La bulle Dean

On attendait Howard Dean, on a eu John Kerry, sénateur du Massachusetts, suivi de John Edwards, sénateur de la Caroline du Nord. Les démocrates de l'Iowa ont créé la surprise en bouleversant le tableau des favoris à l'investiture. Si les jeux sont loin d'être faits, il n'en reste pas moins que l'étoile de Dean a passablement pâli. Durablement? C'est bien possible.

Tous les sondages antérieurs à celui communiqué dimanche par la chaîne NBC prédisaient que les caucus de l'Iowa se concluraient par une finale opposant le vétéran représentant du Missouri Dick Gephardt à l'ex-gouverneur du Vermont Howard Dean. Le dernier en date de la série, soit celui de NBC, annonçait un résultat d'autant plus serré qu'on s'attendait à ce que les quatre concurrents se disputent jusqu'à la dernière minute les faveurs des électeurs de cet État.

La grande nouvelle de ces caucus réside tout entière dans ce revers de fortune infligé à Dean. Que s'est-il donc passé? Dean a beau avoir surfé sur le dossier irakien pendant des mois et des mois, il n'a pas convaincu les électeurs qu'il avait plus d'étoffe et d'expérience que le vétéran du Vietnam Kerry, qu'ils jugent donc plus apte à combattre Bush sur le front de la sécurité nationale.

Ensuite, pour avoir capitalisé presque exclusivement sur l'Irak, Dean a délaissé les sujets domestiques sur lesquels le jeune Edwards s'est longuement étendu. Ainsi donc, les personnes sensibles à tout ce qui concerne la lutte au terrorisme et la sécurité ont préféré Kerry pendant que celles plus portées sur les dossiers de la santé, de l'éducation et du chômage, entre autres, ont été séduites par le discours d'Edwards. En un mot, Dean s'est fait doubler sur tous les flancs.

Dans les jours qui viennent, on suppose que tous les concurrents, Dean en particulier, vont longuement méditer la vaste étude commandée par le duo Washington Post-ABC. Et notamment ce constat: Saddam Hussein ayant été capturé, les Américains, dans une proportion de 58 %, souhaitent que la prochaine administration accorde la priorité à l'économie plutôt qu'à la lutte au terrorisme (39 %). Et quel parti, selon les Américains, est plus susceptible de répondre à leurs attentes? Le démocrate.

En vue des primaires de la semaine prochaine au New Hampshire et du 3 février, Dean est dans l'obligation de recentrer son discours s'il veut poursuivre le combat. Il devra également mettre une sourdine à cet excès d'enthousiasme qui parfois lui joue de mauvais tours. À preuve, son comportement d'avant-hier soir.

Ceux et celles qui ont suivi la retransmission des discours des candidats auront certainement noté que, pendant que Dean déclinait les noms de tous les États des États-Unis où il allait l'emporter, Kerry s'est employé à communiquer son programme au plus tôt, volant ainsi un temps d'antenne précieux. Kerry a beaucoup dit, là où Dean n'a rien dit. À dire vrai, on sait beaucoup mieux comment Kerry, et non Dean, entend battre Bush.

Le parcours effectué par Kerry au cours des trois dernières semaines ainsi que sa prestation télévisée de lundi soir pourraient bien remettre les pendules à l'heure qu'elles affichaient il y a un an: Kerry est favori. Quant à Dean, maintenant que sa bulle Internet s'est dégonflée, il est condamné à un travail minutieux sur le fond, le contenu.