Être enfin sérieux

Plusieurs dizaines de personnalités signaient mardi un manifeste intitulé « Un bond vers l’avant » où elles faisaient le constat que nous ne vivons pas en accord avec nos valeurs, en particulier celles du développement durable. Elles montraient du doigt l’enjeu du climat où « tout ce qui nous empêche d’avancer, c’est l’inertie de la classe politique ».

Publié en plein coeur de la campagne électorale, ce manifeste a été accueilli par un silence radio de la part des grands partis. L’environnement est un enjeu qu’ils se contentent d’effleurer. Si on sait ne devoir rien attendre des conservateurs quant à l’effort à faire en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES), libéraux et néodémocrates se gardent de mettre en cause les politiques énergétiques de consommation à outrance du carbone.

Ce qui compte en campagne électorale, c’est de ne pas effrayer les électeurs avec cette idée qu’il faut un changement de modèle énergétique, lequel exigera un « grand bon vers l’avant ». Un bond dont le gouvernement du Québec nous donne une idée de son ampleur par les cibles de réduction de GES qu’il propose. Pour l’horizon 2030 puis celui de 2050, c’est 37,5 % puis 80 % de moins que le niveau de 1990. Des objectifs ambitieux que plusieurs pays partagent, mais pas le Canada, qui pour 2030 se limite à une réduction de 14 %.

On ne reprochera pas aux gouvernements passés et actuels du Québec leur inertie. La volonté de changer de paradigme est clairement affichée, du moins en paroles. Le ministre du Développement durable, David Heurtel, qui lançait jeudi une consultation sur ces objectifs, évoquait l’urgence d’agir pour arriver à limiter le réchauffement climatique à deux degrés à l’horizon 2050. Il ne pouvait toutefois s’empêcher de mettre un bémol puisque sur plan de la consommation d’énergie, le Québec est déjà très « vert » grâce à l’hydroélectricité. Le marché du carbone auquel le Québec participe avec la Californie et bientôt l’Ontario lui facilitera les choses, mais il faudra investir pour soutenir les modes de production et de vie, tout particulièrement dans le secteur du transport, qui est responsable de 45 % des émissions de GES.

De la parole aux actes, il y a souvent un abîme en politique, surtout quand il faut concilier des objectifs apparemment opposés comme le développement économique et la lutte contre les changements climatiques. Le gouvernement Harper n’a pour sa part pas de problème de cohérence. Il donne la priorité à l’économie. Point. Le gouvernement Couillard aura des choix à faire. Il est soumis lui aussi à une forte pression pour créer des emplois. Il est alors facile d’oublier la préoccupation environnementale, surtout que les cibles de réduction de GES ne sont que cela, des cibles. Peut-être faudrait-il en faire des objectifs contraignants et les inscrire dans une loi. On saurait alors que ce gouvernement est vraiment sérieux.

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11 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 18 septembre 2015 05 h 20

    Responsabilité de la multiplication des transports

    "...le secteur du transport... est responsable de 45 % des émissions de GES." (Bernard Descôteaux)

    En 1982, j'ai quitté Québec pour m'installer dans Bellechasse après avoir décroché un emploi au centre de service de Saint-Charles-de-Bellechasse du MTQ. Ma motivation était de réduire mon temps de transport et de participer économiquement à la région qui m'offrait une chance de gagner ma vie.

    En 1996, mon emploi au MTQ fut rapatrié aux abords du pont de Québec à Saint-Romuald, comme plusieurs autres postes d'ailleurs, pendant que le ministère était l'objet d'une vaste campagne médiatique vantant ses efforts de décentralisation.

    Dans les années 2000, alors que les bureaux à Saint-Romuald de la Direction territoriale du MTQ était en grande rénovation, j'ai eu la permission de retourner travailler au centre de service de Saint-Charles-de-Bellechasse pour un été entier sans que cela ne nuise à mon travail tout en me rapprochant de ma résidence. Je sauvais temps et GES. Sitôt l'été terminé, le MTQ me rapatria dans les bureaux de la Direction malgré mes objections et ma demande d'exercer mon travail via l'internet.

    J'ai pris ma retraite en 2013 après avoir exercé mon travail pendant 14 ans dans Bellechasse et les 18 dernières années en ville près des ponts où se sont développés dans les dernières années, comme par hasard, d'immenses centres commerciaux avec les problèmes de bouchons de circulation et la fermeture de plusieurs services dans Bellechasse en contrepartie.

