Barrette sans textes

Améliorer l’accès aux soins. C’est l’objectif officiel du projet de loi 20 et des ententes avec les médecins, tant les omnipraticiens que les spécialistes, qui en ont découlé. Malgré l’adoption formelle de la loi mardi et l’annonce tout aussi formelle d’une entente vendredi, aucun texte final n’est disponible. Impossible, alors, de ne pas être sceptique ; surtout que les moyens évoqués s’apparentent à des voeux pieux.
 

Il y a longtemps qu’on attendait que la Fédération des médecins spécialistes du Québec et son ancien patron devenu ministre s’entendent. Le projet de loi 20 a été déposé il y a presque un an. Les omnipraticiens furent les premiers à conclure un accord avec Gaétan Barrette, au printemps 2015. Ils souhaitaient éloigner la perspective des quotas imposés de patients à inscrire et à traiter. Ils préférèrent en somme s’autodiscipliner en ayant une épée de Damoclès au-dessus de la tête, la loi 20. Le texte de l’entente avec les omnis réservait toutefois au moins une surprise : le retour des primes à l’inscription.

L’annonce de l’entente avec les spécialistes fut faite jeudi soir et a été célébrée par le ministre vendredi matin, alors qu’il allait subir une interpellation au sujet des frais accessoires à l’Assemblée nationale. Les deux sujets sont liés, estime la critique péquiste Diane Lamarre : « Étonnamment, dix jours après que le ministre a permis aux médecins de facturer des frais accessoires, l’entente avec la FMSQ promise depuis des mois est survenue. » Y a-t-il coïncidence ? Marchandage ? Par exemple la possibilité d’inclure dans les frais accessoires des « frais de bureau » contre une productivité et une disponibilité plus grandes ? Rien n’est impossible.

Nous ne pourrons vraiment juger qu’au moment où nous pourrons prendre connaissance des textes finaux. Or, dans ce dossier, plusieurs manquent cruellement. Le ministre se répand en points de presse et en interviews alors que ni les oppositions ni les médias ne peuvent lui demander des explications à partir des textes. Stratégie ? Il manque donc au moins trois textes. 1) Celui de l’entente avec les médecins spécialistes, encore indisponible vendredi soir. Pourquoi ? Il n’était pas encore approuvé par le Conseil du trésor !

Autrement dit, son contenu pourrait varier. Ce n’est donc qu’une entente de principe. Approuvée certes en assemblée extraordinaire par la FMSQ, mais pas par le gouvernement. Pourquoi toute cette communication par le ministre, vendredi ? 2) La loi 20 n’est pas disponible non plus ! Elle fut adoptée mardi, a même reçu la sanction royale le même jour, mais on nous promettait encore, vendredi soir, sur le site des Publications du Québec, que « le fichier sera disponible sous peu ». 3) Même indisponibilité de la liste des frais accessoires qui seront désormais permis ; et leur prix.

Autrement dit, le ministre ne peut pas crier victoire, comme il l’a fait subtilement en conférence de presse vendredi : « Vous pouvez le présenter comme ça : j’ai gagné mon pari. [Mais] j’ose plutôt dire que j’ai forcé les gens à changer d’approche. Et au mérite des gens qui sont en face de moi — parce que c’est quand même à leur mérite —, ils ont accepté d’aller dans cette direction-là. »

Un des seuls textes que nous ayons est celui du programme libéral électoral de mars 2014. Dans celui-ci, M. Barrette formulait la promesse d’offrir un accès rehaussé à la résonance magnétique, au scanneur et à l’échographie. L’engagement était clair : « Ces trois examens seront […] couverts par le régime public lorsqu’ils seront effectués dans les cliniques privées, et ce, dès 2014-2015. » Or, avec l’annonce de vendredi, seules les échographies en clinique privée seront couvertes dès 2016.

Lorsque mis devant ce rappel de promesse, le ministre a choisi le déni : « Je n’ai jamais annoncé que tout allait se faire en même temps. […] C’est ce que j’ai toujours dit », a-t-il déclaré alors qu’il s’agit manifestement du contraire de la vérité. Rappelons la promesse : tout devait être fait en 2014-2015… Du reste, comment fera-t-il pour remplir le reste de son engagement d’ici 2018 ? La portion « échographie » de celle-ci a déjà nécessité qu’il use du pouvoir exceptionnel qu’il s’est donné avec l’article 39 de la loi. Il manipulera une somme de 30 millions de dollars de l’enveloppe destinée aux spécialistes. Comment fera-t-il pour les autres éléments de sa promesse électorale ? Pour l’instant, tout est assez flou.

