L'impatience populaire

Le gouvernement Couillard devrait méditer sur ce que le premier ministre lui-même a déjà constaté lorsqu’il était chef du Parti libéral du Québec, dans l’opposition : « Les Québécois n’aiment pas la chicane. » Aucune surprise, donc, qu’ils n’apprécient pas du tout la manière dont se déroulent actuellement les négociations du secteur public, et leurs répercussions concrètes.

La manière qu’a le gouvernement — c’est-à-dire par l’implacable président du Conseil du trésor, Martin Coiteux — de gérer les négociations est perçue négativement, peu importe que l’on soit francophone ou anglophone, de Québec, Montréal ou des régions. Au sein même des troupes libérales, plus du tiers des répondants en pensent autant, révèle le sondage Léger mené pour Le Devoir et Le Journal de Montréal. Chacun a compris que la confrontation à teneur idéologique soutenue par M. Coiteux dépasse le cadre du renouvellement d’un contrat de travail pour toucher directement bien des Québécois.

Quand le président de la CSN, Jacques Létourneau, affirmait cette semaine que non seulement le niveau de mobilisation syndicale rappelait les années 70, mais qu’en plus, « il y a un sentiment dans l’opinion publique de sympathie à l’endroit des travailleurs du secteur public », il se fondait sur les coups de klaxon et pouces en l’air manifestés devant les pancartes des grévistes. S’ajoutent maintenant les chiffres : l’appui donné aux syndicats est majoritaire, 51 % contre 28 % d’appui au gouvernement. Du rarement vu ! Même dans cette ville de Québec que l’on dit si à droite, la population se répartit quasi également entre prosyndicat et progouvernement.

La méfiance de la population envers l’austérité libérale, latente, se percevait de différentes manières depuis des mois. Ainsi, un sondage Léger de décembre dernier indiquait une insatisfaction envers le gouvernement qui était montée en flèche, même si prises une à une, les mesures de redressement budgétaire qu’il présentait étaient appuyées. Sauf qu’il aurait fallu ralentir le rythme pour permettre de comprendre si l’efficacité et les économies promises étaient au rendez-vous. Au fil du temps, les appels à couper avec mesure, sans aggraver les inégalités, sont venus de partout. Cela n’a changé en rien la marche à fond du train des libéraux, et les dégâts sont apparus.

L’année 2015 achève et on est toujours dans le tourbillon des coupes sans fin et du détricotage des services pour atteindre l’obsessionnel déficit zéro. La population ne suit plus. Plutôt que de souligner la « patience limitée » du gouvernement, M. Coiteux devrait s’inquiéter de l’impatience populaire. Tout coûte cher, oui, mais la déraison politique aussi.

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