Une perte pour le Québec

À cause du déplacement du centre décisionnel, l’acquisition de Rona par Lowe’s, le numéro deux dans la quincaillerie aux États-Unis, est évidemment une perte malgré la promesse de faire du Québec le siège social canadien de ses activités. Inutile pourtant de s’imaginer que la Caisse de dépôt aurait pu renchérir contre la volonté du conseil d’administration !


Lors de la première tentative d’acquisition de Rona par Lowe’s, en 2012, le gouvernement du Québec s’était porté à la défense de la compagnie parce que sa direction jugeait l’offre de 1,7 milliard de dollars inacceptable.

Devant cette réaction de Rona, Lowe’s avait tout bonnement retiré cette offre « amicale ». Mais pour bien des observateurs, ce n’était que partie remise, l’achat de Rona étant le moyen le plus rapide et efficace pour Lowe’s de pénétrer le marché québécois, reconnu pour ses particularités.

En campagne électorale, les partis politiques avaient alors promis de mettre en place des mesures pour empêcher les prises de contrôle étrangères jugées hostiles par les conseils d’administration d’entreprises.

Dans le cas du PQ, on entendait forcer la Caisse de dépôt à réserver 10 milliards de dollars de l’épargne des futurs retraités pour acquérir des actions de sociétés québécoises susceptibles de faire l’objet de telles offres d’achat. À la CAQ, on promettait le double.

Quant au Parti libéral, il s’engageait plutôt à donner plus de pouvoir aux administrateurs pour qu’ils puissent refuser une offre d’acquisition jugée indésirable sans avoir à la soumettre au vote des actionnaires, comme la loi les y force. Sous-entendant par là que les administrateurs ont plus à coeur l’avenir de l’entreprise que les actionnaires attirés par l’appât du gain rapide.

Après les élections, un groupe de travail formé par le gouvernement de Pauline Marois rédigea un rapport proposant des solutions qui allaient plutôt dans le sens de la proposition du PLQ. Assez bien reçu, le rapport a cependant pris la direction d’une tablette à cause de l’élection suivante. Et depuis, plus rien !

Nous voilà donc dans la même situation que lors de la première tentative d’acquisition de Rona, en 2012, à la différence, majeure, que Rona et Lowe’s en sont venus à une entente. Aucune loi n’aurait pu y changer quelque chose.

Quant à la Caisse de dépôt, qui détient pourtant plus de 17,5 % des actions de Rona, son rôle s’est probablement limité à influencer les termes de la transaction, comme le maintien des bannières Rona et celui du siège social canadien de Lowe’s au Québec.

 

Évitons la démagogie : dans les pays de libre circulation des capitaux, un actionnaire minoritaire comme la Caisse ne peut pas bloquer une transaction jugée acceptable par la majorité du conseil d’une société publique. À moins de convaincre la majorité des actionnaires que l’offre est insuffisante ou de renchérir sur le prix.

À 24 $ l’action, l’offre de Lowe’s équivaut au double de la valeur du titre de Rona en Bourse, et à 65 % de plus que le prix offert en 2012. La chute du dollar canadien a favorisé la bonification de cette prime à l’achat, à la satisfaction des actionnaires, dont plusieurs propriétaires indépendants qui n’ont plus d’hésitation à dire oui malgré les incertitudes qui accompagnent l’arrivée d’un nouveau maître du jeu.

Certains fournisseurs québécois plus compétitifs profiteront de l’immense marché de Lowe’s en Amérique, et pour Rona, le pouvoir d’achat de Lowe’s et sa plateforme Internet mieux développée favoriseront le passage à la quincaillerie 2.0.

En revanche, le déplacement du centre décisionnel principal de Rona vers la Caroline affectera négativement plusieurs de ses fournisseurs locaux à plus ou moins long terme, dont certaines firmes de services comptables, légaux et informatiques, et ce, malgré l’engagement de Lowe’s à implanter le siège social de ses activités canadiennes au Québec.

En somme, si la transaction est une bonne nouvelle pour les actionnaires qui voient leur investissement doubler de valeur du jour au lendemain, y compris la Caisse de dépôt, qui encaissera un profit de plus de 200 millions de dollars, elle constitue une perte pour le Québec. Une perte qui ne justifie pourtant pas que la Caisse se lance, à coups de milliards, dans une guerre pour le contrôle d’un distributeur et détaillant de produits de rénovation.

20 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 4 février 2016 03 h 56

    Être contre y changera-t-il...

    ...quoi que ce soit ? Surtout dans ce contexte où un néolibéralisme devient de plus en plus une grande surface ? Et si au lieu d'être CONTRE, nous étions POUR les institutions québécoises oeuvant dans le même domaine. Je pense au quincaillier dit du coin. Je pense à cette autre chaîne québécoise restante.
    Et si cette transaction nous offrait l'opportunité de faire plus preuve de nationalisme économique québécois ? Encourager les nôtres n'est pas être contre les autres. Remarquez que je m'y connais si peu en matière d'économie. Acheter, encourager «local» m'apparaît si simple. C'est un libre choix qu'il nous est possible de concrétiser.
    Se peut-il que nous ignorions nos forces ?
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Auteur.
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 5 février 2016 05 h 56

      Nous pourrions faire comme chez Loblaws et comme chez Target, nous n'y allons plus. Target est tombé et Loblaws plie des genoux. L'économie de marché «libre» fonctionne des deux bords. Pas de clients, pas de profits, pas de profits...

