Injuste Justin

On peut reprocher des choses au gouvernement Marois et à sa «charte des valeurs», mais mettre cette politique sur le même pied que les déclarations de Donald Trump sur les musulmans, comme Justin Trudeau l’a fait mercredi, est injuste, voire malhonnête.


Donald Trump et Pauline Marois, même combat? À écouter Justin Trudeau, il faudrait le croire. Questionné au sujet des déclarations du candidat à l’investiture présidentielle républicaine, le nouveau premier ministre du Canada s’est posé — encore une fois — en parangon de la vertu, soutenant qu’il s’élèverait toujours «contre la politique de la division», «de la peur» «de l’intolérance ou la rhétorique de la haine». Dans ce grand sac, il rangea la volonté martelée par M. Trump d’interdire temporairement l’entrée des musulmans sur le territoire des États-Unis ET le projet de charte des valeurs québécoises de l’ancien gouvernement Marois.

M. Trudeau répète constamment qu’il ne veut pas «diviser». Or, en tenant des propos pareils, il ne fait pas autre chose. Il traite implicitement de «trumpiens» tous ces Québécois qui ont, depuis des années, appuyé l’idée d’une charte de laïcité. Comme si cet appui équivalait à une volonté de chasser tous les musulmans du territoire. Comme si nombre de musulmans n’étaient pas profondément favorables à une charte de la laïcité.

Encore une fois, M. Trudeau n’a pas saisi un aspect fondamental du Québec: son rapport à la religion. Les Québécois ont édifié leur modernité sur une méfiance — parfois excessive — à l’égard de la religion. D’abord celle qui les a gouvernés, le catholicisme. D’une manière en partie française. En cela, ils tranchent avec les autres nord-américains chez qui l’idée de tolérance a hissé la liberté religieuse au rang de principe pour ainsi dire sacrée. Faire s’équivaloir le réflexe laïque des Québécois et l’islamophobie dégoulinante de Donald Trump constitue une insultante méprise.

À ce compte, toute la France est trumpienne ! Car elle s’est donné une loi pour interdire, dans «l’espace public», de «porter une tenue destinée à dissimuler son visage». (En 2010, soit à l’époque où Nicolas Sarkozy, un grand ami du Canada uni et adversaire des souverainistes, était à sa tête.) La Cour européenne des droits de l’homme doit être trumpienne aussi, puisqu’en 2014, elle confirmait la loi française.

À ce compte, le gouvernement de Philippe Couillard est aussi «trumpien». Car il a déposé le projet de loi 62 dont l’article 9 se lit ainsi: «Un membre du personnel d’un organisme doit exercer ses fonctions à visage découvert...». Plus loin, on peut lire que «de même, une personne à qui est fourni un service par un membre du personnel d’un organisme doit avoir le visage découvert lors de la prestation du service».

Certes, si le gouvernement Marois, en 2013, avait mis un peu d’eau dans son vin, n’avait pas utilisé la charte à des fins électoralistes et s’était rangé, en gouvernement minoritaire qu’il était, au compromis que lui proposaient les autres oppositions, le Québec aurait peut-être aujourd’hui une affirmation claire de la laïcité dans son corpus de lois quasi-constitutionnelles. Mais c’est là un autre histoire.

L’arrivée de Justin Trudeau au pouvoir a quelque chose de rafraîchissant pour nombre de Québécois qui n’en pouvaient plus du régime Harper. Mais le nouveau premier ministre ne doit pas surinterpréter les résultats du 19 octobre et en déduire que ce jour-là, les Québécois se sont convertis en masse à sa vision multiculturaliste. La position majoritaire québécoise sur la laïcité est tout à fait légitime, démocratique. Et nullement trumpienne.

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69 commentaires
  • André Champagne - Abonné 18 décembre 2015 00 h 44

    Aveugle ou sourd.

    Le Québec n'est pas Justin Trudeau et c'est bien ainsi. Est-ce que le Québec préfère un Justin à un Stepen... Oui, mais...
    Les comparaisons entre notre ancienne première ministre et M. Trump sont insultantes et dénotent une méconnaissance des Québécois. Trudeau père aimant ce genre de provocation et le fils n'invente rien de bon.
    Il devra penser avant de parler!

