Deux ans plus tard

Denis Coderre célèbre ce mardi le deuxième anniversaire de son élection à la mairie de Montréal. Plusieurs doutaient à l’automne 2013 de sa capacité à faire le passage de la scène fédérale à la scène municipale. Deux ans plus tard, il se révèle à l’aise dans ses nouveaux habits. De ce fan de baseball, on dira que sa moyenne au bâton est bonne.

 

Denis Coderre, c’est d’abord un style qui tient à sa bonhomie. Un clin d’oeil ici, une blague par là, le tutoiement spontané, bref, la simplicité faite maire. Toujours disponible, il ne demande rien d’autre que de régler les problèmes des Montréalais. L’omnimaire, comme il fut déjà appelé, est de tous les dossiers, au point de laisser croire qu’il n’y a à l’Hôtel de Ville que lui. Le contraste avec ses prédécesseurs immédiats est frappant.

Ce que Denis Coderre a fait le mieux, c’est prendre la défense des Montréalais. Deux exemples récents à cela. D’abord, sa bataille pour faire reculer Postes Canada sur l’arrêt de la livraison du courrier à domicile. Bien sûr, il a pris plaisir à se transformer en as du marteau-piqueur. Sa mise en scène a eu de l’effet. Deuxième exemple: il a pris fait et cause pour les citoyens affectés par les projets de pipelines qui n’arrivaient pas à se faire entendre de Québec et d’Ottawa. Il n’a pas peur de parler haut et fort. C’est bien ainsi.

Sa volonté de bouger rapidement — il ne cesse de reprocher au maire Tremblay d’avoir par l’absence de décisions paralysé le développement de Montréal — lui fait commettre des erreurs. On ne lui reprochera pas l’énergie qu’il y met. Toutefois, sa précipitation l’a mal servi. Ce fut le cas avec le projet Pangea de Guy Laliberté à l’île Sainte-Hélène. Également avec les projets de transformation de la Maison Alcan et du carré Viger. Trois projets dans le domaine du patrimoine où son mot d’ordre était « on fonce ! » Il aura fallu une levée de boucliers pour le forcer à mettre la pédale douce. Il a révélé son manque de sensibilité à la protection du patrimoine montréalais.

Cette précipitation est sans doute la cause de la crise créée par le projet de déversement de huit milliards de litres d’eaux usées dans le Saint-Laurent. Il avait cru que nécessité fait loi. Le message n’est pas passé. Il n’avait pas mesuré le degré de sensibilité de nombre de Montréalais et de Québécois à la protection du fleuve. L’affaire a pris proportion de crise — sa première. Par contre, dans un domaine bien plus délicat, celui des relations de travail, tout est relativement calme. Même si le dossier de la réforme des régimes de retraite est explosif, il a su contenir les syndiqués, qui ont tenu des manifestations symboliques.

Fin politicien qu’il est, il a formé des alliances pour se donner des rapports de force favorables. Minoritaire au conseil municipal, il a attiré dans ses filets plusieurs conseillers des partis d’opposition, dont le chef de Projet Montréal, et pu se constituer une majorité. Son alliance avec le maire de Québec lui a permis de faire avancer auprès du gouvernement l’idée d’un statut spécial pour la métropole. Il aura plus de pouvoirs. Restera à voir ce qu’il en fera.

Le talent de Denis Coderre ne changera pas la réalité, qui est celle d’une ville où tout est à faire et à refaire. L’éclatement d’une conduite d’eau vendredi, boulevard Pie-IX, rappelle que la priorité pour Montréal n’est certainement pas le retour des Expos, mais la réfection de toutes les infrastructures, négligées depuis des décennies pour financer les projets grandioses d’un maire mégalomane. Le retard à rattraper est considérable, et il ne pourra que s’aggraver si on n’y met pas tous les efforts. Cela est sans doute moins enthousiasmant pour les politiciens. Ce qui est sous terre n’est pas visible. Néanmoins, c’est sur cela que l’administration Coderre devra être jugée dans deux ans.

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