La fraude de l'ayatollah

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le Conseil des gardiens de la Constitution iranienne ne fait pas dans la dentelle. En vue des élections législatives de février prochain, cette organisation a rejeté les candidatures de 3600 personnes. Lorsqu'on prend en considération le nombre total des participants à ce concours électoral, soit 8150, on constate que ce club exclusivement masculin et religieux a décidé de laisser sur la touche cette moitié qui n'adhère pas à toutes ses vues. Au passage, on précisera que le programme politique de la moitié en question se résume à réformer très timidement les moeurs politiques imposées par les fous d'Allah.

Dans sa conclusion, ce conseil, présidé par l'ayatollah Ahmad Jannati, justifie ce vaste bannissement de la scène politique en affirmant que les personnes visées ne sont pas assez respectueuses de l'islam. Ce conseil assure même que ces candidats ne sont pas fidèles à la Constitution et au principe de velayat fagih, qui stipule que le religieux a toujours préséance sur la politique. En clair, le conseil menace d'emprisonnement les partisans des réformes. Point.

Parmi eux, on notera que les noms de 86 députés sortants ont été inscrits sur la liste. En agissant de la sorte, le conseil vise directement le président Mohammad Khatami, qui éprouve pourtant toutes les peines du monde à réformer quoi que ce soit au royaume des Perses. Son bilan est d'ailleurs si maigre et si décevant aux yeux de la vaste majorité des Iraniens qui veulent moderniser le pays qu'il serait peut-être temps d'interroger sa prétendue inclination pour la réforme.

L'origine de la crise institutionnelle qui sévit actuellement est le symbole parfait des valeurs extrêmement rétrogrades qui habitent les ayatollahs. Il y a quelques semaines de cela, le Parlement, où les réformateurs sont en effet majoritaires, a voté la loi suivante: le mariage des jeunes filles de moins de 13 ans est interdit. Qu'ont fait les gardiens des inepties coraniques? Ils ont invalidé la loi en question pour non-conformité avec le principe de préséance du religieux. Effet net et immédiat de cette prise de position: on peut continuer à marier des gamines de neuf ans. Car on combat ainsi «l'immoralité» qui distingue «nos adolescents».

Après avoir menacé de démissionner plus tôt cette semaine, la moitié des membres du cabinet Khatami et quatre vice-présidents ont amorcé une nouvelle étape hier. Ils ont remis leur démission en bloc en conditionnant l'application de celle-ci. Si le Conseil des gardiens de la Constitution ne révise pas de fond en comble la liste des candidats écartés, ces démissions seront effectives. De fait, si cela s'avère évidemment, le président Khatami sera dans l'obligation de les imiter. Sa crédibilité sera trop diminuée pour qu'il demeure en poste. À moins qu'il ne décide enfin d'en découdre avec les potentats qui étouffent l'Iran. En attendant la suite, cette histoire prouve encore une fois que la démocratie n'est pas soluble dans le Coran.

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