Nouvelle ère?

Bien sûr, voir nos chefs de gouvernement vivre un moment d’harmonie fait plaisir. La bonne entente a quelque chose de contagieux. Et celle qui transparaissait vendredi à Québec entre Justin Trudeau et Philippe Couillard avait quelque chose d’authentique. Pour l’instant, il peut être tentant, donc, de croire à cette « nouvelle ère » de collaboration dont a parlé le nouveau premier ministre fédéral.

Bien sûr aussi que, comme dans toutes les démocraties, et a fortiori dans les fédérations — où les ordres sont placés en concurrence les uns avec les autres —, les débats à venir vont finir par mettre Québec et Ottawa en tension. La vie politique ne peut perpétuellement emprunter que des « voies ensoleillées ». Déjà, sur l’aide médicale à mourir, Justin Trudeau a dû désamorcer une situation qui aurait pu conduire à un affrontement.

Combien de « nouvelles ères » de collaboration Québec-Ottawa annoncées dans le passé ont abouti avec le temps à des impasses déplorables ? Dans les années 1980, ce fut l’axe Bourassa-Mulroney qui s’ouvrit dans l’euphorie du lac Meech et s’abîma dans l’échec référendaire de l’accord de Charlottetown. À partir de 2006, la promesse d’un « fédéralisme d’ouverture » par Stephen Harper raviva certains espoirs. Mais après de modestes avancées (représentation à l’UNESCO, élimination partielle du déséquilibre fiscal), la collaboration cessa. En 2012, le ministre des Relations intergouvernementales Yvon Vallières semblait carrément désespéré : « On dirait qu’Ottawa nous a oubliés. »

Grand contraste avec la phrase de Philippe Couillard de vendredi : « Nous avons senti beaucoup d’écoute active sur beaucoup de sujets. » Réussira-t-on à dépasser ce stade de l’écoute pour aboutir à celui des réalisations ? L’attitude d’Ottawa sur le Sénat n’augure rien de bon : il a cédé à l’unilatéralisme en décrétant un nouveau mode de nomination. Dans sa lettre du 21 août adressée à Philippe Couillard, M. Trudeau avait pourtant écrit : « Il nous faut constamment revenir à l’esprit fédéral : cette idée que nous devons travailler ensemble. » Véritable programme de cette « nouvelle ère », cette lettre du 21 août est loin des grandes ambitions des deux autres « nouvelles ères » évoquées plus haut. Mais elle comporte des promesses sur les transferts et la péréquation, entre autres, qui mettront assurément à l’épreuve l’esprit de collaboration des deux premiers ministres. Espérons seulement que M. Couillard choisira de défendre les intérêts du Québec plutôt que de maintenir, à coups de compromissions, la belle harmonie.


 
6 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 12 décembre 2015 08 h 03

    Nous pouvons aspirer à plus que cela.

    « Véritable programme de cette « nouvelle ère », cette lettre du 21 août est loin des grandes ambitions des deux autres « nouvelles ères » évoquées plus haut. Mais elle comporte des promesses sur les transferts et la péréquation, entre autres, qui mettront assurément à l’épreuve l’esprit de collaboration des deux premiers ministres.» (Antoine Robitaille)

    Il ne faut pas se surprendre que les fédéralistes se réjouissent d'une telle collaboration entre les deux premiers ministres.

    Mais ce n' est pas être très ambitieux pour le Québec que de se contenter que de cela. Il faut vraiment ne pas avoir beaucoup de vision ni beaucoup de fierté d'être Québécois pour penser que cela est suffisant pour satisfaire les souverainistes.

    Nous ne nous serions donc battus depuis 50 ans pratiquement pour rien?

    Il y a malheureusement des gens qui se satisfont pour pas grand'chose.

    Nous les Québécois, nous de la nation québécoise nous ne pouvons pas nous contenter de si peu.

    Nous pouvons et nous devons vouloir plus, nous devons continuer à travailler d'arrache-pied pour pouvoir un jour, non seulement éviter «les chicanes» mais décider par nous-mêmes de ce que nous voulons faire de notre région du monde, établir des relations de nation à nation avec les autres nations du monde et faire ce que nous déciderons des impôts que nous payerons à notre Etat.

    Nous devons refuser de nous faire rapetisser comme se proposent de le faire les deux premiers ministres actuels qui ne recherchent qu'une harmonie factice.

    Nous méritons plus et mieux que tout cela. Ça suffit le mépris.

  • Gilles Théberge - Abonné 12 décembre 2015 09 h 47

    Le choix de couillard

    C'est la compromission n'en doutez pas. Parce qu'il veut que le Québec signe la constitution. À tout prix.

    Comment peut-ilmennêtre autrement?

  • Yvon Bureau - Abonné 12 décembre 2015 11 h 13

    Faute avouée ...

    «Déjà, sur l’aide médicale à mourir, Justin Trudeau a dû désamorcer une situation qui aurait pu conduire à un affrontement.» Il était plus que temps. Cela a même trop tardé.

    Faute avouée, faute pardonnée.

    Merci pour cet article, monsieur Robitaille.

    Ah oui. Le Fédéral ne devrait pas se traîner les pieds juridiques et politiques pour répondre en respectant intensément la conclusion de la Cour suprême du Canada du 6 février dernier. Hypothèse : la CSC ne donnera pas de délai; si oui, un ou deux mois, pas plus. À raison. La compassion n'a pas à attendre le jeu des stratégies et des oppositions diverses, minoritaires soient-elles.

  • François Beaulne - Abonné 12 décembre 2015 14 h 20

    libéral mur à mur

    Le véritable test d'un fédéralisme fonctionnel et coopératif se vérifie non pas entre partenaires de la même orientation politique mais entre partenaires aux visions divergentes. Bien sûr il faut donner la chance au coureur, mais jusqu'ici les démonstrations du fédéralisme coopératif de Justin Trudeau reposent essentiellement sur ses dialogues avec l'Ontario libéral de Madame Wynne et le Québec libéral de Philippe Couillard. Tout reste à venir.

  • Michel Blondin - Abonné 12 décembre 2015 18 h 32

    À genoux, fêtons!

    Le premier ministre du Québec est le premier à mettre le genou à terre pour bénir le roi de la fédération. Il est le sous-chef d'une province qui a les reines d'un sous-état et dépend du grand frère pour son biberon de péréquation.

    Couillard est brillant parce qu'il éteint tout le monde autour de lui.
    Mais, il ne peut éteindre Trudeau alors il pactise pour le moment. Il faut s'attendre à ce qu'il souffle le froid avec le Trudeau et le chaud avec l'idée fédérative. Il n'endure pas la rivalité, il tente d'écraser d'autorité préparée plus que de finesse de rapport. À la conférence de presse, il ne tenait pas debout droit mais se tortillait d'inconfort de celui qui veut dominer.

    Ils ont des personnalités aux antipodes, l'un se donne des airs d'esthétisme des grecs et l'autre se prétend issu de la cuisse de Jupiter et beau comme un grec.

    Le Québec recevra sans doute le résultat en 2017: Une commémoration comme si c'était une fête du Canada alors que c'est une fête d'origine de la nation québécoise. Depuis 1759 ces français ont été vaincus, colonisés et objet d’assimilation. Un cadeau de grec aux 375 jours de l'année.