Maux de bienvenue

Un premier avion amenant des réfugiés syriens au Royaume-Uni a atterri mardi à Glasgow. « Bienvenue en Écosse », titrait en une le quotidien local The National. La Grande-Bretagne doit accueillir un millier de réfugiés d’ici à Noël (sur un total de 20 000 sur cinq ans). Trois cents doivent débarquer en sol écossais au cours des prochaines semaines. Dans la foulée des attentats commis à Paris, la première ministre Nicola Sturgeon a appelé « les gens à ne pas laisser les terroristes gagner en nous divisant ».

Avec la peur — fondée — qu’inspire le groupe armé État islamique, il y a celle, non moins réelle, que les attentats du vendredi 13 instillent un peu partout dans la rue et les milieux politiques occidentaux un irrespirable climat islamophobe.

Parmi les jappeuses réactions de repli et d’intolérance, par ailleurs malheureusement prévisibles, il y a celle des républicains au Congrès américain, qui se proposent de présenter cette semaine un projet de loi visant à bloquer l’arrivée, annoncée par le président Obama, de 10 000 réfugiés syriens en 2016. Depuis samedi, une vingtaine de gouverneurs d’État américains ont exprimé des réticences à ouvrir leurs bras aux demandeurs, alors que Jeb Bush, candidat républicain à l’investiture présidentielle, a de son côté eu la bêtise sectaire, comme avant lui Stephen Harper, d’avancer le projet qu’il vaudrait mieux n’admettre que des réfugiés qui sont chrétiens…

En Europe, aux prises avec la plus grave crise migratoire depuis la Deuxième Guerre mondiale, l’écho des attentats est tel qu’ils semblent avoir le potentiel de mettre en péril le plan d’accueil et de répartition de dizaines de milliers de réfugiés, laborieusement négocié entre les membres de l’Union européenne au cours des derniers mois. En Pologne, le nouveau gouvernement conservateur du parti Droit et Justice, assermenté lundi, n’a pas tardé à instrumentaliser le bruit des Kalachnikovs et remettre en cause les engagements du gouvernement sortant d’accueillir près de 7000 réfugiés.

Plus crucial est ce qui se passe en Allemagne, où l’accueil massif de centaines de milliers de réfugiés avait déjà commencé à fissurer le consensus politique que la chancelière Angela Merkel avait réussi à sceller au sommet du pouvoir. Les attentats de Paris sont immédiatement venus creuser les tensions au sein de son gouvernement, tout en apportant de l’eau au moulin de l’extrême droite. « Où va l’Allemagne va le reste de l’Europe », pour reprendre le propos d’une journaliste berlinoise, lu dans le New York Times. Or, une sortie de crise en Syrie passe incontestablement par un large appui humanitaire. Il ne faut pas laisser les réactions xénophobes nous assourdir.

19 commentaires
  • Michel Coron - Inscrit 18 novembre 2015 03 h 02

    Le retour de Candide.

    Des désastres nous assaillent de toutes parts. L'hydre à mille têtes nous menace de partout. La peur s'est s'emparée des braves gens. On voit des kalachnikov à chaque coin de rue. Des avions crachent le freu . Encore un peu et pour tuer cette vermine, on ira les exterminer à coup de bombes atomiques.Bref, c'est la pagaille.
    Et nous là-dedans ? "Il ne faut pas laisser les réact ions xénophobes nous assourdir."
    Alors Candide , celui de Voltaire, nous dit : "Une sortie de crise en Syrie passe incontestablement par un large appui humanitaire." En d'autres mots, l'appui humanitaire qui mènera à une sortie de crise en Syrie consisterait à accueillir la population entière de la Syrie. Aucun doute: Il n'y aura plus de crise telle que décrite par M.taillefer dans la totalité de son article. Car, bien évidemmment, la bataille prendra fin , faute de combattants.
    Et Candide pourra s'écrier en disant"Tout va bien dans le meilleur des mondes".

    • Cyr Guillaume - Inscrit 18 novembre 2015 14 h 47

      Effectivement, vous avez bien cerner le problème. M.Taillefer et tant d'autres font preuve d'une naivetée, et d'un angélisme complètement déconnecté de la réalité. Les gens ont le droit de se poser des questions, et ont même le devoir de remettre les choses en questions.

  • Raymond Lutz - Inscrit 18 novembre 2015 08 h 01

    La peur, fondée? Non.

    Les attentats de Paris me révoltent mais ne déclenchent pas chez moi la peur de Daesh (la peur qu'il m'arrive la même chose à moi ou mes enfants).

    Mais j'ai tout de même peur... Peur de votre peur , vous tous, voisins, amis, beau-frères et confrères. Je desire m'entourer d'intelligence, d'amour et de raison. Pas de folie vengeresse.

