Le temps le dira

Depuis 25 ans, les municipalités revendiquent plus d’autonomie, et surtout plus d’argent. Depuis 25 ans, Québec fait mine d’acquiescer en leur confiant de nouvelles responsabilités, sans pour autant délier les cordons de la bourse.

Grâce au « pacte fiscal » de quatre ans entériné par une majorité de membres des deux unions municipales, les villes du Québec récupéreront la plus grande partie des compressions de 300 millions imposées l’an dernier, par l’entremise de redevances sur les richesses naturelles, de la bonification du Fonds de développement des territoires et d’une révision de la péréquation.

De plus, les municipalités obtiennent l’engagement qu’une nouvelle loi les autorisera bientôt à décréter les conditions de travail de leurs employés en cas de blocage dans les négociations.

Les organisations syndicales sont sur un pied de guerre, surtout dans les grandes villes où l’actuel régime de négociations a permis de prendre une avance de presque 40 % avec le temps sur le secteur public québécois.

On comprend leur réaction, mais les leaders syndicaux savaient depuis longtemps qu’un jour viendrait où il faudrait corriger ces écarts de rémunération dont les contribuables municipaux font les frais.

Cela dit, même si la volonté de Québec d’accorder le pouvoir de décréter les conditions de travail en dernier recours aux élus municipaux semble ferme, il est loin d’être assuré que ces mêmes élus locaux seront plus sérieux et déterminés que par le passé lors des négociations avec leurs employés. Il est vrai que les syndicats municipaux ont toujours profité d’un rapport de force favorable pour arracher des conditions exceptionnelles, mais il est aussi vrai que les élus ont souvent fait preuve de manque de courage en cédant aux pressions syndicales pour éviter les conflits, la rupture des services et l’insatisfaction des citoyens.

Par ailleurs, il est aussi loin d’être certain qu’en restreignant le droit de grève auquel on aura substitué un quelconque mécanisme de médiation finale encore inconnu, cette future loi réussira le test des tribunaux. Pour ce faire, il faudra prouver que la formule choisie constitue un moyen efficace et surtout objectif de régler les différends sans passer par la grève, comme c’est le cas de l’arbitrage, par exemple. Faute d’une telle démonstration, les tribunaux jugeront la loi irrecevable en s’appuyant sur un arrêt récent de la Cour suprême qui a statué que la grève était un droit constitutionnel.

Derrière le pacte fiscal, il y a la volonté du gouvernement Couillard de réduire ses coûts en fournissant aux élus municipaux des outils supplémentaires… pour en faire autant. Dans un cas comme dans l’autre, seul le temps dira si les contribuables gagneront au change.

6 commentaires
  • Richard Bérubé - Inscrit 29 septembre 2015 06 h 49

    Dans la majorité des emplois on peut utiliser le privé!

    Il faut qu'il y est un équilibre raisonnable dans la rénumération d'emplois similaire dans la fonction publique, quelque soit le niveau de gouvernement. Au cours des années passées la force des syndicats a probablement jouée un très grand rôle dans les ententes signées avec les villes. Mais maintenant l'élastique est étiré au maximum et il faut contre-balançer cette force. Advenant une impossibilité d'entente avec les syndicats, il y a toujours la possibilité de remplacer ces travailleurs par le secteur privé...voyez-vous une différence entre payer vos taxes à la banque ou au guichet de l'hôtel de ville...à la banque, tes taxes ne servent pas à payer l'employé de la banque, même si un pourcentage minime sert de frais de transactions, que si vous payez à la SAAQ on vous charge....des fois juste des fois l'intèrêt du contribuable devrait passé en premier....

    • Sylvain Auclair - Abonné 29 septembre 2015 10 h 19

      Et ça coûtera plus cher...

    • Richard Bérubé - Inscrit 29 septembre 2015 13 h 29

      Vous en êtes certains monsieur Auclair, à voir les cols bleus ramasser les ordures comparé aux entreprises privées, je ne suis pas certain que la quantité receuillie à la fin du quart de travail soit équivalent...je ne dis pas que ce soit souhaitable, mais il y a une limite que les contribuables peuvent payer...

  • Bernard Terreault - Abonné 29 septembre 2015 07 h 55

    Autre facteur

    Comme me le disait quelqu'un qui a fait carrière comme fonctionnaire municipale syndiquée, tous les avantages dits marginaux (congés, assurances, pensions, etc.) qu'ils obtenaient par la négociation, les cadres les obtenaient automatiquement eux aussi, de sorte qu'ils étaient de tout coeur avec les syndiqués. Et comme les cadres municipaux sont le plus souvent des bons copains des élus, bien des élus se laissaient facilement convaincre.

    • François Beaulé - Inscrit 29 septembre 2015 09 h 23

      Tout juste. Syndiqués, cadres et élus s'entendent très bien et défendent ensemble leurs intérêts au détriment des contribuables.

  • Yves Corbeil - Inscrit 29 septembre 2015 10 h 29

    Si ça passe le test des tribunaux

    C'est vendu. Les citoyens ne cracheront pas sur des coûts réduits, la poche est toujours plus proche que la raison et les conséquences à long terme.

    Ouvrez les portes aux immigrants car le cheap labour sera la norme pour la suite des choses dans notre belle province canadienne. Le contrôle des salaires avec le support des tribunaux, le rêve devenu réalité pour l'establishement.

    Combiens d'années de combat syndicaux pour défendre les travailleurs balayé par une loi. Si on laisse passé cela, on ne prépare pas un beau future pour nos générations à venir.

    En connaissez-vous beaucoup des dirigeants justes et généreux avec leurs employés sans y être contraint un peu.

    Sommes-nous à ce point aveugle, je suis à la retraite mais je pense à ceux qui suivent et suiveront.