Plus vulnérables

Cette année, le rapport de la protectrice du citoyen a une particularité : la mise en garde adressée au ministère de la Santé et des Services sociaux. Faute d’investissement, les services ne cessent de se dégrader, et la restructuration du système, lancée en 2015, risque de ne rien améliorer. Osons parler d’un dérapage annoncé !

Le bureau du Protecteur du citoyen a pour mandat de régler, sur un mode non judiciaire, les différends entre les citoyens et l’État. Les plus vulnérables, les moins protégés sont les moins bien traités : détenus, immigrants, prestataires de l’aide sociale, aînés, enfants à besoins particuliers… Dans chacun de ses rapports annuels, ce que l’on constate de rigidité du système, de bureaucratie, d’insensibilité — particulièrement dans les services correctionnels — donne des frissons.

Évidemment, le ministère de la Santé et des Services sociaux, par sa vocation même, est le lieu de bien des plaintes, la source de beaucoup d’observations. Le rapport 2014-2015 de la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, ne fait pas exception. Mais cette année, la section qui lui est consacrée s’ouvre sur une intéressante mise en garde : « Il est important de retenir que le portrait que livre le présent rapport annuel couvre les faits jusqu’au 31 mars 2015. »

Précision de fait essentielle puisque, dès le lendemain, 1er avril, entrait en vigueur la restructuration du réseau imposée par le ministre Gaétan Barrette — une réforme « assortie de risques majeurs », selon la prédiction même de la protectrice. Autant dire que tous les maux, parfois chroniques, enregistrés dans le secteur de la santé au cours de la dernière année sont susceptibles d’empirer. Quand la centralisation s’ajoute au sous-investissement, cela n’augure rien de bon pour des usagers par définition fragiles quand il s’agit de santé et de services sociaux.

Et déjà, cela part mal. La protectrice du citoyen souligne d’entrée de jeu que, dans la période de transition accompagnant la restructuration, les nouveaux commissaires aux plaintes et leurs adjoints joueront un rôle crucial et devront être en nombre suffisant. Il faut, écrit-elle, que les usagers « puissent s’adresser à un interlocuteur impartial facilement accessible », les périodes d’adaptation s’accompagnant d’une hausse des plaintes.

Or Le Devoir révélait la semaine dernière que, dans le cadre de ladite restructuration, des établissements ont décidé de remplacer les commissaires aux plaintes, indépendants, par des délégués qui sont leurs employés ! Une nouvelle manière de faire douteuse qui découle du projet de loi 10. Le ministre Gaétan Barrette minimise l’enjeu, mais une plainte a bel et bien été récemment déposée au bureau du Protecteur du citoyen.

C’est un exemple de service aux usagers qui écope. Et les resserrements budgétaires toujours aveuglément souhaités par le gouvernement libéral ne corrigeront en rien d’autres lacunes dûment constatées par Mme Saint-Germain. Soutien à domicile, soins en santé mentale, accès à l’hébergement public pour les gens âgés ou handicapés, ressources pour les jeunes déficients, sont tous caractérisés par des déficiences majeures pour lesquelles aucun redressement d’importance n’est annoncé.

Et gare à la sous-traitance, manière prisée des gouvernements pour « se délester d’une dépense ». S’inquiète-t-on des coûts dès lors assumés par le citoyen ? se demande Mme Saint-Germain. En fait, même dans les hôpitaux, de plus en plus de frais sont facturés aux usagers et la protectrice se dit « sceptique » quant à la volonté du ministère de régler le problème.

Autant dire que nous nous enfonçons en payant davantage, et que de plus en plus de gens vulnérables écoperont du bel état promis des finances publiques. On le lira dans un an.

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13 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 21 septembre 2015 05 h 28

    Quel frisson !

    « Dans chacun de ses rapports annuels, ce que l’on constate de rigidité du système, de bureaucratie, d’insensibilité (…) donne des frissons. » (Josée Boileau, Le Devoir)

    Bien sûr que oui, hélas !, quant à faire frissonner, pourquoi ne pas renchérir ce dont on sait déjà ?

    En effet, et de cette même anecdote (A), le MSSS m’a invité à refaire la demande pour obtenir ma « carte soleil » que je n’ai pu renouveler, faute d’une photo !

