Que de risques!

Il ne sera pas simple de faire passer le pipeline Énergie Est sous les rivières du Québec et le Saint-Laurent. Pour dire les choses crûment, « le seul moyen de prévenir toutes les conséquences environnementales serait de ne pas réaliser de traverses de cours d’eau », comme on peut le lire dans le rapport de l’École Polytechnique de Montréal réalisé pour le compte du ministère québécois de l’Énergie et des Ressources naturelles à propos de la construction de pipelines au Québec.

L’étude de Polytechnique n’avait pas pour but de se prononcer sur la pertinence du projet Énergie Est : elle devait plutôt faire valoir les meilleures méthodes de construction et de protection de l’environnement quand un pipeline doit traverser des cours d’eau au Québec. Mais puisque le pipeline présentement sur la table à dessin est celui de TransCanada (le plus important oléoduc en développement en Amérique du Nord), il a servi de référence. D’autant qu’il répond exactement aux trois critères qui font qu’« un tracé de pipeline au Québec mérite une attention particulière » : il longe la rive nord du fleuve Saint-Laurent, il le traverse et il aura un débit important, soit 1,1 million de barils de pétrole par jour. (En comparaison, l’oléoduc exploité depuis 1976 par Enbridge, dont on vient d’inverser le flot entre Montréal et Sarnia, en transporte 240 000 par jour.)

L’étude y va donc de recommandations techniques précises, mais le lecteur comprend qu’on joue avec le feu. On lit : « Dans le contexte d’une traverse de rivière, il est considéré qu’un déversement accidentel de pétrole est impossible à totalement contenir et nettoyer » (en gras dans le texte), « l’oléoduc traverserait un grand nombre de cours d’eau, dont certains sont très critiques en raison d’anciens glissements ou de glissements actifs sur leurs berges », « l’aval du fleuve Saint-Laurent est considéré [comme] extrêmement à risque à la suite d’un déversement accidentel » ; « les cours d’eau potentiellement traversés par le pipeline […] présentent généralement une vulnérabilité élevée de l’habitat des poissons ». Etc.

Que de mises en garde qui s’ajoutent à celles des villes, des agriculteurs ! Que de risques pour que l’Alberta puisse envoyer vers l’Inde et des pays européens le pétrole tiré de ses sables bitumineux ! Tout cela pour créer, à terme, 33 emplois au Québec.

Le fédéral a la main haute pour décider du sort d’Énergie Est, qui doit traverser six provinces, mais il est plus que temps que le premier ministre Philippe Couillard s’indigne autant de ce projet que de l’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti. Il l’a dit lui-même : l’avenir n’appartient pas aux hydrocarbures. Cela s’avère d’autant plus pour un projet qui n’assure que des risques et aucun gain pour le Québec. Que le Philippe vert se lève !

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33 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 29 décembre 2015 06 h 20

    OUI

    Ne peut etre vert que celui qui a des couilles. J-P.Grisé

  • Claire Lavigne - Inscrite 29 décembre 2015 06 h 41

    Le risque zéro n'existe pas!!!

    Lors de l'invention de l'énergie nucléaire, on avait oublié de penser aux impacts sur l'environnement, soit les déchets d'uranium.
    Maintenant, pensons aux impacts s'il y a fuite du pipeline suite:tremblement de terre, terrorisme, explosion, cours d'eau potable polluée à jamais, terrains adjacents dévalués non assurables!!!
    Nous deviendrons des futurs réfugiés!!!Alors, on fait les colonnes des plus et des moins.C'est du GBS(gros,bon,sens). Maintenant, s.v.p.argumentez pour que je change mon "capot" de bord!.

    • Yves Corbeil - Inscrit 29 décembre 2015 12 h 21

      Comme vous dites, le GBS passe par l'après pétrole. Va-t-il falloir qu'ils se rendent à COP 121 pour comprendre. Il y en a qui seront plus là pour manger au buffet à ce moment là.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 29 décembre 2015 12 h 41

      Il n'y a ni argument ni argent possibles pour nous faire avaler la cigue ou autre poison.On n'en veut pas .C'est-tu assez clair? Allons Québec Debout nous serons forts. J-P.Grisé

    • Françoise Labelle - Abonnée 29 décembre 2015 16 h 03

      Énergie-Est est plus ambitieux que Keystone XL rejeté par les USA à cause des risques. La question est plutôt: pourquoi accepterions-nous ce risque?

      Selon M.O. Pineau des HEC, il y aura une soixantaine de nouveaux emplois permanents (et on ne dit s'il s'agit de québécois) créés par ce projet qui amènera le pétrole albertain à la raffinerie Irving.

      Le désastre d'Enbridge au Michigan a coûté 1,2 milliard US, sans compter les dommages permanents, parce que le bitume dilué coule au fond contrairement au pétrole léger.

      Il n'y a pas de risque zéro mais ça sert à quoi de se promener pour rien au bord de l'abîme?