    • Jacques Patenaude - Abonné 18 décembre 2015 10 h 29

      Le père fut toujours l'exemple type du libéral qui prône la plus grande tolérance pour qui adopte le libéralisme et la plus grande intolérance pour qui ne professe cette foi. Jacques Parizeau rappellait qu'on lui a beaucoup reproché ses propos le soir du référendum mais que lui n'a jamais mis en prison 500 personnes sans même respecter leurs droits les plus élémentaires. Le père de la charte des droits l'a fait et son fils semble le suivre dans les mêmes traces de l'intolérance camouflée dans un discours de tolérance libérale.

    • Benoit Toupin - Abonné 18 décembre 2015 14 h 28

      Tel que défini par Monsieur Trudeau, la liste des "Trumpiens" est longue et bien garnie de gens plus que respectables: Chefs d'état, intellectuels, philosophes, ou simple citoyens d'ici ou d'ailleurs, tous bien loin de quelque racisme suptil que ce soit.

      Il est inquiétant de se savoir gouverner par quelqu'un qui est incapable de voir les nuances entre la nécessaire laïcité de l'état, le recherche d'un vivre ensemble respectueux, la liberté de religion et le racisme. Il y a là, dans sa plus pure expression, une étroitesse d'esprit et un manque de jugement inquiétant.

      A moins qu'à la bonne vieille façon de faire de la politique désagréable, il nous ait servi un peu de "souverainiste bashing", une forme subtil de racisme si facilement acceptée dans une bonne partie du reste du Canada et payant politiquement.

      Je ne peux présumer de ses intentions ou être rassurer de son bon jugement; dans ce cas il a énoncé une grossière connerie ou s'est livré à une forme de racisme peu glorieux; je lui laisse l'option...

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 19 décembre 2015 08 h 48

      « Il devra penser avant de parler! » (André Champagne)

      En effet, mais, dans ce cas précis, on-dirait que quelqu’un d’autre a pensé à sa place, hélas !

      D’ailleurs, la plupart des premiers ministres parlent ce que d’autres auraient pu penser ou provoquer !

      Bref, que …

      … penser autrement ? - 19 déc 2015 -

    • Yves Corbeil - Inscrit 19 décembre 2015 11 h 45

      Je vais l'écrire ici parce qu'on le verra pas.

      M.Robitaille vous allez gagné le prix de la chronique avant Noël 2015 avec celle-ci, qui touche nos coeurs sensibles.

      Une déclaration de débutant qui ce matin fait des paniers de Noêl avec sa tendre épouse à moisson montréal au lieu d'être assis avec son équipe et se demandé qu'est-ce qu'on peut faire les girls et les boys pour que l'année prochaine je sois pas obligé d'allé faire des cr...de panier de Noêl à Montréal avec Sophie.

      La déclaration de débutantn'est pas plus pire ou moins pire qu'un autre débutant qu'on à au Québec.

      Et je suis un séparatiste du début et encore aujourd'hui.

    • Yves Corbeil - Inscrit 19 décembre 2015 13 h 01

      Les erreurs ne se regrettent pas, elles s’assument. La peur ne se fuit pas, elle se surmonte. L’amour ne se crie pas, il se prouve.

      Alors prouvons-nous une fois pour toute que l'on s'aiment au Québec et que ce Canada auquel nous avons donné toutes les chances de nous montré qu'il nous aimait juste un peu, faillira toujours à la tâche.

      Dans un autre vingt ans, quand nous serons plus déçus par les choses que nous n'aurons pas faites que par celles que nous aurons faites. Il sera encore temps de mettre les voiles mais pourquoi attendre encore pour sortir des sentiers battus. Nos ancêtres sont pas resté assis sur le Cap Diamant comme des peureux, non ils ont fait ce foutu pays.

      Aujourd'hui, on pourrait pas le réduire à notre seul besoin.

    • Pierre Fortin - Abonné 19 décembre 2015 18 h 26

      @ Benoît Toupin

      Très beau texte Monsieur Toupin,

      Vous exprimez bien le fondement de la distorsion canadienne, une incompatibilité de cultures non miscibles qui perdure — depuis leur promiscuité forcée par un conflit qui ne nous conernait qu'indirectement — dans un rapport de dominant-dominé figé dans un temps séculaire.

      Le « peu de "souverainiste bashing" » auquel vous faites allusion est un fond commerce qui maintient et ravive la flamme orangiste de sa base pancanadienne, noyau dur de son électorat. Pierre Elliot Trudeau savait aller trop loin sans heurter cette frange politique ... qui l'a toujours soutenu et qui est toujours bien vivante.