    Les papiers de la RAMQ me sont arrivés, et ce, depuis au moins un mois et demi, et compte tenu des mêmes dispositions, cette demande n’a pu être réglée, faute de sous et de photo appropriée !

    De cette situation qui perdure, on-dirait que je suis entre deux chaises : sans services pharmaceutiques ni médicaux (pour mon AVC), ni optométriques et ni dentaires, et ce, tout en recevant des prestations d’aide sociale !

    Quel frisson ! - 21 sept 2015 -

    A http://www.ledevoir.com/societe/sante/446023/accid

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 22 septembre 2015 07 h 44

      Suivi :

      Hier, ai reçu un courriel du PC pour savoir qui je suis !

      De ce courriel, une idée-question :

      Pendant qu’on traite une demande de renouvellement de carte d’assurance maladie, et que se posent des problèmes techniques exigibles (ajout d’une photo d’identité / d’exemple, un permis de conduire ou certificat de naissance, que le demandeur ne possède pas), et tout en sachant que le demandeur figure sur la liste des prestations d’aide sociale ou autre, est-il déraisonnable de lui offrir une carte soleil temporaire, et ce, pour éviter qu’il se retrouve entre deux chaises , et de ne plus avoir accès à des services essentiels dont il aurait besoin d’urgence, tels un médecin de famille, des produits et spécialités pharmaceutiques, optométriques, dentaires ?

      Entre deux chaises, quel frisson ! - 22 sept 2015 -

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 21 septembre 2015 08 h 47

    Instrumentaliser, toujours...


    Il ne s'agit pas du tout d'une « mise en garde », suggérant qu'à ses yeux, les choses seront encore « pires » après la mise en oeuvre de la restructuration.

    Et quoi ? Ne disait-elle pas que la réforme était « assortie de risques majeurs » ?

    Et oui ! Mais la citation complète : « Estimant que la reforme etait à la fois porteuse de solutions et assortie de risques majeurs... »

    Une réforme porteuse de solutions ? Moins intéressant quand l'objectif est de trouver des arguments pour discréditer un adversaire politique.

    Pour une analyse objetive, donc, on repassera.

    • André Nadon - Inscrit 21 septembre 2015 11 h 38

      '' Pour une analyse objective, donc, on repassera.''
      Parlez- vous de votre commentaire ou de l'éditorial de Josée Boileau?
      Que la réforme apporte des solutions, le but espéré de toute réforme, n'est que normal. Cependant, cette réforme est '' assortie de risques majeurs '' que la protectrice du citoyen prend bien soin de souligner.
      Ce sont les plus démunis qui en supporteront les risques. C'est l'objet de l'éditorial.`
      Nul besoin d'être un adversaire politique pour critiquer ce gouvernement de petits comptables qui ne voient pas plus loin que leur nez.
      À décortiquer le mot à mot, on oublie souvent le sujet d'un texte.

    • Pierre Hélie - Inscrit 21 septembre 2015 11 h 53

      Une mise en garde ne suggère pas que quelque chose de pire arrivera, mais que quelque chose de pire pourrait arriver; c'est ce que souligne Mme Boileau. Quant à la probité intellectuelle de Mme Boileau, je crois qu'elle est inattaquable et surtou des lieux au-dessus de celle de l'ensemble de ce gouvernement.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 21 septembre 2015 17 h 32

      Vous avez tous raison, bien entendu. Ce n'est pas le point de vue madame Boileau qui est tendancieux. Encore moins le vôtre. Et quant à la protectrice du citoyen, quoi qu'elle ait bien pu dire (qui de nous se donnera la peine d'aller y voir d'un peu près, à part quelque présumé militant libéral, peut-être ?), cela n'est que de peu d'importance, quand notre idée est déjà faite, de toute façon.

      Comme je fais confiance à l'intelligence et à l'engagement de madame Boileau, je persisterai à dire, cette nouvelle « analyse » ne faisant que le confirmer, qu'elle a nettement pris parti contre le gouvernement. C'est son droit, comme celui de ce journal. Mais la vérité a aussi les siens, sauf dans un organe de propagande. Que les nuances que j'apporte puissent y paraître me rassure autant que le zèle avec lequel on me le reproche pourrait m'inquiéter si ce reproche venait du journal lui-même.