  • Marcel Lemieux - Inscrit 29 décembre 2015 07 h 14

    Ayant participé à une "journee porte ouverte" tenue récemment dans ma municipalite
    j'en suis venu au constat qu'Energie Est banalise tout événement et conséquences
    environnementales pouvant se produire sur tout le territoire du Québec. Étant imbus
    d'eux-mêmes cette compagnie rejette du revers de la main tout scénario catastrophe pouvant se produire. De plus ils cherchent à semer la confusion et la zizanie chez les citoyens en faisant des annonces prometteuses d'un revenu foncier potentiellement intéressant dans nos villages. Comme la durée d'opération prévue de cette infrastru-
    ture est de quarante ans et que la compagnie ne prévoit pas réhabiliter les sites après leur départ, les municipalités devront placés ces sommes en fiducie afin de procéder à l'enlèvement des tuyaux etc,etc.

    Marcel Lemieux

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 29 décembre 2015 08 h 46

      Votre suggestion de placer l'argent en fiducie est logique, mais au fil des années il deviendra politiquement de plus en plus difficile d'accumuler des sommes importantes dans un tel compte. Un jour ou l'autre, le conseil municipal voudra réduire ses cotisations ou se servira de cet argent pour autre chose, par exemple refaire le système d'égoût. Il faudrait que l'argent investi dans un tel compte soit hors de l'atteinte du conseil municipal et que l'organisme responsable puisse poursuivre le conseil municipal pour lui réclamer ce qu'il lui doit.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 décembre 2015 13 h 02

      «et que la compagnie ne prévoit pas réhabiliter les sites après leur départ»

      La cessation d'exploitation est règlementée, ce qui est indiqué dans l'étude de HEC (page 13-14),

      «« Le Règlement de l’Office national de l’énergie sur les pipelines terrestres (RPT)
      Les articles 4(1) et 4(2) s’appliquent notamment :
      « 4. (1) La compagnie qui conçoit, construit ou exploite un pipeline, ou en cesse l’exploitation, ou qui obtient ces services par contrat, doit veiller à ce que la conception, la construction, l’exploitation ou la cessation d’exploitation soient conformes aux dispositions applicables :»»

      On peut ajouter que les réserves que contient les sables bitumineux dépasse le sciècle d'exploitation, des perspectives d'abandons ne sont vraiment pas présents au tableau.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 décembre 2015 13 h 24

      Pour être plus précis ces réserves sont présentement évaluées a 168 milliards de barils, si l'on maintient le rythme la présente production de 3 millions de barils par jour on dépasse pas mal le siècle avec un 150 ans de production.

      Et si la consommation globale diminue dans le monde on ne fait qu'alonger dans le temps cette production.

      Donc ceux qui pensent à construire cette canalisation ont intérêt a faire les choses aux meilleurs des possibilités pour se rapprocher du risque zéro, puisque qu'il sera là pour très lontemps.

  • François Dugal - Inscrit 29 décembre 2015 07 h 47

    Le Canada

    Ne doit-on pas risquer quelques accidents mineurs et hypothétiques sans gravité afin de demeurer dans le plus beau, le plus grand et le "plusse meilleur" pays du monde, le Canada. Aidons nos frères albertains à exploiter leurs belles ressources naturelles dont notre pays est si fier.
    Restons unis et vivons les joies de l'Accord de Paris. Levons-nous et chantons ensemble notre hymne national : Ô Canada, "our home and native land".

  • Bernard Terreault - Abonné 29 décembre 2015 08 h 24

    Un milliard par année

    Le Québec devrait exiger un milliard par année pour laisser passer ce pétrole, à répartir entre le Ministère de l'environnement et les municipalités traversées.

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 29 décembre 2015 09 h 04

      Exiger un tel montant ne réglerait rien, le gouvernement fédéral nous le soustrayant ensuite à un titre ou à un autre. Exemple: moins de transfert monétaire en santé. De plus, ce montant irait finalement ailleurs, par exemple en santé. Ce qu'il faut, c'est soumettre réellement la construction, l'entretien et la réparation de l'ouvrage 1) aux valeurs supérieures généralement admises que sont le respect des traités et conventions internationales (nous ne sommes pas seuls au monde) et le développement durable, et 2) fermement orienter l'économie vers l'après-pétrole. L'arbitrage sera d'autant difficile que le pôle économique gagne généralement au change, prévalant sur les autres pôles que sont l'environnement et l'acceptation sociale du projet par les personnes susceptibles d'être préjudiciées en cas de bris de l'oléoduc. Il ne faut pas se suprendre que TransCanada banalise les risques, les contrer lui étant de plus en plus dispendieux dans un contexte de déinvesitissement pétrolier. TransCanada 'a le dos à la mer'!

    • Yves Corbeil - Inscrit 29 décembre 2015 12 h 15

      Un milliard pourquoi pas cinq. Mais si ça passait près de chez vous et qu'un déversement se produisait. Vous pensez que vous toucheriez quoi que ce soit pour partir après que votre environnement soit détruit pour plusieurs décennies. Imaginez le moindre cours d'eau majeur en oubliant pas le fleuve.

      Ça vaut combien de miliards selon votre façon de voir les choses.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 décembre 2015 13 h 12

      Je suis pas mal d'accord avez vous monsieur Lusignan, sauf que je ne vois pas à l'horizon un ''après-pétrole'', une réduction importante oui, mais pas une élimination.

      Il vaut la peine de prendre le temps de lire, et comprendre, ce rapport qui est fort instructif sur la géologie de surface des abord du fleuve.

      http://www.polymtl.ca/crp/doc/Memoire-BertrandLefe