Prime et prétexte

Que se passe-t-il au caucus libéral ? Depuis que le premier ministre, en août, a nié vouloir s’adonner au sport extrême du remaniement ministériel, les démissions se multiplient. Les allocations de transition aussi. Le vétéran Robert Dutil (Beauce-Sud) s’est ajouté au groupe de lâcheurs précoces, mardi.

Évidemment, chaque démissionnaire a ses raisons personnelles. Mais dans les trois récentes, le « manque de défi » — euphémisme de « j’aurais voulu être ministre » — a joué. C’était explicite dans les justifications de Marguerite Blais et Gilles Ouimet ; et implicite dans celles de M. Dutil. Le voilà qui décide de revenir pratiquement au poste qu’il a occupé de 2002 à 2008 dans l’entreprise familiale, Canam. Une offre lui aurait été faite. Mais eût-il été ministre qu’il l’aurait assurément rejetée. Le soir de sa réélection, il s’imaginait clairement ministre : « De lourdes responsabilités […] vont nous incomber avec un gouvernement majoritaire. Ce ne sera pas facile et on aura beaucoup de travail à faire. Nous devons mériter la confiance de la population », déclarait-il à un journal beauceron.

La confiance, justement. S’ils veulent la regagner, les élus devraient au moins honorer le mandat qu’ils ont sollicité. On ne peut pas, tel Gérard Deltell, affirmer, un jour, la main sur le coeur : « Lorsqu’on brigue les suffrages, on sollicite […] un mandat de cinq ans, donc on s’attend à [ce que l’élu soit] là pour cinq ans »… et le lendemain, annoncer qu’on souhaite aller ailleurs renouveler de « nouveaux défis ». Même si l’on renonce à son allocation…

Justement, le départ de M. Dutil vient nourrir le débat sur l’« allocation de transition » à laquelle ont droit — en plus de leur régime de retraite — les élus de l’Assemblée nationale. Jusqu’à maintenant, seuls les quatre démissionnaires libéraux ont conservé cette allocation. Celle-ci a pourtant perdu toute légitimité avec le dépôt du rapport L’Heureux-Dubé sur la rémunération des députés. M. Dutil aurait dû y renoncer. Il a préféré en profiter pour faire un don dans sa circonscription, à une maison de soins palliatifs. Difficile de critiquer ce geste, si ce n’est pour dire qu’il s’agit d’une subvention déguisée qui rappelle son opposition à l’aide médicale à mourir.

Les oppositions s’insurgent malgré tout. Avec raison. Les libéraux, comme au temps où M. Dutil était leader de l’opposition, semblent inventer des obstacles à l’élimination de ces primes. Le rapport L’Heureux-Dubé doit être adopté en bloc (avec les augmentations de salaire qu’il implique) ou pas du tout. Beau prétexte.


 
14 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 23 septembre 2015 03 h 08

    Que se passe-t-il ?

    Les démissionnaires ne l'avoueront jamais, quoi-que-quoi-que ???, et beaucoup de journalistes feront leur beurre d'hypothèses aussi variées que compliquées, mais je suis convaincu que plusieurs libéraux sincères commencent à avoir assez honte de ce que fait ce gouvernement...
    Etre libéral ne condamne pas pour autant à trahir honteusement les siens et son mandat électoral...
    Voilà ce qu'il se passe enfin sous nos yeux (s'ils sont un minimum ouverts, bien entendu...)!

    Tourlou !

    • Yves Corbeil - Inscrit 23 septembre 2015 09 h 04

      Vous touchez un très bon point, sùr que ça ne doit pas être évident pour ceux qui ont une conscience, d'affronter leurs électeurs et leurs justifier le gâchis sociale de leur parti.

  • François Dugal - Inscrit 23 septembre 2015 07 h 39

    Solution de rechange

    Pourquoi le candidat qui a fini deuxième ne termine-t-il pas le mandat? On sauverait ainsi le coût de l'élection.

    • Yves Corbeil - Inscrit 23 septembre 2015 08 h 57

      100% d'accord avec votre idée, ça forcerait peut-être le gouvernement à faire quelque chose avant de perdre des comtés mais surtout sa majorité au pouvoir. Intéressant débat à faire sur le sujet.

    • Yvon Bureau - Abonné 23 septembre 2015 09 h 02

      En Beauce-sud, le Parti libéral aurait pu simplement nommer un remplaçant pour la fin du mandat. La loi devrait le permettre.

      Beauce-sud a voté libéral pour ce mandat.

  • Claude Livernoche - Inscrit 23 septembre 2015 08 h 04

    La prime plus plus

    Le dépité (sic) Dutil, en remettant sa prime de départ à un organisme de bienfaisance, empochera tout de même de généreux crédits d'impôt. Plutôt que de renoncer à sa prime, ce qui aurait constitué une économie nette de fonds publics, il génère des dépenses supplémentaires.

  • Yves Corbeil - Inscrit 23 septembre 2015 09 h 20

    Le remplacant/e et les primes

    Il est plus que temps de trancher tout cela. On a plus d'argent ou on en a pour ces aberrations. Les économies de bouts de chandelles dans certains organismes vous les gaspillez en règlant pas ce litige. Expliquez nous la logique si il y en a une et surtout expliquez là à ceux que vous touchez par votre austérité débridé.

    Pas de primes, rien, nada et le deuxième au scrutin remplace l'insatisfait comme le suggère M.Dugal plus haut. Coût zéro pour le contribuable mais énorme pour le parti. Il est temps qu'on vous responsabilise un peu non.

  • Jean-François Trottier - Abonné 23 septembre 2015 09 h 55

    Les mécaniques qui ne tournent pas...

    Tout dans ce gouvernement dit qu'il est fatigué, au bout du rouleau.

    IL est au pouvoir depuis 12 ans avec une faible éclipse, ce n'est pas le changement de chef qui pourra faire illusion. La même illusion néolibérale, une même volonté de réduire l'état au profit des grandes corporation (qui sont pourtant bien moins efficaces que n'importe quel gouvernement!!), l'oubli total des PME, et la même façon de choyer les minorités au mépris de la (fausse) majorité francophone...

    En fin de compte c'est le mot mépris qui ressort de ce qui précède.

    Mépris des petites gens, mépris des régions, des électeurs, des intellectuels, des économistes, des professeurs, des fonctionnaires, policiers, pompiers, infirmières, écolos, travailleurs sociaux, travailleurs tout court, mépris du rôle de meneur qu'un gouvernement doit jouer.... et c'est là que le bât blesse.

    Puisque les contradictions internes du PLQ sont étranglées avant toute chance de s'exprimer, les députés étouffent et partent avant de s'éteindre, moralement du moins.

    On sentait le même climat en 1975, un peu avant l'élection.

    Couillard, qui ame bien se réclamer de "la mode" surtout pour dre que les autres sont démodés, verra passer la parade dans son siège de retraité à la prochaine élection.

    Ce qui est bête, c'est que cette fois-ci je ne vois pas comment le PQ pourrait être prêt à prendre la relève. Ce parti au départ ouvert (le plus ouvert de tous sans nul doute) et social-démocrate est maintenant un nid d'organisateurs et d'arrivistes, moins tout de même que le pathétique PLQ mais beaucoup trop quant à moi.

    Alors en attendant on voir un gouvernement qui s'effrite. Beau spectacle, mauvais signe.

    Et je suis en colère.