faire tomber Marois en 2014 avec des accusations de manque d'intégrité 'boostées' aux hormones, pour ensuite tabletter un Rapport Charbonneau qui mettait à mal l'éthique financière de son parti, arguant que c'est le passé et que maintenant il faut aller de l'avant. Il joue ainsi sans vergogne du passé et du futur selon ses intérêts. Dorer son image en plaqué or vert, qu'il soit Roi solaire ou Janus à deux visages ou encore Junon perpétuellement courroucée, cette idole auto-proclamée doit d'urgence être déboulonnée de son socle avant d'engouffrer le Québec dans un gouffre financier dont il ne se relèvera pas. A qui ce crime profite-t-il ?

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 17 février 2016 09 h 02

    Le philip-flop Couillard

    Le gouvernement Couillard a assoupli le règlement sur la protection de l'eau pour permettre le forage pétrolier à 400 mètres sous les nappes phréatiques alors que les experts estiment que seule une distance minimale de 1km est sécuritaire.

    Après avoir considérablement augmenté la dangerosité de ces forages, mettant ainsi en péril l'approvisionnement en eau des populations humaines, le voici qui s'inquiète du sort des chevreuils de l'ile.

  • Pascal Barrette - Abonné 17 février 2016 09 h 12

    Hydro-Québec, l’éponge

    « Quand ils sont fabriqués, les panneaux sont quatre fois plus producteurs de GES que l’hydroélectricité » .

    Le principal impact de la fabrication des panneaux solaires « tient à leur consommation énergétique, essentiellement due au raffinage du silicium, qui en représente près de 40%. Or, cet effet est largement compensé par son utilisation. Jugez plutôt : on considère que grâce à sa production d’électricité propre, un panneau photovoltaïque a un temps de retour énergétique ( c’est-à-dire de remboursement de la « dette » énergétique générée par sa production) d’environ 3 ans en France. Or, les systèmes photovoltaïques ont une durée de vie située entre 30 et 35 ans. Ainsi, à la fin de sa période d’utilisation, un panneau aura remboursé sa dette au minimum 10 fois. » ( http://blog.alma-solarshop.fr/panneaux-solaires-qu )

    Question: Hydro-Québec ne pourrait-elle pas en quelque sorte éponger encore mieux cette « dette » d’énergie sale (GES) en produisant elle-même des cellules solaires avec son surplus d'énergie propre?

    Pascal Barrette, Ottawa