Flou, comme les quatre engagements des médecins spécialistes, qui s’apparentent à des voeux pieux. Certes, on promet d’améliorer grandement l’accès, et de diminuer les délais. Mais avec quel objectif ? Pour l’instant, rien de clair. « Je suis là dans l’intérêt des 8 millions de citoyens du Québec et non des 8000 médecins du Québec », a insisté M. Barrette vendredi. Espérons que les textes le confirmeront.

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5 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 14 novembre 2015 06 h 50

    C'est le style Barrette .....

    Ce ministre déteste tellement se faire critiquer et surtout par sa vis-a-vis Diane Lamarre qu'il attraque souvent avant qu'elle se prononce comme critique de l'opposition officielle ...... Ne pas produire de textes et faire ses annonces en se pétant les bretelles pour éviter les critiques est bien dans son style .... Il s'est distingué par son manque de transparance , son patinage avec les mots et son enflure verbale depuis qu'il est en poste ...... Lorsque Couillard nous promettait plus de transparence , il ne parlait surement de son ministre de la santé ......

  • Hélène Gervais - Abonnée 14 novembre 2015 07 h 21

    Vous avez pas l'impression ....

    qu'on se fait enfirouaper par Barette? en tout cas, moi j'ai cette impression-là. J'ai remarqué que lorsque les journalistes ou l'opposition pose une question un peu plus précise, ou qui va juste un peu à l'encontre de ce qu'il dit, oups, il fait passer le questionneur pour un emmerdeur en lui faisant remarquer soit qu'il a déjà répondu ou que l'autre ne comprend rien. En tout cas...

  • André Nadon - Inscrit 14 novembre 2015 09 h 41

    La nouvelle transparence

    Pourquoi voir les textes quand le ministre vous décline ce qui a été convenu lors de négociations à huis clos?
    Jamais il ne vous mentira sur des choses que vous pouvez contrôler. Mais il ne vous dira que ce qui fait son affaire, de sorte qu'aucune critique fondée sur autre chose que ses dires ne sera possible.
    Quand tout sera confirmé par écrit, il sera trop tard pour réagir et modifier l'entente.
    Ceux qui oseront le contredire seront taxés de menteurs.
    M. Barrette a carte blanche de la part du PM et peut donc faire ce qu'il veut et dire ce qu'il veut.
    Ainsi va la démocratie dans cette belle province!!!

  • Jean-François Trottier - Abonné 14 novembre 2015 10 h 12

    Faites-nous confiance!!

    Reprenons cette formule si chère à Patapouf premier du nom, faisons confiance. Pas besoin de savoir, évidemment "ils" font tout au mieux pour notre bien-être, c'est évident.

    Pourquoi être transparents alors que tout va bien, sauf évidemment les erreurs du passé qu'il faut corriger. En commettant les mêmes erreurs ? Voyons donc! Faites-nous confiance!

    Et puis c'est génial, Barette dit qu'il a gagné! Enfin nous avons un winner au gouvernement. On va pas se préoccuper de petites gens quand un ministre gagne tout de même. Et puis, tant les généralistes que les spécialistes sont d'accord, en fin de compte les seuls qui comptent dans le système, alors que demander de plus ?

    Je manque de mots. J'essuie discrètement une larme de bonheur et je regarde l'horizon au soleil naissant comme à la fin d'un film. Enfin, nous avons Barette!

  • Raymond Boily - Abonné 14 novembre 2015 14 h 33

    Barette et ¨sa¨ loi 20.

    Il n'est pas normal qu'un seul homme puisse décider de tout le système de santé. Il prend toutes les décisions et n'écoute personne. Il regroupe les CLSSS et nomme les membres de ces conseils d'administrations. Ce n'est certainement pas en interprétant les résultats des rayons xs, des écho- graphies, des résonnances magnétiques, etc, qu'il a appris à administrer. Il est tellement plein de lui-même qu'il croit être le seul à avoir raison. Couillard, pas plus brillant, le laisse faire sans rien dire. Il est sans doute juste pour tout le monde mais, plus juste pour ses amis. Ce n'est pas fort comme législateur.