Rien de drôle

Étrange élection que celle qui vient de porter à la présidence du Guatemala le comique Jimmy Morales. L’homme de 46 ans est sans la moindre expérience politique, connu principalement pour les personnages de sots qu’il incarnait dans ses émissions d’humour à la télévision. La combinaison de ces deux traits a apparemment fait son charme auprès des électeurs.

Les ressorts de sa victoire avec quelque 67 % des voix sont assez faciles à déterminer. Elle est résultat d’une saison politique extraordinaire dans la vie des Guatémaltèques, marquée par tout un été de manifestations de masse contre la corruption qui empoisonne le pays. À ce point efficace aura été cette mobilisation populaire que, début septembre, elle aboutissait à la démission, puis à l’emprisonnement du président sortant Otto Pérez Molina, accusé avec plusieurs autres bonzes du régime d’avoir empoché des dizaines de millions de dollars relativement à un scandale de détournement de droits de douane.

L’élection de M. Morales est venue traduire la profondeur du dépit qu’inspire aux gens la classe politique traditionnelle. « Ni corrompu ni voleur » était son slogan. Pour avoir surfé sur cette vague d’indignation dans le rôle de l’outsider intègre et sauveur, dont bien des Guatémaltèques ne sont probablement pas dupes, le défi l’attend maintenant de répondre aux besoins de justice, qui sont immenses dans ce petit pays où les écarts de revenus sont scandaleux, où plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté, où près de 50 % des enfants souffrent de malnutrition chronique, où la violence criminelle fait 6000 morts par année et où les systèmes de santé et d’éducation publics sont en lambeaux.

Comment s’y prendra-t-il pour répondre aux attentes ? Il est resté fort vague. Ensuite, si M. Morales est novice en politique, cela n’en fait pas l’outsider qu’il prétend être, dans la mesure, fort inquiétante, où le parti qui l’a présenté, le Front de convergence nationale (FCN, de droite), a été créé par des membres de l’Association des anciens combattants du Guatemala, dont font partie des officiers d’extrême droite accusés de massacres pendant la guerre civile qui a fait plus de 200 000 morts entre 1960 et 1996. Où trouvera-t-il donc le courage de s’attaquer à l’impunité dont bénéficient toujours les militaires soupçonnés de crimes contre l’humanité ?

Enfin, son parti n’a obtenu que onze sièges dans le Parlement, qui en compte 158. Ce qui l’obligera à composer avec les partis corrompus qu’il a dénoncés. Il sera facile à faire plier.

Par ailleurs partisan de la peine de mort et opposé à l’avortement, il est difficile, bref, de voir en lui la promesse d’un véritable réformateur. Les mouvements sociaux promettent de le tenir à l’oeil. C’est la seule chose à faire.

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1 commentaire
  • Marie-Claude Delisle - Inscrite 28 octobre 2015 13 h 22

    Un humoriste au pouvoir

    C'est «Tout Le Monde en Parle» qui doit être content...