La pensée magique

La conférence de Paris sur les changements climatiques est lancée, à la fois chargée d’espoirs en amont, porteuse de déceptions en aval, et pourtant nécessaire vu les enjeux en cause. Mais outre le fait de négocier, il faudrait aussi que les gouvernements soient plus pédagogues, en réponse au scepticisme de leurs populations. Québec, Ottawa, faites des efforts !


Les citoyens sont d’une grande constance, exacte description de ce qu’en font les politiciens : ce qui les préoccupe vraiment, directement, absolument, c’est l’économie. À preuve, un sondage Léger de la dernière campagne fédérale. Au nombre des préoccupations des Canadiens, trois se détachaient nettement : relance de l’économie, aide à la classe moyenne, création d’emplois. La lutte contre les changements climatiques ? À 15 % d’appuis, cela l’amenait en milieu de liste ; devant la lutte contre l’intégrisme, mais derrière le maintien de Postes Canada et au même niveau que la réforme du Sénat. Les choix des Québécois reflétaient le même alignement.

S’étonnera-t-on dès lors qu’un autre sondage, révélé par Le Devoir vendredi, montre qu’une majorité de Canadiens ne ressent pas d’urgence dans le dossier des changements climatiques (55 %), sont peu informés sur le sujet (60 %) et ne veulent pas ou très peu payer (65 %) pour changer leurs habitudes énergétiques. Bref, pour avancer sur ce dossier fondamental, les élus doivent y mettre de la volonté plutôt que du populisme. Cela signifie savoir s’adresser à la population en vulgarisant le propos. En dépit des craintes pour l’économie, en dépit des échecs, il y a quand même des raisons pour lesquelles les négociations multilatérales, entamées au Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992, se perpétuent entre 195 États du monde.

Nos gouvernements, et les délégations sont importantes, se retrouvent donc à la conférence de Paris, dite COP21 : Québec en est avec enthousiasme, tout comme Ottawa qui, avec Justin Trudeau, y effectue son grand retour. Mais qu’en est-il de nous ? Nous, populations à qui vendredi on assénait des chiffres en roulant des mécaniques, sur la foi de données pourtant fragiles.

Ainsi, le gouvernement Couillard a diffusé un communiqué pour vanter son ambitieuse cible de réduction des gaz à effet de serre : 37,5 % sous le niveau de 1990 en 2030. En soi, rien de neuf : on a réannoncé ce qui avait été présenté à la mi-septembre — il est vrai que l’environnement implique aussi du recyclage… Or pour atteindre cette cible, il faudra un plan bien plus réaliste que de faire passer en cinq ans le nombre d’autos électriques de 7300 à 100 000 sur les routes du Québec. Un plan plus précis aussi que le recours au marché du carbone, « fer de lance de l’action gouvernementale en matière de lutte contre les changements climatiques », comme le décrit le gouvernement alors que le coût réel de la facture pour le Québec reste nébuleux. Il faudra cesser également de faire croire qu’on agit alors qu’une partie de la réduction actuelle de GES est due à la fermeture d’usines et non à un contrôle volontaire des émissions.

Quant à Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau double l’aide promise par les conservateurs aux pays en développement pour faire face aux changements climatiques, l’amenant à 2,65 milliards sur cinq ans. Bravo, mais l’engagement annuel attendu du Canada est de 4 milliards en 2020. Objectif maintenu ! répondent les libéraux. Qui comblera le reste ? Le secteur privé, qui devra fournir un effort quatre fois plus grand (3,2 milliards) que celui du gouvernement (800 millions). Comment les incitera-t-on à contribuer, au bénéfice d’autres pays en plus ? Mystère. Ou pensée magique. Ce qui n’aide en rien à rendre tangibles pour les citoyens les objectifs annoncés.

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8 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 30 novembre 2015 08 h 30

    Comment ?

    Comment la survie de sa propre famille et de soi-même ne pourrait-elle pas être en première position des préoccupations dans la tête des gens lorsque tout ferme, lorsque les salaires sont coupés et que bizarrement les seuls qui ne sont pas sur le bord de la porte sont les «cadres» ?

    Les «Conférences» ne donneront rien tant que le niveau d’eau ne montera pas dans les sous-sols de «ceux qui y vont». Et «ceux qui vont payer» sont ceux qui demeurent dans un deuxième étage, minimum. (Je commence à être singulièrement socialiste ce matin… étrange. Le niveau de moutarde rejoint peut-être mon nez. Que voulez-vous, j’ai tendance à tout additionner pour rendre un pronostic. Je ne fais pas dans le «sectoriel».)

