Discorde libérale

Depuis longtemps déjà, Paul Martin rêve de se débarrasser de Sheila Copps. Il n'y a aucun atome crochu entre ces deux politiciens. Après l'avoir écartée du cabinet, il espère maintenant qu'elle sera battue à la convention pour le choix du candidat libéral de Hamilton East-Stoney Creak. Il avait toutefois oublié que, poussée dans ses derniers retranchements, cette politicienne aguerrie peut mordre, ce qu'elle a fait en évoquant un éventuel passage au Nouveau Parti démocratique.

Ce n'est certainement pas un hasard si le chef du NPD, Jack Layton, a laissé savoir cette semaine qu'il avait eu un entretien avec la députée de Hamilton East. N'en pouvant plus de la mesquinerie de M. Martin à son endroit, Mme Copps souhaitait que cela se sache. Même si le congrès au leadership libéral est terminé depuis trois mois déjà, l'harmonie est loin d'être revenue au sein du parti. On avait déjà compris, lors de la formation du nouveau gouvernement, que Paul Martin n'allait faire aucun cadeau à ceux qui l'avaient affronté. On peut maintenant se demander si cela ne va pas plus loin et si, à travers le processus de nomination des candidats aux prochaines élections, on ne tente pas tout simplement de bâillonner l'aile progressiste du Parti libéral.

Il est pour le moins curieux que les deux députés qui sont les porte-parole les plus audibles de cette aile progressiste, Mme Copps et son collègue Charles Caccia, soient l'objet de cette vindicte qui consiste à leur opposer des adversaires lors de leurs conventions malgré le mot d'ordre de ne pas embêter les députés qui ont de fortes assises dans leur comté. Dans le cas de Mme Copps, cela va jusqu'à laisser le nouveau ministre des Transports, Tony Valeri, lui faire la lutte sous prétexte de remaniement de la carte électorale.

On pourrait trouver normal que Paul Martin veuille rompre avec le régime de Jean Chrétien en renouvelant le personnel politique. Les choix qu'il fait sont toutefois révélateurs de son désir de se doter d'une équipe homogène sur le plan idéologique. Si c'est le cas, le Parti libéral en sera affaibli. En écartant Sheila Copps, il se prive de la seule personne qui puisse incarner avec force la conscience sociale libérale.

Cette dispute sert bien le Bloc québécois et le NPD, qui y voient une confirmation de leur prétention selon laquelle le nouveau premier ministre est un conservateur sur le plan tant social que fiscal. Jack Layton s'est prêté au jeu de Mme Copps avec d'autant plus d'intérêt que plus le Parti libéral sera perçu comme un parti de centre-droite, plus le NPD pourra se rapprocher du centre. L'actualité l'a bien servi à cet égard puisque, cette semaine, M. Martin accueillait dans les rangs libéraux l'allianciste Keith Martin.

Le coup de griffe de Sheila Copps place M. Martin devant un dilemme difficile à trancher. S'il ne lui garantit pas son comté, elle quittera le parti. Au mieux, elle sera candidate indépendante, une voie que M. Caccia entend choisir. Au pire, elle passera au NPD, entraînant quelques partisans avec elle. Rien pour empêcher le Parti libéral d'être réélu, mais cela accroîtrait le degré de difficulté. Après tout, ces élections seront peut-être contestées plus vivement qu'on ne l'imagine.

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