Sauver le fleuve

Denis Coderre avait eu ce mot juste avant de s’envoler pour la Chine, il y a une semaine : « J’ai confiance en la science, donc on va attendre le rapport. » On constate aujourd’hui que lorsque la transparence s’ajoute à la science, bien des crises peuvent être apaisées.

La crise, c’est le dossier du déversement, pendant quelques jours cet automne, des eaux usées de Montréal dans le Saint-Laurent afin de permettre la construction d’une chute à neige et réaliser des travaux d’égouts. Le maire Coderre est applaudi sur tous les fronts depuis son élection il y a deux ans, mais cette décision-là ne passe pas. Le dernier sondage Léger-Le Devoir-Le Journal de Montréal indique que c’est le seul dossier où les Montréalais, en majorité, s’opposent à leur maire ; celui « qui fait le plus mal à l’administration », selon le sondeur Jean-Marc Léger. Souiller volontairement le fleuve ? La population ne comprend pas.

Mais pour comprendre, encore faut-il savoir. L’affaire a été traitée par la Ville comme un enjeu local, un problème administratif dont on ne parle pas sur la place publique… jusqu’à ce que les journalistes s’en mêlent. Et l’interlocuteur de la Ville était alors le ministère fédéral de l’Environnement sous contrôle conservateur, royaume de l’obscurantisme et des scientifiques muselés. La ministre sortante, Leona Aglukkaq, aurait-elle rendu public le rapport qu’elle avait commandé sur le sujet à trois experts indépendants ? Non. Aurait-elle envoyé des fonctionnaires le présenter aux journalistes ? Surtout pas. Et la méfiance aurait persisté.

Mais l’ère Justin Trudeau vient de débuter, et la parole se libère. La population a donc maintenant accès à un document clair, de 24 pages, qui fait voir le dilemme dans lequel est plongée la Ville : ne pas toucher à de l’équipement vétuste susceptible de causer des déversements accidentels ou programmer soi-même un déversement ? Va donc pour la planification. Mais a-t-on bien prévu les mesures de mitigation ? Non, il est possible de mieux faire, et le rapport d’experts contient toute une série d’observations, tançant même la Ville pour les raisons « sommaires » ou « simplistes » qu’elle invoque pour rejeter certaines mesures.

Surtout, le rapport souligne à gros traits le manque d’informations quant à l’impact du rejet d’eaux usées dans le Saint-Laurent et ses bassins versants — qui se pratique pourtant à la grandeur du Québec. Nous ne savons pas encore ce que la nouvelle ministre libérale de l’Environnement, Catherine McKenna, décidera dans ce cas-ci, mais il est clair que le fleuve manque d’attention et que, cette crise nous le révèle, cette situation n’a plus aucun sens. La Coalition Eau Secours ! réclame un ombudsman de l’eau : c’est une fort bonne idée. Parce qu’on est en 2015.

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