Contraste frappant

Il ne serait que temporaire, le souffle d’air frais qui nous arrive d’Ottawa depuis l’élection d’un gouvernement libéral qui a été privé du pouvoir pendant une décennie et qui contraste avec l’atmosphère de plus en plus viciée qui règne à Québec.

Tout nouveau, tout beau, dit l’adage. Quoi qu’il en soit, l’arrivée de plusieurs jeunes ministres bien intentionnés à Ottawa force la comparaison avec la présence, à Québec, d’un gouvernement qui n’a eu qu’à profiter des erreurs de ses adversaires pour reprendre le pouvoir après seulement 18 mois dans l’opposition.

En excluant cette parenthèse à peine suffisamment longue pour élire un nouveau chef, le PLQ aura dirigé le Québec pendant 15 des 16 années qui se seront écoulées à la fin du présent mandat. C’est beaucoup plus qu’il n’en faut pour s’incruster dans les tapisseries du parlement !

L’arrivée de M. Philippe Couillard, en 2014, aurait pu être synonyme de renouveau. Il n’en fut rien. Au contraire, le nouveau chef a marché dans les pas de son prédécesseur avec encore plus de détermination, tant en matière de politiques budgétaires qu’économiques et sociales. Pour tout dire, les libéraux québécois sont restés « scotchés » aux préoccupations du passé alors que la conjoncture mondiale et nationale a beaucoup évolué depuis la crise de 2008.

Au chapitre des finances publiques, le seul objectif, pour ne pas dire la seule obsession du PLQ est l’atteinte du déficit zéro malgré une croissance anémique. Pour y parvenir, on est prêt à tout, à la manière des conservateurs de Stephen Harper.

À titre d’exemple, ce projet de loi du ministre Sam Hamad qui veut pénaliser les nouveaux bénéficiaires de l’aide sociale peu pressés de trouver du travail. Le problème des assistés sociaux de père en fils est réel et connu depuis longtemps. Il a même fait l’objet d’études et de réformes dans les années 1990, sans qu’on parvienne à l’endiguer. Pourquoi ? Parce que sa résolution exigerait un suivi individuel que l’État n’est pas plus en mesure d’assurer aujourd’hui qu’il y a 20 ans.

Cela n’a cependant pas empêché la baisse du nombre d’assistés sociaux de 536 000 à 438 000 depuis dix ans, essentiellement grâce à une conjoncture économique favorable. En somme, la motivation du gouvernement est simple : trouver 50 millions à l’aide sociale, point.

Autre exemple récent : l’entourloupette verbale du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, au sujet de l’universalité des soins de santé qui ne serait pas synonyme de gratuité mais d’équité, a-t-il fait valoir cette semaine à la radio. Ce qui justifierait que le projet de loi 20 adopté par l’Assemblée nationale exclut désormais certains services comme la vasectomie et légalise la facturation de « frais accessoires » par les cabinets de médecins, y compris lors d’examens essentiels comme la coloscopie.

L’universalité n’est peut-être pas synonyme de gratuité, Monsieur le Ministre, mais l’accessibilité qui constitue une autre des cinq conditions de la Loi canadienne sur la santé interdit formellement toute « surfacturation » des soins assurés par la RAMQ sous peine de réduction de la contribution fédérale. Voilà un beau cas de confrontation possible avec le nouveau gouvernement Trudeau, qui aurait raison d’intervenir pour modérer la gourmandise des médecins. Ces mêmes docteurs dont la rémunération continue de grimper de façon excessive grâce à la complicité des ministres-médecins en poste à Québec depuis plus d’une décennie.

Pendant ce temps, des dizaines de milliers d’employés de l’État sont dans la rue pour protester contre la détermination de l’idéologue et président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, de s’attaquer à leurs conditions de travail, avec en tête cette obsession du déficit zéro à brève échéance.

Si au moins cette lutte acharnée contre le déséquilibre budgétaire annonçait le début de quelque chose de nouveau et de stimulant ! Mais non, puisque le seul objectif du gouvernement Couillard, comme celui du gouvernement Harper avant sa défaite, est de réduire les impôts en prévision des prochaines élections. Plutôt mince comme vision d’avenir !

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