Le parti d’abord

Le chef intérimaire de Projet Montréal, Luc Ferrandez, a choisi de mettre de côté ses ambitions personnelles pour l’intérêt de son parti. Il était le candidat tout naturel pour devenir chef en titre de son parti et candidat à la mairie de Montréal à l’élection de 2017. De lui-même, il a conclu que son image de politicien dogmatique était devenue si enracinée dans l’opinion publique qu’elle pourrait coûter la victoire à son parti.

Cette image de politicien dogmatique, Luc Ferrandez ne l’a pas usurpée. Il n’est pas de ce type de politicien roseau qui incline au vent, à gauche un jour, à droite le lendemain. Il a tenu tête à tous. Il s’est fait élire comme maire du Plateau-Mont-Royal avec un programme pour redonner à ses concitoyens leur arrondissement, avec l’adoption de mesures d’apaisement de la circulation et l’aménagement de nouveaux espaces urbains. Ce qu’il a dit qu’il ferait, il l’a fait.

Les électeurs du Plateau-Mont-Royal ont majoritairement aimé cette politique citoyenne, puisqu’ils l’ont réélu en 2013. Néanmoins, ce qu’on a retenu en dehors du Plateau est la grogne des commerçants dénonçant la réduction des espaces de stationnement dans les rues et la réorientation de certains axes de circulation qui rendent difficile l’accès à leurs boutiques. Ils sont encore nombreux à crier au meurtre, même si leurs difficultés, bien réelles par ailleurs, ne tiennent pas qu’aux actions de Ferrandez.

Les adversaires de Projet Montréal ont frappé sur ce clou, faisant une adéquation rapide entre le dogmatisme du maire du Plateau et le parti Projet Montréal, le sous-texte étant que seules les politiques pratico-pratiques du maire Coderre sauraient contrer la menace d’une « plateau-montroyalisation » de Montréal. L’argument a beau avoir de forts relents de démagogie, il a porté, puisque Luc Ferrandez jette l’éponge tout en faisant le pari que quelqu’un d’autre saura mieux faire face à Denis Coderre.

Ce geste d’abnégation de Luc Ferrandez n’est pas que cela. On peut y voir aussi un aveu d’impuissance face à Denis Coderre. Au fil des mois, celui-ci a réussi à attirer dans ses filets plusieurs conseillers d’opposition, dont le fondateur de Projet Montréal, Richard Bergeron, qui acceptent son approche consensuelle comme mode de fonctionnement du conseil municipal. En fait, il ne reste plus comme opposition que Projet Montréal. Par son retrait, Luc Ferrandez reconnaît en quelque sorte que son parti se doit, pour espérer gagner la prochaine élection, d’adoucir les angles et de revoir son discours… et un chef qui saura convaincre les Montréalais que Projet Montréal n’est pas la menace dépeinte par certains.

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1 commentaire
  • Pierre-Marie Lagier - Abonné 26 janvier 2016 11 h 38

    Merci, monsieur Descoteaux

    J'ai cru comprendre tout récemment que vous alliez «passer la main» de la direction du Devoir. J'ai toujours beaucoup apprécié vos éditoriaux et vos interventions tant dans vos feuilles que dans d'autres media. Devant la bonne santé intellectuelle du Devoir je n'ai pu que me réjouir de votre direction qui m'a toujours paru empreinte de pondération, de sagesse et d'absence de dogmatisme tout en ayant une trame bien assise. permetrtez moi de vous en remercier et féliciter chaleureusement.
    Pierre M. Lagier, Ph.D.