    • Lise Bélanger - Abonnée 18 novembre 2015 10 h 02

      Il y a une différence entre la vengeresse et la précaution responsable.

    • Gilbert Turp - Abonné 18 novembre 2015 11 h 01

      Dans votre situation, la réciprocité commande-t-elle que vos amis, voisins et collègues aient tout aussi peur de vous que vous d'eux ?
      Cela semble bien irrationnel.

    • Raymond Lutz - Inscrit 18 novembre 2015 17 h 00

      M. Turp, c'est justement parce que je suis rationnel que l'extremisme ne me fait pas peur: j'ai plus de chance de mourir écrasé par un pont vétuste que sous les balles d'un fanatique et il en sera ainsi au Québec pour les prochaines décennies, immigration massive ou non. Pour la folie vengeresse, elle fait écumer la bouche de notre premier ministre (et je n'ose pas aller lire R. Martineau). Il n'y a rien de responsable là-dedans.

      Je note également qu'on traite ici les journalistes (et les commentateurs) de naïfs, d'irréalistes et de candides. Il y a beacoup de gérants d'estrade également. Pour votre édification, regardez "Syria's war: Who is fighting and why" https://www.youtube.com/watch?v=NKb9GVU8bHE Un constat est certain, sans la désintégration de l'Iraq suite à l'invasion US, l'Europe et le moyen-orient ne vivraient pas ce cauchemard.

  • Lise Bélanger - Abonnée 18 novembre 2015 08 h 56

    Si je vous lis bien, la généreuse Angleterre va accepter mille réfugiés et la généreuse Écosse trois cents.

    On est loin du 25 000 canadien et du 7 000 québécois.

    Si on considère les populations respectives, peut-on dire que les anglais et écossais manquent d'humanisme ou seraient xénophobes d'accepter si peu de réfugiés?

    • Cyr Guillaume - Inscrit 18 novembre 2015 14 h 48

      En effet, c'est encore une fois, une belle démonstration de culpabilisation de la part de cette gauche caviar, comme quoi deux poids, deux mesures comme toujours.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 18 novembre 2015 09 h 34

    A la guerre,comme à la guerre!!

    Lâchez-nous avec vos grandes considérations intellectualisantes.Il faut savoir mettre
    entre parenthèses,le temps qu'il faudra pour calmer le jeu,nos valeurs théoriques de
    non-discrimination.

    Parmi tout ces syriens en cavale,n'est-ce pas les chrétiens qui sont les premières vic-
    times des chasseurs de mécréants?Chrétiens de Syrie et d'ailleurs au Moyen-Orient?
    L'urgent besoin,le besoin urgent d'une terre d'accueille doit d'abord et avant tout s'a-
    dresser aux plus malmenés de cet exode.La logique classique de nos valeurs petits-
    bonhommes de chemins monte sur ses grands chevaux de principes lorsque nous évo-
    quons cette discrimination-positive;la logique quantique,quant à elle,propose plus de
    subtilité,plus de pragmatisme,plus de discernement tablant sur le moyen et le long-
    terme d'un "plan" d'accueil.

    Ne soyons pas les autruches de cette vaste tragédie...

    • Cyr Guillaume - Inscrit 18 novembre 2015 14 h 50

      Ah Monsieur que c'est bon de vous lire! Enfin quelqu'un qui le dit haut et fort! On à tendance a la censure des commentaires qui ne font pas notre affaire au devoir.

  • Colette Pagé - Inscrite 18 novembre 2015 09 h 36

    D'abord et surtout la qualité dans l'accueil des réfugiés !

    L'Angleterre accueillera 20 000 réfugiés sur 5 ans le Canada 25 000 d'ici janvier 2016. Ces chiffres démontrent à l'évidence la démesure de la promesse libérale qui souhaite accueillir à la va-vite ces réfugiés. Pour bien faire les choses il faut du temps et la qualité de l'accueil est souvent proportionnelle à la qualité de vie future des réfugiés.

    Tant de choses restent à faire et tant d'inconnus demeureurent : besoins en traduction, en éducation et en santé, logements, vêtements, nourriture etc.

    Dans le contexte, c'est comme si l'accueil des réfugiés était une course au plus grand nombre. Se pourrait-il que le nouveau PM soit déjà déconnecté de la réalité sur le terrain ?

    • Cyr Guillaume - Inscrit 18 novembre 2015 14 h 51

      Poser la question, c'est y répondre M.Gélinas.

    • Gilles Théberge - Abonné 18 novembre 2015 16 h 24

      En fait c'est une promesse électorale inconsidérée du parti libérel qui est à l'origine de cette aventure.

      Rappelone-nous il fallait à tout prix avoir l'air du «bon gars»... Et dire n'importe quoi!

      Et nous sommes obligés de vivre avec ses conséquences.

      Trudeau ne semble pas être en maîtrise de ses dossiers