Union nationaliste?

Il est facile pour les adversaires de la Coalition avenir Québec de se moquer de son changement de logo et d’optique. Mais s’il s’avérait être plus qu’une affaire de positionnement et de marketing politique, ce virage pourrait être porteur d’un certain progrès.

Avec son virage bleu et constitutionnel, la CAQ prête flanc aux railleries faciles. D’abord, on pourrait y voir un retour vers quelque chose qui n’a pas fonctionné : faire des demandes constitutionnelles à un ROC qui n’aura évidemment aucun intérêt à en discuter, voire à en prendre connaissance. Meech, Charlottetown, c’est bien loin, c’est fini. La dernière demande qu’un gouvernement du Québec a faite ? Jean Charest, en 2008, avait laissé entendre qu’il réclamerait le rapatriement de la culture. Une lettre à cet effet de sa ministre réclamant des discussions n’avait même pas reçu d’accusé de réception !

À première vue, donc, on dirait bien que nous avons affaire à une resucée condamnée à l’échec. Arrêtons-nous un instant sur l’aspect « resucée » : à l’automne 2008, le chef de l’ADQ, Mario Dumont, proclamait la levée du moratoire sur les questions constitutionnelles qu’il avait décrété une décennie plus tôt. L’ADQ réclamait notamment que le Québec soit reconnu comme nation dans la constitution et qu’il soit chargé de la perception de tous les impôts, etc. Nulle surprise : le président de la Commission politique adéquiste était à l’époque Stéphane Le Bouyonnec. Le même homme est aujourd’hui président de la CAQ.

Dans la resucée, on pourrait remonter encore plus loin. Le discours de François Legault, dont le slogan est « Le Québec d’abord », est un « sosie » de celui du dernier premier ministre issu de l’Union nationale, Jean-Jacques Bertrand. En mars 1970, dans un discours inaugural, M. Bertrand avait déclaré que les Québécois auraient bientôt « à choisir entre les “fédéralistes d’abord” […] prêts d’avance à accepter n’importe quelle condition pour maintenir les structures actuelles ; les “séparatistes d’abord”, prêts d’avance à lancer le Québec dans n’importe quelle aventure […] et les “Québécois d’abord”, qui cherchent à adapter les structures politiques aux meilleurs intérêts du Québec, plutôt que d’adapter le Québec à des structures prédéterminées ».

Depuis 1970, les troisièmes voies se sont toutes avérées… des voies de garage, l’UN en tête. Il serait facile de dire qu’il en sera de même de la nouvelle CAQ bleue. L’analyse de M. Legault est cependant juste à plusieurs égards : 20 ans après le second référendum, la souveraineté semble effectivement en déclin ; dans les années de polarisation souverainistes-fédéralistes, le Québec a perdu au change, en autonomie. Or le Québec comme nation et comme État fédéré pourrait continuer à perdre avec l’actuelle division des nationalistes, qui forment techniquement une majorité claire au Québec. Peut-être que le temps est venu de les réunir dans une nouvelle alliance qui redirait « le Québec d’abord » ? Une « union nationaliste » ? Les rieurs qui poufferont devant ce « retour à Jean-Jacques Bertrand » devraient s’interroger sur l’effet délétère que pourrait avoir la perpétuation d’une division des nationalistes. Notamment la « réélection presque perpétuelle du Parti libéral » de Philippe Couillard. Pour désigner ce dernier, « fédéraliste » n’est même plus la bonne étiquette. Un fédéraliste, logiquement, chercherait à « fédéraliser » ce Dominion que la nation majoritaire, le ROC, cherche toujours à transformer en pays unitaire. Le gouvernement Couillard est davantage anti-souverainiste et « canadianiste ». L’étrange lettre au style et à l’argumentation bancals, publiée en nos pages par le ministre des Affaires intergouvernementales, Jean-Marc Fournier, ne laisse présager rien de bon.

Cependant, « unir les nationalistes » semble être une tâche presque aussi impossible que de rapatrier des pouvoirs. Le sous-ensemble que forment les nationalistes souverainistes a lui-même un mal fou à se rassembler : plusieurs ont discuté dimanche à Longueuil d’une éventuelle convergence. Mais l’alliance électorale semble toujours impossible. Surtout avec une absence quasi totale de Québec solidaire.

Par ailleurs, François Legault est-il la bonne personne pour opérer le rassemblement des nationalistes ? Pour l’instant, cela ne semble pas le cas. Aux yeux de plusieurs nationalistes souverainistes, il est une sorte de traître. Pour les nationalistes non souverainistes, il est d’abord et avant tout l’ancien péquiste qui aura toujours l’ambition secrète, à la première occasion, de faire la souveraineté du Québec.