      Comment ils disaient déjà ? «C'est le client qui a raison.» La Baie qui est ici depuis plus longtemps que le Canada ferme ses magasins, pourquoi ? Pas de clients. Qui a le «pouvoir» ? Le client.

      Ne me cherchez pas chez ce nouveau RONA, pas plus que chez Loblaws. J'ai la tête dure.

      Et les employés ??? Tiens... c'aurait été une bonne question à poser aux proprios avant qu'ils ne vendent. À moins qu'on nationalise les commerces et les transforme en Hydro Québec qui était au départ supposé faire disparaitre le coût de l'électricité pour les Québécois. Nous voyons tous quel succès cela a donné.

      Si nous jouons nos cartes comme il faut, ces Américains vont se rendre compte qu’ils viennent d’acheter le Titanic. Qui peut le plus protéger nos sièges sociaux ? Pas le gouvernement, pas la Caisse de Dépôt : Les clients. Ils vont «apprendre» qu’on ne se laisse pas «vendre» ou que nous «acheter» n’est pas «profitable». Mais ça… Y a pas un seul représentant gouvernemental qui peut ni le dire, ni le faire. Y a que le «client».
      Oui mais… Ils n’achèteront plus nos produits. Pour sauver une piastre, ils achètent des Russes, ils achètent de l’Arabie, ils achètent de n’importe qui. La «piastre» n’a pas de couleur ! Vendons leur «moins chers», nous pourrons leur vendre plus. Le marché «libre» fonctionne des deux bords. «Tout pour faire une piastre et tout pour ne pas en perdre.» Les Américains… ce sont des commerçants, on peut y jouer aussi.

      Bombardier devrait commencer à penser à louer ses avions au lieu de les vendre. Et même de les louer «entretenues».

      PL

  • Daniel Gagnon - Abonné 4 février 2016 06 h 43

    Honte à si peu de fierté!

    Que la fête continue, jetons par-dessus bord nos atouts, nos travaux, donnons à vendre nos richesses et nos acquis.

    Cédons aux mirages et aux fausses promesses de prospérité, alors que notre fonds de commerce se dégrade et que le bateau coule.

    Vendons ce qui reste, voilà la philosophie de ce gouvernement, sauve qui peut, et que les pauvres restent au fond de la cale, les gros sur le pont ont priorité, ramassent les gilets de sauvetage et s’accaparent des chaloupes.

    Adieu veaux vaches cochons, je vous laisse ma paix, comme dit Charlebois. Au diable la nation qui croule sous l'austérité.

    C’est l’esprit du business aveugle, cet esprit qui se laisse mener par le bout du nez par l'argent méprisant et arrogant qui souille tous les projets de beauté qui pourraient nous donner une fière allure parmi les autres nations.

    Honte à ce petit esprit vendu, honte à si peu de fierté!

    • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 4 février 2016 10 h 25

      La vision du fédéralisme vu par Couillard nous est dévoilé jour après jour:
      Moins de francais, vente de nos réseaux de distribution sans broncher, coupures continuelles dans les services, sabrer dans les conditions de travail (sauf bien sûr aux petits amis medecins), donner sur un plateau d'argent le passage du pipeline sans aucun retour demandé, voilà en gros le fédéralisme proposé par un homme qui aime les privilèges des paradis fiscaux et n'à toujours pas expliquer ce qu'il faisait dans la très grande démocratie qui est l'Arabie Saoudite penda t plus de dix ans.
      Inspirant, n'est-ce pas?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 5 février 2016 06 h 23

      Et tous ces problèmes parce que nous nous imaginons que ce sont nos dirigeants qui mènent quand ils sont finalement «à notre service».

      Tous ces problèmes parce que nous croyons que nous avons le bon bout du bâton «qu'une journée» tous les quatre ans quand réellement nous l'avons tous les quatre ans «pendant quatre ans». Ce n'est pas «notre» survie qui est entre leurs mains, c'est la «leur» qui est entre les nôtres. Faudrait s'en rendre compte finalement.
      «Vous allez faire ce qu'on dit, ou vous ferez ce que l'on dit «Out !»»
      «Vous aurez des comptes à rendre». Votre avenir est au bout de «mon» crayon. N'est-ce pas ce qui est écrit sur nos plaques d'immatriculation «Je me souviens» ? Faudrait commencer à «comprendre» ce que ça veut dire et... eux aussi.

