L’économie séduction

Les chefs de trois des cinq grands partis en campagne électorale débattront d’économie, ce jeudi soir, en anglais seulement. Jusqu’à ce jour, nous ne connaissons que quelques-unes des intentions des partis, les plus positives, sans vision d’ensemble. En sera-t-il ainsi jusqu’au lendemain du vote ?


Organisé par le Globe and Mail, le débat des chefs sera diffusé uniquement sur YouTube et sur CPAC, la chaîne du Parlement. Trois chefs seulement ont été invités à cette soirée, somme toute réservée aux journalistes et aux milieux d’affaires.

Pourtant, s’il est un thème dont les partis devraient débattre largement dans les deux langues officielles, c’est bien du rôle économique qu’ils entendent confier à l’État fédéral s’ils sont portés au pouvoir.

Au cours des neuf dernières années, Stephen Harper a utilisé l’énorme pouvoir que lui confère son poste de premier ministre pour imposer des thèses à la mode dans la droite. Notamment cette théorie qui veut qu’un gouvernement doive se restreindre à créer les conditions favorables à l’exercice du libre marché par la déréglementation et des baisses de taxes pour favoriser la croissance.

Cette façon de voir étant devenue la norme au sein du gouvernement Harper, les ministres conservateurs sont allés jusqu’à faire la morale à leurs homologues européens pour les inciter à équilibrer leur budget en pleine crise économique.

Le Canada a perdu 400 000 emplois manufacturiers depuis 2006, les investissements en recherche et développement sont passés de 1,87 % à 1,55 % du PIB en six ans, et ceux consacrés à la machinerie et aux équipements ont chuté de 7 % à 4 % du PIB, sauf dans le secteur pétrolier, rappelle une étude publiée cette semaine par un groupe de chercheurs ontarien. Or, il faut changer de direction, intervenir davantage pour inciter les entreprises à accroître leurs investissements productifs, favoriser le travail et la formation, soutiennent ces chercheurs.

Au NPD, la promesse la plus importante de Tom-Thomas Mulcair à ce jour reste la réduction de l’impôt sur les profits des PME. Une mesure qui est aussi préconisée par les conservateurs et qui ne profiterait pourtant qu’aux actionnaires, sans les inciter à investir davantage. « Tom » a beau prétendre qu’il a « un plan solide », selon les termes utilisés sur le site du NPD, il faut être croyant pour adhérer à quelque chose d’aussi vague et d’aussi peu novateur.

Du côté de Justin Trudeau, les quelques éléments connus de son programme qui touchent aux infrastructures et aux stages en entreprise sont à peine plus concrets. Et là encore, on imagine mal dans quelle direction un gouvernement Trudeau conduirait le pays.

Compte tenu du passé centralisateur, roublard et méprisant de ce parti, il faudra beaucoup plus que quelques mesures ciblées séduisantes pour suivre un chef qui s’inspire de modèles de la génération des années 1980 pour diriger un État du XXIe siècle.

Pour l’instant, le programme libéral, comme celui du NPD, parle beaucoup plus de petites interventions ciblées dans des domaines qui sont aussi souvent de compétence provinciale, telle la formation de la main-d’oeuvre, que du nouveau rôle que devrait jouer Ottawa en matière de programmes et de politiques fiscales, monétaires et commerciales pour affronter la prochaine décennie.

Le débat de ce jeudi soir sera-t-il l’occasion d’en apprendre davantage sur le type de gouvernement qui nous attend le mois prochain ? Better speak white to answer.

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