    Non seulement le secteur du transport est responsable de 45% des émissions de GES, mais le développement centralisateur de l'économie est responsable de la multiplication de ces déplacements et de la fragilisation des régions.

    • Sylvain Auclair - Abonné 18 septembre 2015 09 h 53

      N'est-ce pas plutôt le développement des banlieues, le problème?

    • Raynald Blais - Abonné 18 septembre 2015 11 h 36

      Vous avez raison M. Auclair, les banlieues démesurées sont aussi causées par le développement centralisateur de l'économie. Merci de me le rappeler.

  • Richard Bérubé - Inscrit 18 septembre 2015 07 h 15

    Tu prends les décisions que tu peux!

    Monsieur Descôteaux vous devez savoir qu'il existe à travers la planète un gouvernement obscur qui ''superseed'' ou controle complètement tous les gouvernements élus de la planète...certain le qualifie de l'Élite, les banquiers, les Bigs, etc...et c'est ce gouvernement qui décide si nous les terriens allons continuer dans le carbone, l'uranium, pétrole etc....pas les pantins élus dans les capitales du monde....des milliers de trillions de dollars sont en jeu....et ça c'est pas ni Heurtel ni aucun autre politicien qui va changer un iota à cette affirmation. Les États-Unis possèderait le système énergétique anti-gravité de 1956 (systême qui propulserait les Ovnis) est-ce vrai peut-être, mais ils possèdent probablement des systèmes extrêment plus écologiques et les gardent cachés....Hérésie certains diront, paroles en l'air, je ne crois pas, car d'après certains dissidents de plus en plus nombreux, les changements climatiques c'est une supercherie, il y a beaucoup d'argent rattachée à cela, et aussi beaucoup d'argent dans le commerce des combustibles...quand les grands décideurs (pas les politiciens) parleront à monsieur Couillard, les drills commenceront au Québec à creuser des puits de pétrole et il acquièssera à leurs demandes, point final.

  • Guy Lafond - Inscrit 18 septembre 2015 07 h 46

    Des paroles, des actes, et une loi.


    Au Québec, nous devons tous endosser ce que nous pronons.

    Nous devons tous devenir des modèles pour le reste du Canada si nous voulons que la nouvelle économie verte émerge des cendres de l'économie actuelle.

    Le Québec détient un leadership et une expertise extraordinaires en énergies propres. Le Québec a bâti une valeur ajoutée (hydro-électricité, technologies propres) dont peuvent dorénavant bénéficier l'Amérique du Nord et le reste de la planète.

    Et tout cela ne peut que rassurer des communautés culturelles partout sur cette planète: l'économie est en train de changer pour le mieux.

    Le transport et les déplacements vont s'électrifier de plus en plus.

    Le pétrole sera utilisé autrement que pour le transport. Ses rejets dans l'atmosphère devront s'estomper. C'est de plus en plus le climat qui nous l'impose. Et on ne peut aller à l'encontre la Loi naturelle!

  • Richard Bérubé - Inscrit 18 septembre 2015 08 h 12

    Dévelopements durables!

    Lorsque vous parlez de dévellopements durables monsieur Descôteaux parlez-vous de l'Agenda 21, qui fait parti du projet onusien et nous conduira vers un monde orwélien...et projet dans lequel même la famille est un danger pour le futur de la planète....il faut faire très attention à ce que l'on dit, car il semble y avoir des agendas cachés partout, que nous ignorons....

  • Pierre Bernier - Abonné 18 septembre 2015 08 h 56

    Principe de réalité ?

    « Il est soumis lui aussi à une forte pression pour créer des emplois. Il est alors facile d’oublier la préoccupation environnementale,… ».

    Certainement, cela va de soit.

    Et ce, comme tous les États (développés ou émergeants) conscientisés qui ne maitrisent pas les instruments afférents à la pérennité leur développement économique (connaissances, technologies,…) et le pouvoir de faire toutes les lois, négocier et adopter tous les traités qui affectent les agents économiques qui agissent sur le territoire et lever tous les impôts qui découlent de ces activités?

    Dans ce contexte, le Québec n’est-t-il pas condamné à se situer dans la moyenne, au mieux dans la « bonne moyenne ». Autant au plan des objectifs que des moyens retenus pour les atteindre ?