      Y a pas plus «temporaire» qu'une job de dirigeant gouvernemental.
      Ça ne demande même pas de qualification particulière.
      Et y mettre des «experts» ne semble pas donner de meilleurs résultats. Les preuves s'accumulent. Un jour, nous «comprendrons» que se faire «remplir», c’est bon que pour les oies. Un jour…

      PL

  • Jean Lapointe - Abonné 4 février 2016 07 h 15

    Il ne faut pas démissionner ni ramper devant les puissances d'argent

    «Évitons la démagogie : dans les pays de libre circulation des capitaux, un actionnaire minoritaire comme la Caisse ne peut pas bloquer une transaction jugée acceptable par la majorité du conseil d’une société publique. À moins de convaincre la majorité des actionnaires que l’offre est insuffisante ou de renchérir sur le prix.»(Jean-Robert Sansfaçon)

    ESt-ce que c'est de la démagogie que de vouloir protéger les intérêts d'une nation quand ceux-ci sont menacés?

    La liberté de circulation des capitaux ne doit-elle pas être limitée quand c'est jugé nécessaire par un gouvernement?

    Est-ce qu'une liberté illimitée ne risque pas de mener à l'anarchie?

    Je m'y connais très peu dans ce domaine mais je trouve que le chef du Parti québécois a raison de s'opposer à cette transaction.

    Est-ce que c'est dans le cas d'une situaition exceptionelle il ne faut pas prendre des décisions exceptionnelles?

    On ne peut quand même pas laisser les actionnaires diriger le monde dans leur intérêt sans intervenir au besoin.

    Il ne faut pas démissionner devant une telle menace.

    Si nous voulons que les Québécois soient non plus des locataires mais des propriétaires il faudra voter en conséquence lors des prochaines élections.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 5 février 2016 07 h 12

      Oh... il y a bien quelque chose à faire en attendant les prochaines élections. Montrer une leçon à ces capitalistes sans frontière qu'on ne rentre pas ici comme dans un moulin. «Vous allez perdre votre chemise». Target y a goûté. Loblaws se meurt. Parce que «nous n'achetons pas». La prochaine fois, ils hésiteront. Ils sont «chatouilleux» ces Québécois. Ce n'est pas le «gouvernement» qui peut leur dire, c'est chacun de nous.
      Qui fait vivre les commerces ? Les clients.
      Ils vont «apprendre» vite.
      Ne demandez pas au gouvernement de faire ce que «vous» devriez faire.

      Vous vous sentez opprimé par les Banques ? Les centres décisionnels de celles-ci sont trop à Toronto à votre goût ? Vous voyez votre argent disparaitre ailleurs ? Allez à la Caisse, elle n'ira nulle part. Et peut-être vous traitera-t-elle mieux parce qu'elle aura votre support. Elle doit se battre contre qui ? Contre les Banques ? Non, contre leurs «clients». Comme disent les anglais «Put your money where your mouth is». Et vous verrez toutes ces «succursales bancaires» vides et sans «pouvoir».

      Qui «décide» ? Le gouvernement ? Non, c'est «Vous», personnellement et un par un. Pas besoin d'attendre aux quatre ans, faites-le tous les jours. Où vous achetez, où vous économisez. «Ils apprendrons». C'est comme la saucisse «Plus de monde en mange» mais le contraire «Moins de monde en mange». Même principe. Arrêtez d'hurler après le gouvernement, faites-le vous-même.

      Avez-vous une petite idée dans quel quincailler je n'irais plus ? Devinez.

      Ça ne donne rien d’aller se pavaner dans la rue si le restant du temps on se laisse balader comme des idiots. Le «message» reste ambigu. Ça fait pas sérieux. Il faut qu’ils «comprennent» par où ça fait mal : «Money».

      PL

  • Colette Pagé - Inscrite 4 février 2016 09 h 41

    Promesses, promesses, promesses !

    Promesses, promesses, promesses ! Le Québec connaît la chanson : Rio Tinto, Resolu, le Cirque du Soleil .

    On sauve les apparences en maintenant le nom de Rona, on établit le siège social à Boucherville mais les décisions de rationaliser se prendront en Caroline et le choix des fournisseurs pour la plupart américains auront la préférence. Les petits écoperont.

    C'est ainsi que subrepticement les emplois disparaissent sans faire trop de vagues et le Québec s'appauvrit. Par contre, incohérence oblige, le Gouvernement maintien le cap de créér plus d'emplois.

    Et les fleurons québécois ! Se pourrait-il que le Gouvernement ne sache même pas le nombre d'entreprises qu'il doit protéger la prise en mains étrangères. Face à une offre alléchante, tout est à vendre !

  • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 4 février 2016 09 h 57

    Nos fédéralistes donnent l'exemple

    Ceci est pire que de dire NON à la souveraineté du Québec, on dit non même au canada!
    Cessons donc ce manège chers fédéralistes est joignons-nous donc immédiatement au USA.
    Qu'on en finisse avec cette agonie sans fin de vouloir maintenir un pays par un chemin d'fer, une autoroute et un pipeline...