À moitié libres

Au Myanmar (Birmanie) vient de s’ouvrir la campagne électorale en vue des législatives du 8 novembre prochain. Événements proprement historiques pour la simple raison que le pays n’a pas connu d’élections un tant soit peu libres depuis 1990, quand la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi avait remporté 80 % des sièges dans une Assemblée que la junte militaire, prise de court, avait refusé de laisser siéger.

Si toutefois les élections du 8 novembre représentent un pas dans la bonne direction, il reste qu’elles se dérouleront dans un cadre parfaitement contrôlé par la junte, conformément à son projet de « démocratie florissante et disciplinée ». Le quart des sièges est d’office réservé aux militaires, tandis que l’Assemblée sortante est dominée par le Parti de l’union, de la solidarité et du développement (USDP), la façade civile dont se sont dotés les généraux en 2010. La LND a beau être donnée comme la grande gagnante du prochain scrutin, il est entendu que la « Dame », maintenant âgée de 70 ans, ne pourra pas devenir présidente du pays, la Constitution de 2008 édictée par l’armée le lui interdisant toujours, ni donc former le gouvernement. Au demeurant, ces élections ne seront qu’imparfaitement nationales, comme elles ne pourront pas avoir lieu dans plusieurs régions frontalières où les minorités ethniques, soumises à des décennies de répression, mènent une guérilla contre l’armée.

Pour toutes les parcelles de réformes mises en application depuis 2011, après un demi-siècle de dictature absolue, les généraux n’ont pas, au fond, cédé un centimètre de pouvoir. Tout au plus, à ce jour du moins, peut-on parler de décrispation du régime à des fins économiques, ce dont les pays occidentaux, à commencer par les États-Unis, ont décidé de s’accommoder pour des raisons où, finalement, la défense des droits de la personne ne pèse pas plus lourd que les considérations géostratégiques.

Il y a lieu de penser, en fait, que le régime s’est récemment durci. En août s’est produite au sommet du pouvoir une guerre intestine à l’issue de laquelle Shwe Mann, président de l’USDP et de l’Assemblée législative, a été démis de force de ses fonctions à l’initiative de Thein Sein, président du pays. Ces deux généraux en cravate sont rivaux de longue date. Shwe Mann aura péché en se rapprochant politiquement d’Aung San Suu Kyi et en appuyant un projet de loi qui proposait d’éliminer le veto dont dispose l’armée sur tout changement constitutionnel.

Cet affrontement a révélé une fracture au sein du régime ; il se solde par un recul de la volonté réformiste. C’est dire que le prétendu projet démocratique birman demeure pour le moment plus menotté que florissant.

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