Du rêve à la réalité

Pour une fois, une conférence internationale sur le réchauffement climatique se termine sur une note positive, voire euphorique ! Reste à faire entériner l’accord intervenu samedi par les élus de chacun des 195 pays signataires. Et, surtout, à surmonter les innombrables obstacles à sa mise en application.


L’accord est historique, ont souligné plusieurs observateurs et participants aux négociations qui se sont conclues le week-end dernier, à Paris. D’abord parce qu’il a été accepté à l’unanimité des participants, chose rarissime en diplomatie internationale ; ensuite, parce qu’il est très ambitieux quant à ses objectifs, même s’il paraît peu réaliste, compte tenu de l’absence de contraintes auxquelles seront soumis les pays récalcitrants.

Selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), limiter la hausse moyenne du réchauffement de la planète à 2 °C d’ici la fin du siècle exigera une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 à 70 % d’ici 2050… mais de beaucoup plus que 70 % si l’objectif est plutôt de limiter la hausse à 1,5 °C.

Or, si tous les pays qui ont fourni des cibles nationales à ce jour se contentent de respecter leur engagement actuel, les experts évaluent la hausse probable de la température non pas à 2 °C, encore moins à 1,5 °C, mais entre 2,5 et 3 °C d’ici la fin du siècle. C’est dire combien nous sommes loin du compte, malgré le consensus du week-end.

À moins de loger à l’antenne des climatosceptiques comme les conservateurs canadiens, les républicains américains et plusieurs commentateurs réputés, tel l’ancien magnat de la presse, Conrad Black, ce n’est donc pas parce que les dirigeants des 195 pays présents à cette conférence poétiquement baptisée COP21 se sont entendus sur un texte d’une trentaine de pages que l’humanité évitera les bouleversements climatiques prévus pour les prochaines décennies.

Un pays comme la Chine, premier émetteur de la planète, vise à atteindre son plafond d’émissions vers 2030. D’ici là, il entend s’attaquer à l’« intensité » de ses émissions en les réduisant de quelque 60 %. Dit autrement, la Chine polluera beaucoup plus qu’aujourd’hui en 2030, mais moins par unité de bien produite. Souhaitons-lui bonne chance, puisque le smog qui flotte presque en permanence au-dessus des grandes villes chinoises dépasse déjà, certains jours, la capacité humaine de le supporter.


Pour le Canada, le défi est aussi considérable. En se présentant à Paris, la nouvelle ministre de l’Environnement et du Changement climatique dans le gouvernement Trudeau, Mme Catherine McKenna, avait plus de bonnes intentions que d’engagements fermes à offrir : selon l’échéancier repris du précédent gouvernement, Ottawa s’engage à réduire ses émissions de 30 % d’ici 2030, par rapport à 2005.


Or, même si cet objectif paraît peu ambitieux, comparé à celui de la plupart des pays de l’OCDE (et à celui du Québec, qui entend réduire ses émissions de 37,5 % par rapport à 1990 et non à 2005), il sera difficile à atteindre. D’abord parce que le Canada a perdu beaucoup de temps sous les conservateurs ; ensuite, parce que le fédéral ne pourra pas, ou ne voudra pas, forcer les provinces qui émettent le plus de gaz à effet de serre à sacrifier leur croissance pour réduire les émissions de CO2.

Il y a quelques semaines, le gouvernement néodémocrate de l’Alberta a annoncé un plan jugé presque révolutionnaire qui prévoit doubler la taxe sur le carbone d’ici deux ans et fermer progressivement les usines au charbon qui produisent près de la moitié de l’électricité de la province.

En revanche, la province élève à 100 mégatonnes par année la quantité de GES que l’industrie pétrolière pourra émettre d’ici 2030, soit une confortable augmentation par rapport aux 70 mégatonnes rejetées dans l’air à l’heure actuelle. Avec une telle marge d’augmentation — par ailleurs bien reçue par l’industrie — on a peine à croire qu’Ottawa ne demandera pas aux autres provinces de faire beaucoup plus que leur part pour atteindre la cible nationale.

Peine à croire aussi que le même Parti libéral fédéral qui s’est pourtant opposé à la construction de l’oléoduc Northern Gateway vers le Pacifique ne donnera pas son aval enthousiaste à la construction d’Énergie Est de TransCanada, pourtant dédié presque exclusivement à l’exportation. Une belle bataille à l’horizon dans ce pays où le nouveau gouvernement se présente désormais en leader mondial de la lutte pour le climat !

10 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 15 décembre 2015 02 h 40

    Des têtes de...........

    Ma conviction est que la réalité finira toujours par l'emporter , la difficulté c'est la souffrance qui sera vécue, en attendant que les têtes dures en conviennent, car le monde est dirigé par des têtes dures, enfin je préfère cette expression a d'autres plus incisives, a vous de trouver des synonymes plus appropriés, le dictionnaire en contient plusieurs

  • Richard Bérubé - Inscrit 15 décembre 2015 09 h 06

    Vous avez tellement raison monsieur Sansfaçon...

