L’interminable attente

Lundi soir, le conseil municipal de Lac-Mégantic a encore été interpellé à propos des rails, mortels en 2013, qui traversent toujours la ville. Il s’agissait cette fois du dépôt d’une pétition réclamant du conseil qu’il aille chercher une injonction auprès de la Cour fédérale afin que le transport de produits dangereux sur la voie ferrée soit immédiatement arrêté.

Le conseil municipal encore ciblé… C’est qu’il faut bien se tourner vers quelqu’un quand les problèmes perdurent, et l’instance locale est à portée de voix. C’est ailleurs pourtant qu’il faudrait arriver à entendre ce que les Méganticois ont à dire, deux ans après la tragédie qui a détruit leur centre-ville et tué 47 des leurs.

Ailleurs comme à Québec, maintenant silencieux dans ce dossier, si ce n’est le lénifiant communiqué diffusé vendredi dernier par le cabinet du ministre des Transports, Robert Poëti, dans la foulée de sa visite à Toronto. Le ministre y soulignait que le Québec et l’Ontario poursuivent leur collaboration avec le fédéral pour que « jamais plus une tragédie comme celle de Lac-Mégantic ne survienne au pays », misant sur « un régime d’indemnisation pour l’ensemble du réseau ferroviaire afin d’inclure les chemins de fer provinciaux d’intérêt local ».

Soit, mais ce n’est pas là l’urgent. L’urgence, c’est de prendre soin du monde en faisant les gestes qui les aideront concrètement à passer à travers l’épreuve vécue. À Lac-Mégantic, cela s’appelle la mise en place d’une voie de contournement pour que l’on ne voie plus, enfin, au milieu des rues les trains qui transportent de tout, parfois du gaz propane et de l’acide sulfurique, dans quelques mois, assurément, du pétrole.

Il a fallu presque un an après la tragédie pour que le ministre québécois des Affaires municipales annonce la tenue d’une étude de faisabilité de cette voie, presque une autre année pour que ce mandat soit finalement octroyé. Et il faut maintenant attendre trois ans pour en avoir les résultats. C’est interminable au vu de la souffrance des Méganticois, toujours présente et bien exposée au Devoir par leur ancien curé, Steve Lemay.

Et que fait Ottawa, qui finance la moitié de l’étude de faisabilité et qui a les pouvoirs en matière de sécurité ferroviaire ? Il laisse le dossier aller, s’en lave les mains. Le gouvernement Harper pourrait, comme le réclame le Parti vert, bloquer tout futur transport de pétrole sur les rails du centre-ville. Et tous les partis doivent s’engager fermement en faveur de la voie de contournement : les chefs du NPD, du Bloc et des Verts l’ont fait, mais le Parti conservateur n’en souffle mot et le candidat libéral renvoie à l’étude en cours. Il y a des enjeux locaux qui ont des valeurs de symbole : combien faudra-t-il de Mégantic pour sonner le réveil ?

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