Retour au monde

Il fallait voir mardi la pile de communiqués félicitant Justin Trudeau de sa victoire, communiqués pleins d’espoir et de rappels de toutes les promesses faites par le premier ministre désigné. Chacun s’attend à ce qu’elles soient honorées rapidement, quasi immédiatement. Nonobstant l’importance des enjeux nationaux ou locaux (ah ! les eaux usées de Montréal), c’est pourtant hors frontières que M. Trudeau doit d’abord marquer le coup.

Justin Trudeau, nouveau premier ministre, en a lui-même avisé avec force le monde entier mardi, devant ses partisans : le Canada est « de retour » ! Cela tombe bien, dans le mois et demi qui vient se succéderont de grandes rencontres internationales qui aborderont des enjeux de fond, ceux du siècle : sécurité, libre-échange, environnement. Même une réunion du Commonwealth est au programme, ravivant les liens avec la Couronne britannique, qui étaient si chers au premier ministre sortant, Stephen Harper.

Or, si Justin Trudeau se veut l’homme du changement — ce dont son approche et son ton résolument positifs témoignent —, sur bien des sujets, le flou règne. Cela est particulièrement frappant à l’international.

Toute la semaine, les délégations de 195 pays sont réunies à Bonn pour finaliser les préparatifs de la conférence de Paris contre les changements climatiques, dite COP21, qui se tiendra à la toute fin novembre. C’est la dernière rencontre officielle avant ce grand rendez-vous, on y négocie ferme, et la semaine s’est ouverte sur de vives tensions entre le Nord et le Sud.

Mardi, on parlait toutefois d’apaisement, parce que « nous avons réellement commencé à nous écouter les uns et les autres », a dit l’un des délégués. Mais aussi parce qu’arrivait enfin un écho différent en provenance du Canada : fini l’obscurantisme conservateur qui a rabaissé le pays au rang de très mauvais élève du monde ! Quelqu’un à qui parler, qui peut écouter, venait d’être élu. Le président français François Hollande, qui s’est entretenu mardi avec M. Trudeau, un entretien qu’il a qualifié de « chaleureux », signalait lui-même que le nouveau premier ministre voulait tout comme lui que la COP21 soit un succès. Quand on sait avec quelle détermination le gouvernement Hollande veut aller chercher une entente à Paris, il faut bien mesurer l’importance de cette déclaration.

Or, jamais dans la campagne électorale Justin Trudeau n’a fixé de cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Faire plus, faire mieux, certes, mais combien et comment ? Motus. Dans un mois, il lui faudra savoir. La COP21 n’est pas le rendez-vous des vagues promesses, et le Canada aura sur lui les yeux du monde entier. L’homme a beau être un interlocuteur sympathique, il ne peut arriver à Paris les mains vides. À ère nouvelle, engagement à prendre. Notre crédibilité est en jeu.

Autre enjeu qui dépasse les frontières et qui ne peut attendre : le sommet du G20 à la mi-novembre en Turquie, 10 jours seulement après la formation du nouveau cabinet Trudeau. Au menu : État islamique et Ukraine. Ce sera une nouvelle occasion de rompre avec l’approche conservatrice, comme promis par M. Trudeau. Sauf que cette fois, l’engagement pris par le Canada en Irak et en Syrie a plu à nos alliés. Comment dès lors se retirer sans mal de la coalition internationale, comme M. Trudeau s’y est engagé en campagne électorale ? Il évoquait mardi dans sa rencontre avec la presse (oh ! la nouvelle ère) une transition « responsable ». Il faudra vite préciser, de manière à bien placer quel rôle le Canada jouera désormais dans le monde au-delà des paroles généreuses. Même si, en soi, celles-ci soulèvent un vent de fraîcheur dont la symbolique n’est pas non plus à sous-estimer…

À voir en vidéo