Avec son changement de logo et son projet constitutionnel nationaliste, M. Legault s’est au moins donné une substance qui lui manquait cruellement. Il lui faudra dans les prochains mois et années démontrer que tout cela ne relève pas que d’un positionnement, mais d’une réelle conviction politique.

32 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 9 novembre 2015 06 h 04

    L'an dernier, il ne fallait pas parler de cela avant 20 ans

    "Le fruit n’est pas mûr. Il ne le sera pas avant «10, 15, 20 ans». Le chef de la CAQ, François Legault, appelle le premier ministre Philippe Couillard à cesser de rêver au retour du Québec dans la famille constitutionnelle canadienne, et ce, à temps pour le 150e anniversaire de l'entrée en vigueur de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique (AANB), en 2017. "

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/422758/co

    • - Inscrit 9 novembre 2015 15 h 02

      Merci pour la recherche M. Grandchamp.

      Et Legault en rajoute, pour notre plus grand bien :

      […] «Moi je ne serai plus en politique quand on va être rendu là.»

      François Legault (1er novembre 2014) !

  • Jacquelin Beaulieu - Abonné 9 novembre 2015 07 h 16

    Tous ces efforts inutiles , monsieur Robitaille .....

    Monsieur Robitaille s'est donné toutes les misères pour donner un semblant de crédibilité a cette nouvelle CAQ qui se cherche .... C'était pénible a lire ce cheminement impossible vers cette union nationaliste .... Il est évident que monsieur Robitaille n'y croit pas une minute car son cheminement était des plus tortueux et sa pensée très opaque .... Ce qui se concoit clairement s'énonce aisément et ce n'était en rien le cas ce matin ....

  • Jean Lapointe - Abonné 9 novembre 2015 07 h 39

    Il ne faut pas se laissser abattre.

    «Le sous-ensemble que forment les nationalistes souverainistes a lui-même un mal fou à se rassembler.» (Antoine Robitaille)

    Ce n'est pas parce que les souverainistes auraient du mal à se rassembler qu'il faudrait se contenter de tenter de rassembler tous les nationalistes qu'ils soient souverainistes ou pas.

    Il est impensable que les souverainistes abandonnent leur projet. Ce serait faire preuve de lâcheté. Je doute fort que la majorité d'entre eux aient le goût de lâcher.

    D'ailleurs je ne vois pas très bien ce qu' un parti nationaliste non-souverainiste pourrait obtenir sans rapport de forces.

    Ce serait l'assimilation des Québécois à la majorité anglophone à plus ou moins long terme.

    Il faut continuer à viser l'indépendance quitte à échouer. Mais au moins nous pourrions être fiers de nous malgré tout du fait de l'avoir tenté.

    Il ne faut pas se laisser abattre à cause des difficultés actuelles. L'élection des «libéraux» à Ottawa est peut-être une chance pour nous contrairement à ce que certains Québécois semblent penser.

    Il ne faudrait pas rater l'occasion qui nous est peut-être donnée de faire avancer la cause.

    • Sylvain Lévesque - Abonné 9 novembre 2015 19 h 30

      M.Lapointe, je n'adhère pas à votre "viser l'indépendance quitte à échouer", car il s'agit selon moi d'un manque de confiance dans la validité du projet souverainiste. Tant qu'on insuffle de la vie à ce projet, il subsiste et ne fait qu'attendre son heure.
      Il y a trop de souverainistes à courte vue selon moi, qui ne voient la perspective d'une accession à l'indépendance que dans l'horizon de leur vie à eux. Lorsqu'il leur semble que ce projet n'est pas en voie de se réaliser de leur vivant, ils lâchent prise et déclarent que "tout est fini" (j'inclus la référence de Parizeau au "champ de ruines" dans cet état d'esprit).
      Tant et aussi longtemps qu'il y aura des souverainistes convaincus et vigoureux (comme vous M.Lapointe, et moi), ce projet demeurera actuel. Ce n'est pas une baisse d'intention exprimée dans une série de petits sondages saisonniers qui annoncera la disparition de ce courant de fond.
      Les seuls qui ont à gagner de déclarer une date de péremption à ce projet, ce sont les provincialistes.

  • François Dugal - Inscrit 9 novembre 2015 07 h 50

    Réponse prévisible

    La réponse prévisible d'Ottawa aux demandes de la CAQ est : non, no, ,niet, nein, nada.

  • Gilles Gagné - Abonné 9 novembre 2015 08 h 04

    Tergiversations caquistes?

    Pourquoi faudrait-il prendre au sérieux cet autre virage de la caq? depuis qu'il existe ce parti va dans toutes les directions dans l'espoir d'être pris au sérieux et son chef perd à chaque occasion un peu plus de crédibilité. Vous avez raison sur le fait que la caq ne se refera pas une beauté avec Legault à sa tête.