      Le fils n'a pas mis longtemps pour mettre les pieds en plein dans ce qui nous offense. En est-il seulement conscient? La question est légitime.

    • Pierre Fortin - Abonné 19 décembre 2015 18 h 40

      @ Yves Corbeil

      « Nos ancêtres ne sont pas restés assis sur le Cap Diamant comme des peureux, non! ils l'ont fait ce foutu pays. »

      « Ils ne savaient pas que c'était impossible alors, ils l'ont fait » — Mark Twain

  • Laurent Girouard - Abonné 18 décembre 2015 03 h 18

    Et voilà!

    Ça n'a pas pris beaucoup de temps pour que le gentil garçon se révèle un trudeauiste de la pire espèce. Méprisant et aveuglé.

    • Robert Laroche - Abonné 18 décembre 2015 12 h 51

      Il est bon de rechercher de qui il est la marionnette. Il doit son élection en parti au noyaux des libéraux du grand Toronton. C'est aussi le lieu d'implantation des orangistes présent dans toute l'hitoire du Canada.

    • Francois Cossette - Inscrit 18 décembre 2015 13 h 22

      Chassez le naturel il revient au galop.
      A quoi d'autres devions nous nous attendre, avec trudeau le mepris n'est jamais bien loin.

  • Denis Paquette - Abonné 18 décembre 2015 03 h 33

    L'église et le roi

    Effectivement il peut de par sa culture ignorer certains aspects de la culture québécoise, peut etre que vouloir trop insister sur le multiculturalisme c'est passer a coté de beaucoup de choses on peut être indépendantiste sans etre etniciste, on peut admirer sa verdeur comme premier ministre canadien sans pour autant adopter a 100% sa vision du Canada, si les québécois ont une vision moderne du Canada, ils ont aussi une histoire unique, vouloir le balayer sous le tapis, n'est peut etre pas la chose a faire, si beaucoup de québécois sont tres canadien, ca ne veut pas dire qu'ils sont près a renier leur origine, si monsieur Trudeau veut continuer a etre aimer des québécois il va devoir revoir ses points aveugles et dieu sait que beaucoup de canadiens en ont, est- il possible de dépasser cette vision d'origine coloniale, ce n'est pas parce que nous avons étés sujets de sa majestée que nous sommes obligés de l'etre pour toujours, l'église et le roi sont souvent trop associés et complices, peut on etre un peu plus moderne

  • Jacques Lamarche - Inscrit 18 décembre 2015 04 h 29

    Un sérieux bémol!!

    Propos tout-à-fait justes, M. Robitaille! Toutefois, si le projet péquiste était légitime et démocratique, et ne combattait que le religieux dans l'espace public, et non la culture musulmane, pourquoi aurait-il été utilisé à des fins bassement électoralistes? Il voulait abolir des frontières, combattre des sources de division, amener plus d'unité et de cohésion. Il représentait une autre avancée en faveur de l'égalité entre les hommes et les femmes.

    Tout bonne loi, tout bonne chartre, tout bonne mesure servira tôt ou tard l'intérêt du législateur! Quel gouvernement n'agit pas dans le sens de ses convictions et de ses intérêts? Celui de Justin aussi! Et c'est normal!

    • Michel Lebel - Abonné 18 décembre 2015 08 h 45

      Il faut bien le dire: la charte des valeurs a été fort divisive au Québec et a été instrumentalisée par le PQ à des fins électoralistes. Le tout a dérapé. Le PQ en a récolté les résultats.

      M.L.

    • Jean-François Trottier - Abonné 18 décembre 2015 09 h 34

      ...et il est normal de remettre le législateur à sa place quand le jupon dépasse.

      Mais la question est plus large. Il existe encore un mythe très répandu depuis la rue St-Laurent jusqu'au Pacifique selon lequel les Anglais ont apporté la civilisation ici, par opposition aux Français, moitié coureurs des bois, catholiques et donc sectaires, papistes et peu intéressés par la démocratie. Le vote de la conscription en '42 a apporté de l'eau à ce moulin, et le moindre geste d'un québécois passe par ce filtre.

      Ce mythe reste d'autant plus fort qu'il n'est pas nommé puisqu'alors il pourrait être réfuté facilement.
      Trudeau père disait au début des années '70 que c'est grâce à l'Angleterre si l'on parlait encore français en Amérique du Nord!!

