Le prince des ténèbres

En tant que membre du Defense Policy Board, qui conseille le Pentagone sur une foule de sujets, Richard Perle est une éminence grise de la politique américaine. Après avoir convaincu l'administration Bush de s'attaquer à l'Irak, ce furieux avocat de l'action, ce croisé de la guerre préventive, propose que la France soit considérée comme un ennemi des États-Unis. Le surnom qu'on lui a accolé lui va comme un gant: le prince des ténèbres.

Il y a quelques mois de cela, le chroniqueur Thomas L. Friedman du New York Times avait estimé qu'il serait temps que la France soit considérée comme un ennemi des États-Unis. L'affirmation avait provoqué son lot de réactions positives comme négatives. Sans plus. Avec Perle, il devrait en être autrement. Car si les écrits de Friedman ont une certaine influence, celle-ci ne se compare pas avec le poids ou la taille de celle de Perle. En effet, le pouvoir d'influence de ce dernier se double d'un pouvoir décisionnel du reste imposant. En plus d'avoir ses entrées au Pentagone, il préside le Council on Foreign Relations, donne un coup de main aux clients de la banque d'affaires Goldman Sachs, siège à un certain nombre de conseils d'administration d'entreprises dont Hollinger, en plus d'avoir l'oreille du président. Rien de moins.

Dans un livre — An End To Evil, chez Random House — qu'il vient de cosigner avec David Frum, l'auteur de l'expression «axe du mal» et collaborateur au National Post, Perle laisse entendre donc que toutes les relations qu'entretiennent les États-Unis avec la France s'articulent autour du concept d'ennemi. Parce que le gouvernement Chirac avait décidé d'user de son droit de veto à l'ONU, la patronne du Conseil de sécurité nationale, Condoleeza Rice, a convenu qu'il fallait «pardonner à la Russie, ignorer l'Allemagne, punir la France». Perle, lui, juge que ce sillon doit être creusé plus profondément. L'homme est sourcilleux.

Son projet? L'administration Bush doit exiger de chaque pays européen qu'il choisisse entre les États-Unis et la France. Elle doit soutenir sans compter la Grande-Bretagne afin que cette dernière observe une distance stratégique avec, au premier chef, le pays d'en face, soit évidemment la France. Elle doit contrecarrer la France sur tous les fronts afin de l'affaiblir. On en passe pour mieux souligner la furia impérialiste qui anime Perle et ses acolytes. Il faut peut-être préciser qu'outre Frum, le patron du Pentagone, Donald Rumsfeld, et son second, Paul Wolfowitz, partagent en tous points les vues de leur ami Perle.

Afin de s'assurer que les États-Unis seront libres d'agir à leur guise, Perle estime que la Charte des Nations unies doit être charcutée, histoire de faciliter, pour ne pas dire favoriser, l'usage de la frappe préventive. En bons apôtres de cette philosophie qui stipule que l'action doit avoir préséance sur la raison, ces néoconservateurs veulent avoir toute latitude pour frapper où et quand bon leur semble. Il serait peut-être temps de qualifier ces gens, si on a le souci de la précision, pour ce qu'ils sont: des fascistes! Ils abhorrent la démocratie, la différence. Dans l'esprit de Perle et consorts, l'autre est un déviant. Il est le mal qui doit être maîtrisé. Et le mal, ces observateurs serviles des thèses de Léo Strauss le voient partout. Pour eux, le monde est une jungle qui doit être domestiquée.

On savait que Perle, Rumsfeld et compagnie avaient pris possession de la Maison-Blanche, l'esprit de revanche chevillé au corps. On ne savait pas leur acharnement si maniaque. Et tout cela parce qu'ils ne supportent pas que la moindre de leurs actions fasse l'objet du sain questionnement. Dangereux!
1 commentaire
  • Marielle Lemieux - Abonnée 20 janvier 2004 03 h 12

    Aveuglé par le mépris

    On ne peut qu'être d'ccord à cause de la clarté de l'argument prenez le cas de la chaine cnn qui a enlevé la francais comme langue de publication, Il pourraient s'en prendre à nous, imaginez il y a un peu de francais en Amérique...la haine rend sourd et aveugle ,,..