Réformons!

La fonction de lieutenant-gouverneur est le symbole par excellence de la sinécure, ce que Le Petit Robert décrit comme une charge rétribuée sans avoir rien — ou presque rien — à faire. Ce « presque rien » consistant essentiellement, à titre de représentant de la reine, à sanctionner les projets de loi et à assermenter le premier ministre et ses ministres, ce qui laisse beaucoup de temps libre dont Lise Thibault a plus que largement abusé. Abus pour lesquels elle vient d’être condamnée à 18 mois de prison.

Inutile, cette fonction, pour autant ? Non, car il faut bien qu’il y ait quelqu’un qui incarne l’autorité suprême de l’État. Quelqu’un qui tranchera si le peuple n’arrive pas à se prononcer clairement lors d’une élection sur le choix d’un gouvernement. Ce qui n’empêche que persiste au Québec un malaise à l’égard d’une fonction qui marque la sujétion de la province à l’État fédéral.

Les lieutenants-gouverneurs sont nommés par Ottawa, sans consultation avec les provinces, question de ne pas briser cette ligne hiérarchique symbolique d’un État fédéral qui leur est supérieur. Depuis 2012, un processus consultatif permet de rechercher des suggestions auprès de corps intermédiaires, à l’exclusion toutefois des gouvernements provinciaux.

Ainsi, le gouvernement Couillard n’a rien eu à voir dans la nomination il y a 10 jours de J. Michel Doyon, qui a pris ses fonctions en s’imaginant qu’il pourrait exercer un réel pouvoir de contrôle des élus. Cet avocat avait visiblement oublié ses cours de droit constitutionnel, car le droit de réserve à l’égard des lois votées par l’Assemblée nationale est depuis longtemps tombé en désuétude. Dans la page Idées ci-contre, Louis Massicotte lui apprend comment tenir sa place.

La constitution canadienne étant à toutes fins inutiles inamovible, les gouvernements québécois ont depuis 50 ans repoussé dans l’ombre les lieutenants-gouverneurs, rognant leurs budgets et leur personnel. Depuis longtemps, ils n’ont plus de résidence officielle, toutes choses que Lise Thibault a tenté de contourner par de fausses notes de frais. Aujourd’hui, la fonction s’en trouve plus que jamais dévalorisée.

D’une certaine façon, c’est tant mieux qu’il en soit ainsi. On arrivera peut-être à comprendre que la seule façon de redonner à cette fonction une réelle valeur et une réelle autorité serait de confier à l’Assemblée nationale la responsabilité de choisir son titulaire. Pas besoin de grande réforme constitutionnelle pour cela. Il suffirait que le premier ministre fédéral prenne acte et entérine le choix des élus québécois. Ce serait une façon de donner un sens à la reconnaissance du Québec comme nation et de moderniser l’État québécois.

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12 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 3 octobre 2015 07 h 42

    Pas d'urgence!


    Je ne crois pas que la réforme de la fonction de lieutenant-gouverneur soit d'une grande urgence! Je ne perçois pas de clameur populaire pour cette réforme! Inutile de brasser cete marmite!

    M.L.

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 3 octobre 2015 12 h 47

      Oui de grâce, ne brassez pas la marmite; il a suffi de soulever le couvercle pour donner la nausée à tout le monde.

      Si le petit nouveau qui nous brandit le spectre de ses pseudo pouvoirs veut patauger la dedans, c’est son affaire.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 3 octobre 2015 16 h 04

      La réforme de la fonction de lieutenant-gouverneur dans 100 ans, la durée de la Constitution de 1982 de PET?

      Pour M Lebel, il n'y a aucun bon moment pour changer quoi que ce soit à cette ignoble constitution enfoncée dans la gorge des Québécois contre leur gré lors de la nuit des longs couteaux.

      Comme pour le Sénat : quelle farce (coûteuse) que ce Sénat canadien! Son abolition n’aurait comme seul résultat : faire épargner 60 millions de dollars par année aux contribuables canadiens (donc 13 millions pour les Québécois).

      Le Conseil législatif du Québec ( ou Sénat québécois) a été aboli au Québec en 1968. Je n'ai jamais entendu qui que ce soit demander qu'on le ré-installe.

      L’abolition du Sénat canadien, quel beau placement ce serait pour nous et les générations futures!

      Vivement son abolition! Ce cirque qui a assez duré.

      Une autre farce coûteuse:

      En même temps, il y aurait lieu d'abolir le poste de Gouverneur Général, ce qui amènerait une économie supplémentaire de 100 M $/année. Cette fonction devrait "sombrer dans l’oubli". La royauté est d'un autre âge

      Et au Québec, il faut abolir la fonction de Gouverneur général, ce relent de colonialisme qui est un anachronisme pour l'ensemble du Canada, et une insulte constante pour le Québec. Idem, et a fortiori pour la fonction de lieutenant-gouverneur au Québec.

  • Jean Lapointe - Abonné 3 octobre 2015 08 h 08

    Ne serait-il pas temps de mettre fin à la monarchie canadienne?

    «Ce qui n’empêche que persiste au Québec un malaise à l’égard d’une fonction qui marque la sujétion de la province à l’État fédéral.» (Bernard Descôteaux)

    Il me semble que c'est plus qu'une fonction qui marque la sujétion de la province à l'Etat fédéral. C'est surtout une fonction qui illustre le fait que le Canada, et le Québec conséquemment, sont des monarchies, c'est-à-dire des Etats dont les peuples ne sont pas souverains parce que c'est le monarque qui l'est.

    Et le monarque actuellement c'est la Reine que l'on voit tous les jours sur nos pièces de monnaie.

    Pour nous Québécois qui sommes en majorité démocrates, la seule chose que nous pourrions faire pour que notre pays soit non pas une monarchie mais une république c'est de prendre les moyens nécessaires pour pouvoir nous déclarer indépendants le plus tôt possible.

    Nous oublions trop souvent que nous vivons dans une monarchie. C'est pourtant le cas avec toutes les conséquences que cela comporte.

    Ne serait-il pas temps d'y mettre fin?

  • Yves Corbeil - Inscrit 3 octobre 2015 08 h 33

    Abolition pure et simple

    En période d'austérité mais surtout le désintéressement général du Québec face à la monarchie au cours des dernières décennies. Les gens ne veulent même plus les voir ici donc les symboles monarchique cessons cette hypocrisie.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 3 octobre 2015 10 h 44

    Le Lt-gouverneur

    Qu'il soit nommé par une instance ou par l'autre, ça change pas grand-chose. En revanche, je lui ferais faire quelques tâches connexes. Je n'irais pas jusqu'à lui faire balayer son balcon, mais une charge utile qui éviterait à l'État-hôte d'engager des frais d'intendance et d'en faire une dépense inutile. Ou alors, aussi bien en faire une loto et en assurer l'administration par Loto-Québec.

  • Colette Pagé - Inscrite 3 octobre 2015 11 h 30

    Potiche royale !

    Si un référendum portait sur la suppression ou non de cette fonction, il est raisonnable de penser que le Québec contrairement au ROC voterait massivement pour le Oui.

    Cette fonction obsolète fondée sur le paraître n'a plus sa place dans un Québec moderne sans oublier que le montant de près du million consacré à son titulaire et à son cabinet pourrait être utilisé à de meilleures fins.

    Et si le Canada était un pays indépendant, il couperait ses liens avec la Couronne britannique. Terminées les photos de la Reine sur les timbres et les billets de banque et dans les ambassades et sur les murs du Parlement.

    Mais ne comptons pas sur le PM Harper qui adule la royauté comme si c'était une religion.