      On représente souvent la société québécoise comme "frileuse", comme si une crainte insensée nous habitait, sans pour autant regarder les gens du West-Island, pour beaucoup gens raisonnables et agréables, qui pourtant votent Libéral tant à Québec qu'à Ottawa par... eh oui, par peur.
      Chaque déclaration en ce sens de la part de Trudeau est interprété directement dans le sens du préjugé bien ancré d'un peuple apeuré, teinté de crypto-racisme. (Les "crypto" ceci et cela sont très appréciés à Ottawa, et les fédérastes en font leurs délices).
      Tenant compte du fait de plus en plus évident que les Anglo-québécois ont une attitude qui rappelle celle des Blancs d'Afrique du Sud il y a peu, il est nécessaire que tous les meneurs de nos deux sociétés s'entendent pour stopper net ces allusions et attaques déplacées.
      Avis au sieur Couillard.

    • Jacques Patenaude - Abonné 18 décembre 2015 12 h 34

      M. Lebel, La constitutionalisation de la charte de Trudeau ne fut-elle pas plus divise?
      Pourtant elle semble pour vous le nec plus ultra du droit n'est-ce pas?

    • Michel Lebel - Abonné 18 décembre 2015 14 h 31

      @ Jacques Patenaude

      La constitutionnalisation de la Charte canadienne des droits et libertés ne fut pas divisive, car elle protège davantage les droits et libertés de la population. Autre chose, soit une mystification non fondée, que certains politiciens ont voulu en faire!


      Michel Lebel

    • Pierre Brosseau - Abonné 18 décembre 2015 16 h 58

      M. Patenaude,
      depuis le temps que nous lisons les commentaires de M. Lebel, nous savons que le multiculturalisme et le féralisme canadiens basé sur la consitution de 1982 comptent parmi les merveilles du monde et que comme l'a dit Trudeau père dans un discours à l'ONU, la souveraineté serait un crime contre l'humanité.

      Le fait qu'aucun premier ministre du Québec n'ait voulu signer cette consitution ne veut rien dire et ne change rien. De plus, les fédéralistes ont tout leur temps puisque, comme l'a dit Trudeau père, cette constitution est là pour 1000 ans ! Les Québécois plieront bien avant.

      Les centaines de milliers de Québécois qui appuient la souveraineté sont tous dans l'erreur et les Canadiens n'ont aucun changement à apporter à leur vision de pays puisqu'ils possèdent la vérité. Ce doit être réconfortant de savoir qu'on a toujours raison, n'est-ce pas, M. Lebel ?

    • Michel Lebel - Abonné 18 décembre 2015 21 h 14

      @ Pierre Brosseau,

      Vous déformez évidemment ma pensée. Vous la simplifiez à outrance. La politique n'est pas une question aussi simpliste que d'avoir raison ou d'affirmer que d'autres seraient dans l'erreur!! Pour moi, la politique est essentiellement une question de choix et je pense que la voie du fédéralisme est le meilleur choix pour l'ensemble des Canadiens, Québécois inclus. Ce choix, je le reconnais d'emblée, est certainement discutable, mais c'est mon choix! Fin.

      M.L.

    • Pierre Fortin - Abonné 19 décembre 2015 19 h 32

      @ Michel Lebel

      « Il faut bien le dire: la charte des valeurs a été fort divisive au Québec » ...
      ... peut-être parce qu'elle n'a fait qu'amorcer le débat.

      Il faut bien le dire : les Québécois ne veulent plus d'hégémonie d'aucune sorte, ni religieuse ni politique, de droit divin, monarchique, seigneuriale ou simplement populiste.

    • Michel Lebel - Abonné 20 décembre 2015 09 h 56


      Pierre Fortin,

      C'est une évidence: le Québec est pas mal "mêlé" depuis quelque temps. Une société sans repères solides a peu d'avenir.

      M.L.

  • Daniel Lemieux - Inscrit 18 décembre 2015 05 h 03

    Inculture

    Chaque semaine nous apporte un nouvel exemple de la vacuité intellectuelle de M. Trudeau et de son manque de maturité. A-t-il une pensée politique, des idées articulées ? On en doute.

    Les discours creux et les phrases dénuées de sens sont affligeants mais inoffensifs, alors que les méprises de ce genre sont inacceptables.

    Sans l'aide de son personnel politique, M. Trudeau tarde à démontrer qu'il peut se comporter en véritable chef d'État.