Savoir se parler

Dans la succession des rendez-vous manqués, ou mal enclenchés, qui marquent depuis des décennies les rapports entre blancs et autochtones au Canada, on peut ajouter la rencontre de mercredi matin entre le premier ministre Philippe Couillard et des représentants des Premières Nations dans la foulée des révélations sur le comportement de policiers à Val-d’Or.

Les discussions se poursuivant, on ne peut parler d’échec. Reste qu’à l’issue de l’entretien avec M. Couillard, le chef cri Matthew Coon Come bouillait visiblement, le chef de l’Assemblée des Premières nations Ghislain Picard a employé les mots « profilage racial » et Joe Norton, chef mohawk, a poussé Québec à assumer son leadership : « N’attendez pas que quelque chose se passe au niveau fédéral. »

M. Couillard, entouré de deux ministres et d’un député, a pourtant fait des annonces : investissements, bienvenus, pour aider la communauté autochtone de Val-d’Or ; réorganisation du bureau de la Sûreté du Québec là-bas ; nomination de la professeure Fannie Lafontaine comme observatrice indépendante de l’enquête policière menée dans la foulée des révélations de l’émission Enquête

Mais la demande principale des autochtones, celle d’avoir une enquête indépendante sur leurs rapports avec les corps policiers, a été renvoyée dans la cour d’Ottawa. La nomination même de Mme Lafontaine, spécialiste des droits de la personne, a été assombrie par une fuite et certains murmuraient qu’ils auraient préféré quelqu’un de la communauté.

Sans oublier les enjeux plus structuraux : tout l’arrière-fond de la crise de Val-d’Or ramène à cette misère qui naît de la dépossession. Pour les détails, prière de relire les 4000 pages du rapport Érasmus-Dussault paru en 1996 et découlant de la crise d’Oka. On y proposait un plan sur 20 ans pour sortir les autochtones de leur scandaleuse marginalité. Vingt ans ont presque passé, bien peu bouge et les crises éclatent toujours.

Les « paix des Braves » sont pourtant possibles, cela s’est vu sous différents gouvernements au Québec, mais il faut d’abord l’échange pour qu’arrive la confiance. Mercredi, le gouvernement libéral n’a pas lancé le dialogue attendu sur les enjeux qui sont de son ressort. Dommage, elles sont si rares, les rencontres de grands chefs dans l’agenda d’un premier ministre…

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9 commentaires
  • P. Raymond - Inscrit 5 novembre 2015 07 h 31

    Le valet de province

    Égal à lui-même et s’étant vu forcé de faire acte de présence le valet provincial a agi au meilleur de ses connaissances, acheter le silence avec l’argent dégagé par l’austérité qu’il nous impose.

    • Raymond Labelle - Abonné 5 novembre 2015 11 h 07

      Le mandat de la Commission fédérale annoncée (femmes autochtones tuées et disparues) n'est pas de faire une enquête indépendante sur les événements de Val-d'Or, ni même précisément sur les rapports entre les corps policiers du Québec et les autochtones.

      Le gouvernement fédéral n'a jamais demandé au Québec de pelleter sa responsabilité dans la cour de la Commission fédérale à venir. C'est Couillard qui s'en sert comme excuse pour noyer le poisson et ne pas prendre ses responsabilités.

      La venue éventuelle de la Commission fédérale n'est pas un prétexte valide pour ne pas faire une enquête indépendante québécoise.

      De plus, la Commission fédérale doit quand même être mise sur pied, siégera longtemps, a un mandat différent et plus large, et il faut prévoir un certain temps avant un rapport, même en prévoyant une volonté d’agir rapidement pour exercer ce mandat.

      Or, l’enquête sur Val-d’Or ou même une enquête élargie, ça presse plus que ça.

    • Raymond Labelle - Abonné 5 novembre 2015 11 h 07

      Le gouvernement Couillard se contredit. Il dit que le Bureau d'enquêtes indépendant ne pourra pas agir assez tôt car il n'est pas constitué, mais par contre il est près à attendre la Commission fédérale...