    Les «distractions» fusent, mais y a quelque chose qui s'en vient. Je ne sais pas quoi, mais ça s'en vient.
    «Je le sent dans l’air, je le sent dans la terre…» (emprunté)

    PL

  • Yves Corbeil - Inscrit 30 novembre 2015 10 h 17

    Savoir mettre les choses en perspective au Québec

    Mme Boileau, vous avez manqué votre chronique. Il y a un journal qui parle d'une blessure ligamentaire au genou de Carey Price ce matin. Nous aurons probablement droit à des marches de solidarité autour des temples de Brossard et Montréal ainsi que soirée de prière à l'oratoire pour que le bon frère André fasse guérir Carey.

    La climature, les grévisses, les coupes à blanc et les cadeaux de Noêl aux autres tout cela va tomber dans la ''crack'' de la patinoire.

    Les seuls sur le spot au Québec, les docteurs trop payés si y réussissent pas à ramener Carey devant son filet.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 30 novembre 2015 13 h 42

      hihi jaune...mais c'est vrai...vraiment vrai, pour votre premier paragraphe.

      sniff...sniff...pour le dernier...

      Mais pour celui du milieu je n'arrive pas à trouver ...bling bling peut-être.

    • Yvon Bureau - Abonné 30 novembre 2015 15 h 16

      La dictarure du superficiel et du divertissement devra s'éfondrer un jour. Pour le mieux être des vivants et leur survie.

      Plusieurs criminels de l'environnement se retrouvent fort possiblement chez les évasioneux et les évitementeux fiscaux.

    • Yves Corbeil - Inscrit 30 novembre 2015 17 h 47

      Tous le reste va tomber dans l'oublie si vous voulez, les grèves de fonctionnaires, les coupes de fonds publiques partout et les cadeaux aux amis, plus rien d'autre que Carey aux manchettes.

  • Jacques Lamarche - Inscrit 30 novembre 2015 12 h 20

    Y a-t-il un problème?

    Loin de moi d'accabler le bon peuple qui est bombardé de publicité sur le hockey et des futilités. Le sujet de l'avenir de la planète n'est pas au goût du jour! La population se sent à peine concernée; les forces économiques, politiques et médiatiques, systématiquement, ne cessent de la détourner de cette menaçante et dérangeante réalité. Aux USA et au Canada, le virage nécessaire risque d'attendre alors que l'Europe est entièrement mobilisée! Pensée magique ou stratégie pour leurrer!

  • Benoit Toupin - Abonné 30 novembre 2015 14 h 11

    Changer les paradigmes...

    Pourrons-nous vraiment atteindre les cibles sans revoir, sur le plan individuel, notre relation, à l'automobile, à la consommation, à la propriété privée, à l'individualisme, à la nature? Accepterons-nous que l'État doive avoir les moyens et les ressources pour agir et que réduire l'État à son minimum n'est peut-être pas la voie à emprunter? Saurons-nous axer notre créativité vers la responsabilité environnementale.

    Les changements sociaux et comportementaux qui seront nécessaires ne peuvent survenir sans un sérieux effort de pédagogie et de coordination; saurons-nous écouter et mettre en pratique? Chacun de nous a besoin de savoir comment chaque geste influe sur les facteurs de changements climatiques. Tout l'ordre économique et structural de nos sociétés repose sur la consommation, la croissance et l'individualisme. Il faut que ces deux termes prennent dans notre imaginaire, un sens nouveau et naturel.

    Chaque collectivité (villes, villages) doit se réinventer et soutenir les besoins et les ressources à partager en terme de transport et services (ex: géothermie collective pour le chauffage des maisons, transport en commun, etc). Chaque employeur doit considérer tout ce qui peut être fait pour limiter les déplacements de ces employés et les opportunités d'approvisionnement les plus vertes, etc...

    Les années à venir offrent une belle opportunité de mettre un peu de coté l'individualisme et la consommation; plus de mise en commun, plus de science pour retrouver le sens, la valeur et le progrès que peut apporter les réalisations collectives et pour retrouver une meilleure équilibre entre ce que la terre peut nous donner et ce que nous y puisons.

    J'ai peur que les cibles et les plans d'intervention soignent les symptômes plutôt que le mal? Après tout, nos sociétés n'ont-elles pas pris l'habitude soigner les symptômes et de passer à autres choses?

  • René Bezeau - Abonné 1 décembre 2015 16 h 03

    Pas de doute, le capitalisme va tous nous tuer.

    Paris et tout ce beau monde les gouverments et les lobbys du système économique mettent tout en œuvre pour épargner les grandes fortunes mondiales. Le thème principal, "Empêcher l'extinction de l'homme sur cette planète sans toucher à la croissance économique". Et contrairement au Dôme, nous sommes pris dehors. La peur du changement est si forte, la même que celle évoquéee par les employeurs pour faire bouger de ses habitudes confortables. Y a pas de doute le capitalisme va tous nous tuer.