Harcèlement

Une étude effectuée par un sociologue de l'UQAM, Angelo Soares, pour le compte du Syndicat des ingénieurs d'Hydro-Québec, nous apprend que 40 % des ingénieurs seraient victimes de harcèlement psychologique. Dire qu'on croyait qu'Hydro-Québec était une entreprise offrant un environnement de travail exceptionnel, voilà qui vous déboulonne un mythe!

Cela dit, avant de conclure à la nécessité d'une enquête publique sur ce scandale, regardons l'étude d'un peu plus près. D'abord pour constater qu'il ne s'agit pas d'un échantillon scientifique puisque 469 ingénieurs, sur les 1400 que compte la société d'État — probablement les plus intéressés par la question — ont retourné le questionnaire pré-affranchi. Parmi eux, 187 ont signalé un ou plusieurs de la vingtaine d'indices de harcèlement proposée par l'enquête. Donc 13 % des 1400 ingénieurs.

Au premier rang des situations présentées, le choix de 37 % des répondants, on trouve l'affirmation «un supérieur a limité vos possibilités d'exprimer vos opinions»; au second rang, «des gens remettent en question votre jugement» (32,1 %); au troisième rang, «des gens parlent dans votre dos» (30,6 %); au quatrième, des gens «insinuent sans rien dire directement» (26,9 %); au cinquième, «d'autres personnes limitent votre possibilité de vous exprimer»; et au sixième, «des regards négatifs ou gestes qui ont un sens négatif».

C'est donc cela du harcèlement psychologique? Avouons qu'il est surprenant que seulement 187 ingénieurs se soient dits victimes. Dans n'importe quelle famille québécoise unie, le taux aurait frôlé 90 %!

Au bas de la liste de facteurs incriminants, choisis par une faible minorité de répondants, on trouve des comportements qu'on n'hésitera pas à considérer comme du harcèlement. «On criait après vous», «On vous faisait des menaces verbales», «des attaques par rapport à votre vie privée» ou «des gens disent que vous avez des problèmes mentaux».

En revanche, que certains aient répondu oui à l'affirmation «on ne vous donne plus de tâches» ou «des tâches qui n'ont pas de sens » ou encore «qui demandent moins de qualifications que vous en avez», ne peut-on se demander s'il s'agit toujours de harcèlement psychologique ou des effets pervers inhérents à ces grandes sociétés publiques où le nombre d'employés «tablettés» et sous-utilisés est directement proportionnel au régime de sécurité d'emploi et à la rigidité des normes dont les conventions collectives d'Hydro-Québec sont un parfait exemple? Plus d'émulation peut parfois conduire à plus d'insécurité, certes, mais aussi à plus de stimulation et de satisfaction au travail. Dans une entreprise où le changement est perçu comme un danger, tout ce qui bouge est susceptible d'être accusé d'agression contre la personne.

À la fin du mandat péquiste, le gouvernement a fait adopter un amendement à la Loi des normes du travail qui proscrit désormais le harcèlement psychologique. En théorie, voilà une bonne nouvelle. Mais la lecture de la recherche du professeur Soares soulève un doute quant à l'usage qui sera fait de la loi. Le harcèlement tue parfois, mais le ridicule, toujours pas!

jrsansfacon@ledevoir.ca