    Battons-nous corps et âmes contre cette pollution...débarassons-nous de tout ce qui polluent tel les voitures, le pétrole, ramenons le monde dans des centres habitables réunis, concentrons la population vers des centres habitables, poussons pour des transports en commun prioritaire comme le train, resteignons les déplacements, ainsi nous atteindrons ces cibles, la température ne devrait plus grimper avec toutes ces mesures, et contrôlons la population....

  • Benoit Thibault - Abonné 15 décembre 2015 09 h 24

    Têtes dures ou absence d'éthique

    Le double discours sur le pétroles des sables bitumineux est un bel exemple de têtes dures et d'absence d'éthique.
    Refuser le pipeline Northwest Gateway et autoriser Énergie Est ne serait-ce qu'un bassement calcul politique afin d'avoir des votes et des comté en C-B?
    Pourtant Énergie Est présente le plus de risques pour les sources d'eau potable d'une très grandes portion de la population.
    Pourtant le système de détection de fuites des pipeline n'est efficace que pour de fuites supérieures à 3,5% (tiré d'un des derniers reportages de La Semaine Verte).À 1millions de barils par jour, faites le calcul!
    On va savoir bientôt savoir de quel coté penche nos politiciens, éthique ou sceptique?

    Non à Énergie Est.

  • François Beaulé - Inscrit 15 décembre 2015 11 h 13

    Les pays nordiques et la Suède : rêve et réalité

    Du rêve à la réalité en matière de contrôle des émissions de GES, il y a la question de l'énergie. Comment la produire et comment la consommer.

    Comparer le Canada aux pays nordiques, Danemark, Finlande, Norvège et Suède, notamment à ce dernier, permet de saisir l'importance de notre responsabilité face à la santé environnementale de notre planète.

    Examinons les chiffres fournis par l'Agence internationale de l'énergie.
    http://www.iea.org/publications/freepublications/p
    Voir p. xii la «Table 1. World CO2 emissions from fuel combustion...»

    De 1990 à 2013, les émissions de CO2 des 4 principaux pays nordiques produites par la combustion de combustible fossiles ont chuté globalement de 12,7%. La Suède ayant réduit ses émissions de 28%. Alors que dans la même période, le Canada les a augmenté de 28%.

    La comparaison des émissions de CO2 liées à l'énergie, par habitant, est révélatrice. En 2013, les émissions pour l'ensemble des pays nordiques cités étaient de 6,2 tonnes par habitant. Et de seulement 3,9 tonnes pour la Suède. Alors que nous, Canadiens, émettons 15,3 tonnes de CO2 par hab. en brûlant des combustibles fossiles.

    Notons que la Chine émettait 6,65 tonnes de CO2 par hab en 2013, soit 70% de plus que les Suédois. Et les émissions canadiennes par habitant sont approximativement 4 fois celles des Suédois.

    Il est donc possible pour les Canadiens de jouir d'un haut niveau de vie en consommant 4 fois moins de combustibles fossiles. C'est un rêve et une réalité. Il faut une évolution rapide de notre mode de vie et la Suède peut être notre modèle.

    • Marc Langlais - Inscrit 15 décembre 2015 13 h 17

      Une nuance peut-être, la suède utilise l'énergie nucléaire à 42,6 %...

      https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89nergie_en_Su%C3%A8de

    • François Beaulé - Inscrit 15 décembre 2015 20 h 11

      @Marc Langlais,

      Dans la référence que vous fournissez, dans le tableau à droite, on indique plutôt que l'énergie nucléaire compte pour 38,4% de la production d'électricité en Suède. Et non pas 42,6 % de l'énergie totale produite.

      Plus loin on trouve un tableau «Consommation finale d'énergie en Suède par source» qui indique que l'électricité représentait, en 2012, 33,2% de l'énergie consommée en Suède.

      Un tableau semblable pour le Canada https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89nergie_au_Canada#Consommation_finale_d.27.C3.A9nergie_par_source_d.27.C3.A9nergie
      indique que l'électricité représentait 20,8 % de l'énergie consommée au Canada en 2012.

    • François Beaulé - Inscrit 15 décembre 2015 20 h 22

      Ici https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89nergie_en_Su%C3%A8de#Production
      on indique plutôt que 47,5% de l'électricité est produite avec l'énergie nucléaire en Suède en 2012. Les chiffres ont été inversés avec l'hydraulique dans le petit tableau jaune plus haut.

    • Marc Langlais - Inscrit 16 décembre 2015 12 h 47

      En fait, les premiers chiffres que j'ai utilisé étaient pour l'année 2013... Mais bon, on est sur un site Wiki, peut-être s'y glisse-t-il parfois quelques coquilles.

      La proportion de nucléaire est quand même élevé...

      Cordialement.

  • Gilles Théberge - Abonné 15 décembre 2015 13 h 00

    C'est un retour à la réalité pour ce gouvernement

    Comme quoi on ne peut toujours nager dans l'euphorie de la victoire. Un jour ou l'autre les affaires sérieuses nous rattrappent.

    Ainsi, Énergie est se posera demain. Nous verrons de quel bois se chauffe le premier ministre, le fils de l'autre !