    • Pierre Hélie - Inscrit 21 septembre 2015 17 h 56

      Alors, défendons les "climatosceptiques" contre le parti pris de ces propagandistes d'écologistes, puisque rien n'est prouvé...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 21 septembre 2015 22 h 31

      Bien étrange commentaire que le vôtre, monsieur Hélie. On ne doit pas s'interdire d'être critique, même à l'égard de nos propres convictions, au prétexte que ce faisant on aurait l'air de donner raison à ceux qui ne pensent pas comme nous. A moins qu'elles soient à ce point précaires qu'on ait besoin de tels expédients.

      Pour revenir au sujet dont on ne parle pas beaucoup ici, se contentant de répéter les lignes partisanes tout terrain, je pense que les commentateurs ont tiré les remarques de la Protectrice du citoyen dans le sens de leurs propres conclusions, ce qui ne me semble pas conforme à l'esprit dans lequel elles ont été formulées. Elle n'a nullement prétendu porter jugement sur le principe général de la rigueur budgétaire (austérité), seulement attiré l'attention sur les conséquences prévisibles des actions gouvernementales concernant d'éventuelles requêtes adressées à son service. Dans le but de prendre une longueur d'avance, elle y va d'utiles suggestions sur la manière d'implanter les « solutions porteuses » et d'éviter les écueils.

      Si à la lecture du rapport, vous pouvez m'indiquer en quoi je me trompe, nous aurons un échange plus fructueux qu'à évoquer les climatosceptiques, qui n'ont qu'un rapport assez éloigné avec le sujet.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 septembre 2015 08 h 21

      Monsieur Hélie, vous dites « Une mise en garde ne suggère pas que quelque chose de pire arrivera »

      Madame Boileau vous répondra : « Osons parler d’un dérapage annoncé ! »

      Madame Gervais, il n'est peut-être pas nécessaire d'être prévenu contre le gouvernement pour « constater » ce qui se passe « chaque jour, dans chaque ministère », mais à moins d'avoir une espèce de préscience que je vous envierais, il me semble bien difficile de supporter une affirmation de ce genre. Surtout pas sur la foi du rapport de la protectrice du citoyen qui, pour traiter des anomalies constatées dans à peu près tous les ministères, ne s'autorise pas à y voir l'effet de « coupes sauvages » au bénéfice des magnats du pétrole.

      À force de tout présenter comme le symptôme de causes plus ou moins occultes, on finit par ne plus considérer celles-ci pour elles-mêmes. Surtout si on peut se rabattre sur l'incurie ou la médiocrité morale des alliés de l'Arabie Saoudite... (ce que vous ne faites pas)

  • Yves Corbeil - Inscrit 21 septembre 2015 09 h 29

    Le plus gros problème de ce constat

    '' Les plus vulnérables, les moins protégés sont les moins bien traités : détenus, immigrants, prestataires de l’aide sociale, aînés, enfants à besoins particuliers… ''

    Le plus inquiétant de ce constat, c'est que la majorité des citoyens n'auront pas le temps d'en prendre connaissance, ni même le désir car ils ont d'autres chats à fouetter.

    On a qu'a regardé la liste des clients pour comprendre qui ça touchent et imaginer que la suite de ce combat dera long.

    Si nous nous réveillons pas du coma d'apathie sociale qui touchent la très grande majorité des citoyens, ceux-là mêmes qui ensembles peuvent faire bouger les choses quand ils s'unissent pour une cause.

    Crime citoyens réveillez-vous, nos gouvernements dans un accord tacite sont en voie de démanteler ou rendre complètement nuls tous nos filets sociaux chèrement acquis au fil des dernières décennies.

    Ici je ne parle pas de partis politique, je parle de gouvernements tous partis confondus.

    Si on ne se tient pas debout ensemble aujourd'hui, nous allons retourné 50, 60 ans en arrière.

    C'est pas quand tu en aura besoin qu'il faudra que tu réalise leurs utilités, c'est maintenant avant qu'ils ne disparaissent.

    Debout ensemble pour une société forte, un jour va falloir que ça arrête ce contrôle indécent du 1% sur la balance des gens. Vous ne pensez pas qu'on payent bien cher pour qu'ils demeurent dans leurs conforts fastueux avec la complicité de nos gouvernements.

    Plus capable de générer des revenus avec ce système dépassé, on coupe dans les services à la masse pour maintenir son confort. Tout simplement dégueulasse comme politique.