    • Pierre Fortin - Abonné 5 novembre 2015 11 h 40

      Encore une fois, Phillipe Couillard invente une raison pour ne rien faire. L'enquête que lancera peut-être le fédéral sur les femmes autochtones tuées ou disparues ne pourra pas se pencher sur l'administration de la SQ qui est de juridiction provinciale.

      Le chef du Parti libéral — qui n'a pas encore assumé son rôle de Premier ministre de tous les Québécois — espère une fois de plus nous endormir, allant même jusqu'à prétendre être celui des Premiers ministres du Québec qui est le plus à l'écoute des Premières Nations.

      Du vent!

    • Raymond Labelle - Abonné 5 novembre 2015 13 h 36

      Correction. "prêt" à attendre la Commission fédérale. Misère!

  • Hélène Gervais - Abonnée 5 novembre 2015 07 h 58

    Ce n'est pas payant pour lui...

    Les autochtones n'ont pas beaucoup de pouvoir, pas encore du moins, mais ça viendra j'en suis certaine. Ils se tiennent de plus en plus debout, et de plus en plus de blancs aussi avec eux, et un jour nous entendrons parler de ceux qui réussissent, ou qui s'en sortent, pas seulement de ceux qui sont malpris. Mais il y a beaucoup de chemin à parcourir, surtout pour les Algonquins, qui n'en finissent plus de souffrir et d'être mal pris.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 novembre 2015 09 h 34

    Le dialogue attendu


    je ne vois pas d'indice probant que « le gouvernement libéral n’a pas lancé le dialogue attendu sur les enjeux qui sont de son ressort », ni dans l'éditorial, ni dans l'article de monsieur Nadeau. Sans doute parce qu'il ne me saute pas aux yeux qu'un « gouvernement libéral » serait par nature incapable de tout dialogue, alors que les habitués des commentaires n'en finissent plus de n'être donc pas étonnés de l'ignoble manière dont Couillard s'est comporté.

    Comme ils ne s'étonneront pas que je soumette que notre gouvernement (élu par une minorité à peine plus grande de citoyens que le précédent, dont la légitimité n'a jamais été mise en cause) n'a pas du tout à s'excuser d'avoir dépensé des fonds publics au soutien de la population autochtone de Val d'Or. Ni auprès de ces gardiens de la bonne vertu venus dire que ce n'est que de la poudre aux yeux, ni de cet ancien chef amérindien qui semble ne s'être invité que dire qu'en somme le gouvernement n'aide les gens de Val d'Or que pour continuer à nier des problèmes plus « généraux ».

    Je croyais pourtant avoir entendu que le PM n'excluait pas d'autres initiatives québécoises mais qu'il voulait, le cas échéant, qu'elles soient coordonnées avec l'enquête promise par le nouveau gouvernement fédéral. Quand on veut un dialogue, on ne fait pas que réclamer sans s'abaisser à remercier qu'on nous ait simplement rendu une infime fraction de notre dû. On écoute, aussi. On présume de la bonne foi de son interlocuteur. Il n'est pas nécessaire d'être un libéral fini pour déplorer que nos bons chefs amérindiens ne monnaient pas à si bon compte l'estime qu'ils réservent aux gouvernements. À moins d'un angélisme qui sert très opportunément la détestation qu'on voue au nôtre. Bien sûr bien sûr...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 5 novembre 2015 11 h 54

      @rmd
      Vos... je ne, ne pas...,trop fréquents dans votre commentaire, rendent sa lecture drôlement compliquée .Un peu plus de concision, de précision nous aiderait à mieux vous entendre ou ...comprendre.

      Vous semblez être un partisan condescendant présumant ...de bien des choses...Peut-être, l'absence de virgules !
      Pas sûre, pas sûre...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 novembre 2015 13 h 46

      @NDS
      puisque vous vous donnez la peine de lire mes commentaires, je tâcherai de prendre en compte vos utiles suggestions. Merci.