  • Benoit Toupin - Abonné 21 septembre 2015 09 h 56

    Ces réformes...

    Ces réformes, imposées par le gouvernement Couillard, ont tous un profil obscur contraire à ce que l’on peut attendre d’une démocratie normale et d’une gestion participative, gage d’adhésion social et de fonctionnalité.

    Ces réformes obscures puisqu’elles sont menées par des ministres aux idées préconçues et arrêtées, considérant toute implication du milieu concerné comme suspect et nécessairement en conflit d’intérêt.

    Ces réformes que l’on cautionne sur des recommandations de groupes de travail ou de commissions où les membres/commissaires sont minutieusement choisis pour leur adhésion connue aux idées préconçues du roitelet.

    Ces réformes que l’on dit nécessaires pour des raisons budgétaires en promettant des baisses d’impôts éventuelles sans parler des tarifs de toute sorte qui s’ajoutent.

    L’illusion « Coiteux Barette et cpie» sera visible quand les systèmes auront pris une tangente couteuse à redresser.

    Ce modèle sera bientôt appliqué à l’éducation ; il faut frémir d’inquiétude. Pourquoi sommes-nous devenus si impuissants face à cette dérive de pouvoir entre les mains d’un gouvernement élu par 40% des 70% des électeurs ayant voté (28%) ?

    Le Québec était l'endroit en Amérique où il en coûtait le moins pour combler les besoins essentiels de la très grande majorité des citoyens; affirmation surprenante mais considérons l'éventail des services publics offerts, les services de santé, les services de garde, le prix du logement, de l'énergie, de l'éducation, des assurances automobile, etc.

    A répétition de données comparatives incomplètes et boiteuses, on a incrusté dans l'esprit des gens que nous vivions au dessus de nos moyens. Certes, un recentrage est nécessaire vers des choix plus riches de potentiel et de justice sociale, mais pas un rataninement de notre maison collective, notre état. Jamais les baisses d'impôt n'égaleront, pour la plupart d'entre nous, les coûts additionnels des services privatisés et les frais accrus pour les services pub

    • Yves Corbeil - Inscrit 21 septembre 2015 11 h 37

      Vous avez raison, on se réveille ou on crève dans la marmitte qui bouille tranquillement.

  • Benoit Toupin - Abonné 21 septembre 2015 09 h 56

    Ces réformes...

    Ces réformes, imposées par le gouvernement Couillard, ont tous un profil obscur contraire à ce que l’on peut attendre d’une démocratie normale et d’une gestion participative, gage d’adhésion social et de fonctionnalité.

    Ces réformes obscures puisqu’elles sont menées par des ministres aux idées préconçues et arrêtées, considérant toute implication du milieu concerné comme suspect et nécessairement en conflit d’intérêt.

    Ces réformes que l’on cautionne sur des recommandations de groupes de travail ou de commissions où les membres/commissaires sont minutieusement choisis pour leur adhésion connue aux idées préconçues du roitelet.

    Ces réformes que l’on dit nécessaires pour des raisons budgétaires en promettant des baisses d’impôts éventuelles sans parler des tarifs de toute sorte qui s’ajoutent.

    L’illusion « Coiteux Barette et cpie» sera visible quand les systèmes auront pris une tangente couteuse à redresser.

    Ce modèle sera bientôt appliqué à l’éducation ; il faut frémir d’inquiétude. Pourquoi sommes-nous devenus si impuissants face à cette dérive de pouvoir entre les mains d’un gouvernement élu par 40% des 70% des électeurs ayant voté (28%) ?

    Le Québec était l'endroit en Amérique où il en coûtait le moins pour combler les besoins essentiels de la très grande majorité des citoyens; affirmation surprenante mais considérons l'éventail des services publics offerts, les services de santé, les services de garde, le prix du logement, de l'énergie, de l'éducation, des assurances automobile, etc.

    A répétition de données comparatives incomplètes et boiteuses, on a incrusté dans l'esprit des gens que nous vivions au dessus de nos moyens. Certes, un recentrage est nécessaire vers des choix plus riches de potentiel et de justice sociale, mais pas un rataninement de notre maison collective, notre état. Jamais les baisses d'impôt n'égaleront, pour la plupart d'entre nous, les coûts additionnels des services privatisés et les frais accrus pour les services pub